A chaque fois, le même scénario ou presque. Au départ, il y a le hasard, puis les scandales et les fraudes. La découverte du fipronil en Belgique est " fortuite ". C'est l'Agence fédérale pour la sécurité de la chaîne alimentaire (Afsca) qui le dit : c'est parce qu'une exploitation agricole a fait exceptionnellement appel à un laboratoire allemand que l'on a détecté l'insecticide dans des oeufs. C'est aussi le hasard d'une inspection qui, en 2013, a révélé la présence de viande de cheval dans des lasagnes.
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A chaque fois, le même scénario ou presque. Au départ, il y a le hasard, puis les scandales et les fraudes. La découverte du fipronil en Belgique est " fortuite ". C'est l'Agence fédérale pour la sécurité de la chaîne alimentaire (Afsca) qui le dit : c'est parce qu'une exploitation agricole a fait exceptionnellement appel à un laboratoire allemand que l'on a détecté l'insecticide dans des oeufs. C'est aussi le hasard d'une inspection qui, en 2013, a révélé la présence de viande de cheval dans des lasagnes. Les retards à l'allumage sont également indéniables, tout comme une coordination régionale et internationale parfois défaillante. Ainsi en est-il des crises de la dioxine et de la vache folle, par exemple, qui mettent en évidence le manque de réactivité ou le relativisme des autorités. Et si l'on s'intéresse aux enquêtes publiques commandées au lendemain des scandales, elles dénoncent, pour la vache folle, une attitude qui a consisté à privilégier la puissante industrie agroalimentaire britannique aux dépens de la santé des consommateurs ; pour la dioxine, une connivence entre le principal syndicat agricole, le Boerenbond, qui possède des intérêts dans de puissants groupes agroalimentaires, et le CVP, parti qui, pendant de longues années, désigna en son sein le ministre de l'Agriculture. Illustrations par l'exemple. Les faits. Ce fut l'un des plus gros scandales. Une entreprise de fabrication d'aliments pour bétail incorpore à ses produits des huiles de friture, récupérées par d'autres entreprises, contaminées par de la dioxine, hautement cancérigène. Ces huiles de friture sont collectées par des entreprises spécialisées et proviennent de déchetteries, d'industries agroalimentaires, de restaurants ou de collectivités. C'est dans l'une de ces entreprises spécialisées dans la collecte de graisses et d'huiles usagées que se trouve la source principale de la contamination. Rien d'illégal : l'incorporation des huiles de friture dans les graisses destinées à la fabrication des aliments pour animaux n'est pas interdite. L'annonce provoque une décision européenne d'embargo immédiat sur les volailles belges, très vite étendu au porc et au boeuf. A l'intérieur du pays, les rayons des magasins se vident. Des abattages en masse ont lieu dans les exploitations. Bilan : des dommages économiques - 650 millions d'euros de perte pour le secteur - et politiques - deux démissions de ministres et une bérézina électorale pour l'insubmersible CVP. La gestion. Le problème n'est pas détecté tout de suite, ni l'ampleur de sa mesure. Le gouvernement, dirigé à l'époque par Jean-Luc Dehaene, conclut trop rapidement que la période de contamination des animaux, via leur alimentation, par la dioxine, se limite au mois de janvier 1999. Les investigations conduites ensuite constatent que la contamination a duré plus longtemps. Dans son rapport final, la Commission européenne épingle le caractère " chaotique " de la gestion de crise par la Belgique. " L'examen de la chronologie des différents événements liés à cette crise met en évidence le manque de réactivité des pouvoirs publics belges, qui a entraîné une perte de temps considérable que l'on peut évaluer à plusieurs semaines ", lit-on dans le document. " Alors que l'hypothèse des dioxines est évoquée dès le 19 mars (NDLR : 1999), et que les premiers résultats sont disponibles le 23 avril, les autorités ne prendront la véritable mesure du