Le chef de la diplomatie américaine Mike Pompeo a affirmé mercredi que le président Donald Trump se tenait prêt, si nécessaire, à faire intervenir l'armée américaine au Venezuela, où de violents heurts ont suivi le soulèvement la veille d'un groupe de soldats partisans de l'opposant Juan Guaido, reconnu comme président par intérim par une cinquantaine de pays, dont les Etats-Unis. "Une intervention militaire est possible. Si c'est nécessaire, c'est ce que feront les Etats-Unis", a dit le secrétaire d'Etat. "Nous préférerions une transition pacifique (...), avec le départ de Maduro et la tenue d'une nouvelle élection, mais le président (Trump) a clairement fait savoir qu'à un certain moment il faut savoir prendre des décisions", a poursuivi M. Pompeo. "Il est prêt à faire ce qui s'impose".

Le chef du Pentagone, Patrick Shanahan, a d'ailleurs annulé mercredi à la dernière minute un voyage prévu en Europe, invoquant les développements au Venezuela.

Mais pour Michael Shifter, président de l'Inter-American Dialogue, qui défend la démocratie en Amérique Latine, les derniers événements rappellent la tentative ratée de M. Guaido de faire entrer l'aide internationale au Venezuela en février. "Il est clair que les forces de l'opposition ont sous-estimé l'aptitude de Maduro à conserver le pouvoir et sa capacité à résister à la pression de la rue", indique M. Shifter, pour qui les menaces de M. Trump de faire usage de la force sont "inefficaces et souvent contreproductives". "Cette politique semble davantage mue par des velléités que par une réflexion stratégique", poursuit-il.

Pressions

Les autorités américaines mènent depuis trois mois une offensive tous azimuts pour accroître la pression sur Nicolas Maduro, en alternant les mises en garde contre les derniers soutiens du président socialiste vénézuélien et en incitant les cadres du pouvoir à Caracas à faire défection.

Washington a imposé des sanctions financières très sévères à l'encontre du régime Maduro, notamment un embargo sur le pétrole vénézuélien dont les Etats-Unis sont les premiers clients.

Mais pour Ted Galen Carpenter, du centre de recherche conservateur Cato Institute, les militaires restent les principaux soutiens du président Maduro et Washington a été surpris de voir à quel point les défections ont été rares après la reconnaissance diplomatique de Juan Guaido.

L'administration de M. Trump "ne cesse de trouver des excuses pour justifier le fait que Maduro est toujours au pouvoir, notamment en exagérant largement le rôle de la Russie et de la Chine", explique cet expert.

M. Pompeo a justement appelé mercredi le ministre russe des Affaires étrangères Sergueï Lavrov pour lui dire que Moscou "déstabilisait" le Venezuela, et il a de nouveau demandé à la Russie de cesser de soutenir M. Maduro.

Mais le ministre russe lui a répondu en dénonçant "l'influence destructrice" des Etats-Unis au Venezuela et "l'ingérence de Washington dans les affaires du Venezuela", a fait savoir Moscou.

Plusieurs élus républicains ont appelé Donald Trump à faire étalage de la puissance militaire des Etats-Unis pour pousser Nicolas Maduro vers la sortie.

Le sénateur de Floride Rick Scott, dont l'Etat abrite une forte communauté vénézuélienne, presse le président de faire appel à l'armée pour faire parvenir l'aide internationale que le président Maduro refuse.

Un représentant républicain de l'Indiana, Jim Banks, a suggéré mercredi un déploiement naval et terrestre autour du Venezuela, "non pour provoquer violemment mais pour prévenir fermement" que "les ingérences étrangères dans notre hémisphère ne seront pas tolérées".

Pourtant, comme Ivan Briscoe, directeur du programme Amérique Latine pour l'International Crisis Group, la plupart des experts ne prennent pas vraiment au sérieux les menaces d'opérations militaires de l'administration Trump contre un pays que les Américains ne considèrent pas comme un risque pour leur sécurité.

"On peut nous répéter que l'option militaire est sur la table, mais comme elle n'a pas encore été utilisée et que rien n'indique qu'elle résolve les problèmes, je pense que le gouvernement Maduro peut considérer ça comme du bluff", estime-t-il.