A force de dire que l'on assiste à des moments jamais vus auparavant, sans doute déforce-t-on la valeur des mots, mais ce qui s'est passé aux Etats-Unis cette nuit est véritablement sans précédent. Le président, Donald Trump, à deux doigts de la défaite, a sorti une allocution depuis la Maison Blanche qui restera tristement dans les annales, affirmant qu'avec les bulletins de vote "légaux", il l'emporterait facilement, mais que les démocrates volaient l'élection avec les votes "illégaux". Dans son esprit, donc, seuls les votes prononcés le jour même de l'élection seraient valides, les votes par correspondance n'étant pas valables. Une étonnante conception de la démocratie.
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A force de dire que l'on assiste à des moments jamais vus auparavant, sans doute déforce-t-on la valeur des mots, mais ce qui s'est passé aux Etats-Unis cette nuit est véritablement sans précédent. Le président, Donald Trump, à deux doigts de la défaite, a sorti une allocution depuis la Maison Blanche qui restera tristement dans les annales, affirmant qu'avec les bulletins de vote "légaux", il l'emporterait facilement, mais que les démocrates volaient l'élection avec les votes "illégaux". Dans son esprit, donc, seuls les votes prononcés le jour même de l'élection seraient valides, les votes par correspondance n'étant pas valables. Une étonnante conception de la démocratie.Les principales télévisions du pays ont interrompu le discours présidentiel ou l'ont sérieusement recadré à la fin, lorsque Donald Trump a quitté le pupitre, furieux, sans répondre aux questions. Le présentateur du CNN a résumé le sentiment des détracteurs de Trump: "Quelle triste nuit pour les Etats-Unis d'entendre leur président accuser faussement de voler l'élection, d'attaquer la démocratie à coup de mensonges, de mensonges, de mensonges... Il n'y a aucune preuve de cela." D'autres chaînes ont littéralement coupé l'adresse présidentielle.Le quotidien USA Today a spectaculairement décidé de retirer les vidéos de son site pour ne pas cautionner les propos présidentiels. "Notre travail est de répandre la vérité - pas des conspirations non fondées", a justifié Nicole Carroll, sa rédactrice en chef. De tels mots concernant un président toujours en exercice sont du jamais vu, là encore.Dans le camp républicain, certains se distancient de plus en plus de ce président incendiaire, prêt à tout pour ne pas reconnaître sa défaite, quitte à inciter à des violences - une attaque contre un bureau de décompte des votes a déjà été empêchée. "Nous n'avons entendu parler d'aucune preuve", a réagi sur ABC Chris Christie, ancien gouverneur du New Jersey et allié du président, mettant en garde contre le risque d'attiser les tensions sans éléments tangibles.Même le média conservateur Fox News, traditionnel allié de Donald Trump, ne le suit plus dans cette perdition. La tension entre son dirigeant Rupert Murdoch et le président républicain était déjà montée d'un cran après que Fox News ait décrété Joe Biden vainqueur dans l'Arizona avant que ce ne soit officiel, c'est désormais une rupture quasi complète depuis les critiques de cette nuit. Les incohérences du candidat républicain sont, il est vrai, nombreuses. Depuis le discours prononcé par Donald Trump le soir-même de l'élection, nombreuses sont les voix qui dénoncent son double discours : il appelle à "STOP THE COUNT" (en lettres capitales sur Twitter) dans les Etats où il est en tête et qu'il risque de perdre (le Michigan, gagné par Biden, et la Pennsylvanie où l'écart se resserre), mais pas dans l'Arizona où un faible espoir lui est réservé.Les GAFA prennent aussi leurs distances. Twitter ne cesse de signaler des messages de Donal Trump depuis quelques jours en les déclarant "contraires à un processus électoral en cours". Facebook a fini par dénoncer - après dix heures, suscitant bien des critiques - une vidéo et un podcast de l'ancien conseiller présidentiel Steve Bannon appelant à "décapiter" deux responsables fédéraux, le docteur Anthony Fauci, expert du gouvernement en maladies infectieuses chargé de la gestion de la pandémie de Covid, ainsi que le directeur du Federal Bureau of Investigation (FBI) Christopher A. Wray. Twitter. Twitter et YouTube ont banni le fondateur de The Movement, créé pour soutenir l'extrême droite dans toute l'Europe.Ce contexte incroyable ne doit pas faire oublier que Donald Trump a consolidé sa base électorale, lors de cette élection très serrée, à la participation historique, prouvant qu'il n'est pas un épiphénomène dans l'histoire américaine. Son refus de reconnaître sa défaite pourrait induire des violences ces prochains jours, mais annonce aussi une législature très tendue dans ce pays déchiré comme jamais.