problème qu'à la fin du mois de mai. Ainsi l'absence de coordination générale est flagrante et la circulation de l'information très insuffisante. " Les mesures. Le scandale a surtout mis en lumière les maux dont souffre le système belge de contrôle de sécurité alimentaire : les changements institutionnels intervenus dans le pays, le pouvoir accru des régions ont laissé des zones d'ombre dans les compétences respectives de l'Etat fédéral et des régions dans ce domaine. De multiples services sont à l'époque chargés de contrôler la chaîne alimentaire, mais se concertent peu. Pour " empêcher que des crises comme celle de la dioxine se représentent ", selon Guy Verhofstadt, alors nouveau Premier ministre, le nouveau gouvernement crée une nouvelle institution, l'Afsca, au sein de laquelle sont enfin regroupés les multiples organismes. Elle est placée sous la responsabilité du ministre de l'Agriculture, à qui elle rend compte de ces travaux. De son côté, la Commission européenne tente de renforcer, elle aussi, sa politique de sécurité alimentaire, en mettant sur pied une Autorité européenne de sécurité des aliments, qui sera opérationnelle en 2002. Les faits. Dès l'apparition des premiers cas d'encéphalopathie spongiforme bovine (ESB) en 1986, en Grande-Bretagne, la maladie de la vache folle sème un vent de panique, notamment à partir de 1996 lorsqu'il est annoncé qu'elle peut se transmettre par voie digestive à l'homme sous la forme d'une maladie neurodégénérative. L'Europe sera traumatisée longtemps. Bilan : quelque 200 000 cas d'ESB dans le monde, dont 833 en Belgique, et plus de 170 morts en Grande-Bretagne. Pour maîtriser l'épidémie de la maladie, l'UE impose un embargo sur les produits bovins britanniques dès 1989. L'embargo ne sera levé qu'en 1999. La gestion. Commandé en 1997 par le Premier ministre Tony Blair, le rapport public stigmatise l'incompétence et la complaisance des ministres et hauts fonctionnaires en place dans les années 1980 et 1990 à Londres. Dans ses conclusions rendues en 2000, l'enquête conclut que le grand public a presque systématiquement été peu ou pas informé, voire désinformé sur les dangers inhérents à la consommation de boeuf contaminé. Plusieurs ministres de l'Agriculture des gouvernements conservateurs de Margaret Thatcher puis de John Major, ont ainsi privilégié les intérêts de leurs administrés, éleveurs, équarrisseurs et autres acteurs de la filière bovine. Les mesures. Il faut attendre six ans pour que l'Union européenne interdise les farines animales dans l'alimentation animale. C'est en effet à la suite de l'utilisation de farines animales contaminées que l'épidémie d'ESB s'était propagée. L'UE instaure également l'obligation de tests anti-ESB sur tous les bovins entrant à l'abattoir. Des mesures toujours d'application. Les faits. La fièvre aphteuse est une maladie des bovins et des porcins et, dans une moindre mesure, des ovins, des caprins et des animaux sauvages. Hautement contagieuse pour les animaux, elle est due à un virus qui, toutefois, ne menace pas l'homme. Le virus peut être véhiculé par la poussière, des animaux infectés, les déplacements de l'homme, ou encore par la consommation, par des animaux, de produits animaux infectés. La fièvre aphteuse touche la Grande-Bretagne dès février, et s'étend à plusieurs pays du continent, dont la France. En Belgique, un blocus drastique est mis en place. Le pays est cette fois épargné et ne succombe pas à l'épidémie. La gestion. Le gouvernement de Tony Blair met plus d'un mois avant de prendre la mesure du fléau... On retrouve tout ce qui avait été reproché aux Tories face à l'épreuve de la vache folle : la lenteur du gouvernement à reconnaître la gravité de la crise, l'absence de services publics à la hauteur, l'avis des experts ignoré, les délais trop longs entre le moment où une bête est diagnostiquée comme étant malade et celui où elle est abattue et sa carcasse brûlée. Résultat : l'épizootie a ravagé le secteur agricole et envoyé