L'ancien vice-président de Barack Obama, 76 ans, avait livré une prestation assez terne lors du précédent débat en juin, et s'est montré cette fois plus incisif face à l'assaut en règle de ses concurrents.

C'est lui qui a attaqué en premier une de ses principales rivales, Kamala Harris, sur ses propositions en matière de couverture maladie. "Soyons franc, vous ne pourrez pas battre Donald Trump avec un double discours sur ce plan", lui a-t-il lancé.

La sénatrice noire lui a rendu la pareille en revenant sur le sujet qui avait été au coeur de leur premier affrontement, lors du précédent débat: ses relations passées avec des sénateurs ségrégationnistes.

"Si ces ségrégationnistes s'étaient imposés, je ne serais pas sénatrice aujourd'hui", lui a-t-elle lancé. "Et Barack Obama n'aurait pas été en mesure de vous nommer" à ses côtés, a-t-elle ajouté.

Joe Biden devance largement ses concurrents dans les sondages avec le soutien de 32% des électeurs démocrates - loin devant les sénateurs progressistes Bernie Sanders et Elizabeth Warren à 15% chacun -, ce qui en fait une cible naturelle de ses rivaux.

Mais le ton s'est durci mercredi, notamment sur son bilan en matière de justice pénale, sur l'immigration ou les droits des femmes.

Le sénateur noir Cory Booker a reproché au vétéran de la politique - qui fut sénateur pendant 36 ans - d'avoir mis son nom sur "toutes les lois pénales" depuis les années 70, responsables de l'incarcération de millions d'Américains.

"Il y aujourd'hui des gens en prison à perpétuité" à cause de ces lois, a souligné le sénateur. "On ne parle pas du passé, on parle du présent!"

"Crime"

Joe Biden a également été étrillé pour son refus de dépénaliser les entrées clandestines à la frontière mexicaine. "Si vous entrez illégalement, on doit pouvoir vous expulser. C'est un crime", a-t-il répondu sans ciller.

Il a également dû reconnaître avoir fait "une erreur de jugement" en soutenant l'intervention militaire américaine en Irak en 2003.

Kamala Harris, 54 ans, à qui Joe Biden avait glissé "sois cool avec moi, gamine" en arrivant sur scène, n'a pas suivi sa consigne. Elle l'a attaqué sur son soutien, jusqu'à récemment, à une loi interdisant d'utiliser des fonds fédéraux pour financer les avortements.

Mais la sénatrice, quatrième dans les sondages, n'est pas sortie indemne du débat.

La parlementaire Tulsi Gabbard lui a reproché d'avoir, en tant que procureure générale de Califonie, fait emprisonner 1.500 personnes pour des délits liés à la marijuana et conservé un système de liberté sous caution injuste pour les plus pauvres.

Pourtant, tous les candidats avaient prôné dans leurs propos liminaires les valeurs de l'unité pour battre Donald Trump et restaurer "l'âme" de l'Amérique.

"La personne qui doit le plus apprécier le débat en ce moment, ça doit être Donald Trump", a reconnu, réaliste, Cory Booker.

"Endormi"

Le président républicain accuse régulièrement Joe Biden d'être "endormi", "moins en forme" qu'avant, mais prédit sa victoire à la primaire.

Joe Biden, qui a jugé "légitimes" les questions sur son âge, a donné du grain à moudre à ses détracteurs en fin de débat: il a appelé ses supporteurs à aller sur Joe 30330, comme s'il s'agissait d'un site internet et non d'un texto. La bourde est immédiatement devenue virale.

Compte-tenu du nombre inédit de candidats à la primaire démocrate, le débat à Detroit (nord) avait été scindé en deux soirées, avec dix prétendants à chaque fois.

Le premier volet, mardi, avait déjà jeté une lumière crue sur les lignes de fractures au sein du parti. Mais les discussions avaient été plus idéologiques et stratégiques.

Elizabeth Warren et Bernie Sanders avaient soutenu l'impératif de proposer des réformes radicales, quand les candidats centristes avaient appelé à ne pas "faire fuir les électeurs indépendants".

Le prochain débat est prévu à la mi-septembre avec des règles plus strictes de participation. Seuls une dizaine de candidats devraient se qualifier.

Le premier vote de la primaire démocrate aura lieu dans le petit Etat de l'Iowa, le 3 février 2020.