Ces temps-ci, en Syrie, ça fait beaucoup (trop) pour survivre. Ceux qui ont déchargé leurs flingues sur sa voiture lui ont aussi brisé la jambe, ouvert les chairs, l'ont traînée par terre. Violée, lapidée, selon certains. Puis tiré dessus, de près, dans la poitrine, le ventre. Les deux hommes qui ont préparé sa dépouille avant ses funérailles du 14 octobre n'avaient " jamais rien vu de tel ", ont-ils confié au Monde.
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Ces temps-ci, en Syrie, ça fait beaucoup (trop) pour survivre. Ceux qui ont déchargé leurs flingues sur sa voiture lui ont aussi brisé la jambe, ouvert les chairs, l'ont traînée par terre. Violée, lapidée, selon certains. Puis tiré dessus, de près, dans la poitrine, le ventre. Les deux hommes qui ont préparé sa dépouille avant ses funérailles du 14 octobre n'avaient " jamais rien vu de tel ", ont-ils confié au Monde.Un mort = une morte. Il ne devrait pas exister d'échelle genrée de l'écoeurement. Le meurtre de cette militante kurde, en pleine offensive turque en Syrie, indigne pourtant plus que les milliers d'autres commis sur ces mêmes terres. Comme il révolte davantage que ces milliers d'épouses, de conjointes massacrées par leurs (ex-)mecs. Leurs viols et leurs têtes défoncées provoquent au mieux une larme polie parce que, au fond, elles crèvent en victimes, en inférieures, en soumises, en ce à quoi une société de tradition patriarcale les réduit. Havrin Khalaf, morte parce que leader (mot au féminin d'ailleurs inexistant) n'entrait pas dans ces cases. Alors, le féminicide devient choquant. Pourquoi s'émeut-on davantage du sort réservé aux soldates kurdes qu'aux soldats sur le front syrien ? Parce qu'elles ne devraient pas mourir comme ça ? Ou parce qu'elles ne devraient pas lutter comme ça ? Prendre les armes, au sens propre comme au figuré, c'est pas une affaire de filles, hein ! Même violées, mêmes exterminées, " on n'en voit jamais une qui sort dans la rue avec un couteau et qui tue trente mecs dans la nuit. Pas une seule ", écrit Virginie Despentes dans Vernon Subutex. " Le féminisme n'a jamais tué personne. Le machisme tue tous les jours " (air connu signé Benoîte Groult). Combat d'idées plutôt que combat tout court. Utiliser son cerveau, pas son corps. Même simplement manifester, ça reste fémininement compliqué (voir la grève du 8 mars dernier, au succès fort limité). Alors, montrer ses seins peinturlurés en grimpant aux barricades... Les Femens choquent moins parce qu'elles s'exhibent - y'a plus que sur Facebook qu'on n'en voit pas, des tétons - que parce qu'elles agissent. Physiquement. Comme ces groupes de désobéissance féministe, tel Noms peut-être, qui organisent des descentes dans les rues bruxelloises pour rebaptiser symboliquement les rues mâles nommées. Ou La Barbe, à Liège, qui fait irruption tout en faux poils sur les scènes de colloques scientifiques homocentrés ou du festival Esperanzah qui a quasi oublié de programmer des chanteuses. Ou Laisse les filles tranquilles, qui taguent les sols où des passantes se font au mieux traiter de putes, au pire mettre la main au cul. Demander d'arrêter gentiment, parfois, c'est pas suffisant. Féminazies ou activistes nouvelle génération, chacun y va de sa propre appréciation. Loin, en tout cas, du féminisme de princesse. Celui qui veut tous les avantages, sans les inconvénients. Celui qui veut des tâches ménagères égalitaires mais qui crise si le repassage n'est pas fait à sa manière. Celui qui veut une éducation parentale partagée, mais qui oeuvre quand même pour que maman soit l'indispensable. Celui qui veut l'indépendance financière mais qui avale de travers à l'idée de payer le premier verre. Celui qui veut l'amour égalitaire mais qui se garde bien de draguer. Et qui attend un preux chevalier sur son cheval blanc. Sinon, grande, tu peux aussi t'acheter toi-même un canasson et apprendre l'équitation. Agir n'est pas un mot masculin.