plus de quatre millions d'animaux à l'abattoir. Les mesures. L'épizootie de 2001 fait ressurgir un débat ancien sur la vaccination, pratique interdite, sauf en cas d'urgence, à l'échelon de l'Union européenne depuis 1990. Les arguments en faveur de cette interdiction sont sanitaires - la vaccination permet au virus de survivre chez des porteurs sains -, mais aussi économiques. Il s'agit de préserver la compétitivité du cheptel européen sur le marché international, les pays qui vaccinent étant considérés comme suspects. Plusieurs pays ont alors plaidé pour une révision de cette politique. En vain. Les faits. Appelée également grippe du poulet, la grippe aviaire est réapparue en 2003 en Asie, puis s'est répandue au Moyen-Orient, en Europe et en Afrique, tuant plus de 257 personnes. Au plus fort de la crise, entre 2005 et 2006, quatorze pays de l'UE sont touchés. Des millions de bêtes ont été abattues. Dans la plupart des cas, les personnes contaminées ont eu des contacts rapprochés avec des volailles infectées. La gestion. Plusieurs pays asiatiques ont été accusés d'avoir masqué, pour des raisons économiques, l'ampleur de l'épidémie. Il leur est également reproché leur absence de réaction, leur lenteur à informer des dangers sanitaires, leur manque de coordination régionale. Les mesures. Selon l'OMS, lorsqu'une épidémie apparaît, il faut abattre. La tâche s'annonce dantesque : en Chine, on élève des milliards de volailles. Au niveau mondial, quelque 600 millions de poulets ont dû être abattus. En Belgique, la crise conduit à supprimer 700 000 volailles. Depuis, des foyers infectieux surgissent ici et là, comme en 2014, amenant les pays, dont la Belgique, à prendre des mesures draconiennes de surveillance et de confinement des élevages, coûteux pour les professionnels. Les faits. L'affaire débute en septembre 2012, quand un inspecteur sanitaire d'Irlande du Nord constate un problème d'étiquetage et d'emballage sur un stock de viande surgelée. Par hasard, il vient de tomber sur l'une des plus grandes fraudes alimentaires : de la viande de cheval est revendue comme étant de la viande de boeuf. Celle-ci sert ensuite à la préparation de millions de plats préparés, comme des lasagnes, pour des grandes marques ou la grande distribution. Il faut trois mois aux autorités irlandaises pour remonter la filière. Le scandale éclate finalement mi-janvier 2013 : jusqu'à un tiers de viande chevaline se trouve dans les steaks hachés supposés au boeuf des supermarchés Tesco, Iceland et Lidl. Son origine : la Pologne. Fin janvier, le français Comigel alerte Findus : ses lasagnes sont contaminées, jusqu'à 100 % dans certains cas. Des dizaines de plats sont soustraits du marché, et huit pays sont touchés par le scandale : Irlande, Royaume-Uni, France, Suisse, Pays-Bas, Belgique, Allemagne et Suède. La gestion. L'affaire n'a entraîné aucun risque sanitaire, les lasagnes étant parfaitement propres à la consommation. C'était une arnaque à l'étiquette reposant sur la faible probabilité et l'inefficacité des contrôles à tous les stades de la chaîne. En effet, les règles européennes obligent simplement les entreprises à suivre les produits alimentaires, une étape avant et une étape après : il faut savoir quelle société avait l'ingrédient juste avant et où cela va ensuite. Mais, du coup, presque personne ne connaît la chaîne de fabrication dans son intégralité. L'UE s'est saisie du dossier. Les industriels ont promis de redoubler de vigilance. Le devoir de traçabilité est avancé pour rétablir la confiance des consommateurs, fortement entamée, mais indispensable à la bonne marche des affaires. Les mesures. Qu'est-il advenu de ces proclamations vertueuses et de ces promesses de transparence sur l'étiquette ? La réglementation européenne contraint seulement les industriels à mentionner le type de viande qui entre dans leurs préparations, mais pas l'origine. Cette dernière se voit donc indiquée sur une base volontaire, à la discrétion des fabricants.