Au premier coup d'oeil, l'achat semblait tentant. La conviction jusqu'au bout des orteils. Au second, ça semblait finalement un peu con. Pourquoi avoir besoin de l'afficher pour fouler le pavé ? Vider panier. Puis, avec le sac Smash the Patriarchy, le pull Girl Power et les boucles d'oreille en forme de clitoris, le look aurait été redondant.
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Au premier coup d'oeil, l'achat semblait tentant. La conviction jusqu'au bout des orteils. Au second, ça semblait finalement un peu con. Pourquoi avoir besoin de l'afficher pour fouler le pavé ? Vider panier. Puis, avec le sac Smash the Patriarchy, le pull Girl Power et les boucles d'oreille en forme de clitoris, le look aurait été redondant. Ainsi l'égalité des genres est devenue un argument marketing. Les publicitaires ont compris que la femme fait vendre, d'autant plus que c'est généralement elle qui achète, la plupart du temps. Sans doute est-ce d'un côté réjouissant, que le mot " féminisme " soit désormais un slogan à apposer sur un vêtement plutôt qu'une insulte à recevoir dans les dents. Le tee-shirt d'Angèle " les femmes ont besoin de plus de sommeil que les hommes parce que combattre le patriarcat est épuisant " aura suscité davantage de vocations, chez les jeunes générations, que la lecture du Deuxième Sexe. Bien qu'il existe aussi des blouses Simone de Beauvoir. Jolies, hein, c'est pas le problème. Mais toujours portées, sur les publicités, par les mannequins sous-alimentées. Comme cette marque sportive qui promet aux filles de " réaliser pleinement leur potentiel " mais qui continue à faire fabriquer ses leggings dans des contrées aux ouvrières sous-payées. Ou cette enseigne de fast-food qui, le 8 mars dernier, a renversé son célèbre " M " en " W ", comme " women ", mais qui ne leur sert pas de rémunération décente. Elle est drôle aussi, l'histoire (française) de ce fabricant industriel de viennoiseries. En 2017, il se targuait d'être la " première marque à revendiquer son engagement auprès des femmes, pour une répartition des tâches plus juste ", invitant même les hommes à s'excuser publiquement de ne pas autant faire le ménage dans leur foyer que leur compagne. Peut-être aurait-il d'abord fallu regretter de ne compter qu'une femme sur sept membres, au sein de son comité de direction, ainsi qu'une seule directrice d'usine sur six. Parité bien ordonnée commence par soi-même. Sinon, ça s'appelle du feminism washing. Même principe que pour l'écologie : jurer - grands dieux ! - qu'il faut sauver la planète, mais continuer à déféquer sur elle des torrents pollués. Aucune firme n'oserait plus déclarer " oh, ben, vous savez, l'égalité des genres, moi j'en ai rien à secouer ". Y en a qui s'y sont risqués, tels ces burgers de friterie et leur campagne où un mari met un pain à sa dame, sans que cela soit couronné de succès. Mais le vrai progrès, ce serait de ne plus discriminer à l'embauche. De payer indifféremment ses salarié.e.s. De désigner des candidates à des postes à responsabilités. Ça ferait même du bon slogan de tee-shirt, ça. Genre " Egalité des chanc?s " ou " Fighting Against Glass Ceiling ". Avec des paillettes, comme sur les baskets. La sororité, c'est mieux de la pratiquer que de la chausser. Puis cette paire avec " gin " sur le pied gauche et " tonic " sur le droit était finalement plus adaptée, pour retourner bosser. Plus représentative d'une vie confinée.