Par

Florence Bergeaud-Blackler, anthropologue, coordinatrice du conseil scientifique de l'Observatoire

Pascal Hubert, avocat au barreau de Bruxelles, président de la commission juridique de l'Observatoire

Nous tenons à lui répondre que l'Observatoire n'est nullement responsable de la diffamation qu'elle prétend avoir subie, dont par ailleurs elle ne donne pas de preuves. Nous ne voulons pas ici répondre à ces accusations dans une polémique vaine. Nous voulons attirer ici l'attention des lecteurs sur la nécessité d'ouvrir un débat citoyen sur l'islamisme qui ne peut rester dans l'entre-soi d'un milieu académique qui non seulement nie la légitimité d'un tel débat, mais ne défend plus la liberté de conscience et d'expression qui est pourtant sa condition d'existence.

Tout d'abord, il ne faut pas confondre parole scientifique et parole d'un scientifique.

L'article de Mme Torrekens que l'Observatoire a épinglé sur sa page Facebook et auquel le journaliste de la RTBF, en défense de Mme Torrekens, attribue le titre d'article scientifique est en réalité un article d'opinion. La sociologue de l'ULB y critique l'action du gouvernement français qu'elle qualifie de "stratégie de division". Elle écrit : "La réaction ''épidermique'' des autorités françaises risque même d'enterrer ce qu'il reste de cohésion sociale alors que celle-ci est déjà fragilisée par la crise économique, sociale et sanitaire." De telles généralisations ne peuvent être qualifiées de scientifiques. Autres exemples : la sociologue accuse le gouvernement français de s'attaquer au CCIF, de "régler son compte à une association musulmane qui dérange pour les combats qu'elle mène (burkini, foulard, etc.)". Un peu comme si l'État français s'était attaqué soudainement à une simple organisation caritative.

Elle écrit également dans un contre sens saisissant : "Gérald Darmanin reproche, en effet, au CCIF de condamner l'islamophobie d'État, reconnaissant donc au passage implicitement qu'elle existe..."

La sociologue a le droit de juger que le gouvernement français en agissant ainsi donne "raison à des pans entiers de la propagande jihadiste " (sic), mais cette opinion depuis son confortable bureau ne peut être considérée comme une démonstration scientifique. En ces circonstances, ce jugement a quelque chose d'indécent si l'on pense au combat quotidien mené par les forces de l'ordre contre l'islamisme en France ou à l'étranger, et le lourd tribut payé par les populations françaises et belges. Rappelons que beaucoup de jihadistes sont passés par Molenbeek. Elle accuse également les chercheurs Bernard Rougier et Hugo Micheron, auteurs de monographies de terrain sur le salafisme et le djihadisme en France, de "négliger les règles méthodologiques les plus élémentaires des sciences sociales" et le fait en mobilisant un argument d'autorité (une citation d'un ouvrage théorique qui n'a rien à voir avec le sujet).

Il importe que la liberté académique et d'expression s'exerce dans le cadre d'investigations approfondies et sans langue de bois.

À cet égard, et contrairement aux affirmations de Madame Torrekens, il n'est plus sérieusement contestable que le CCIF soit proche des Frères Musulmans et en empêchant toute critique de l'islam facilite les idéologies de l'islam politique dont l'objectif est d'imposer la Charia dans nos démocraties[1], en usant précisément de nos libertés chèrement acquises pour mieux les remplacer.

Il est donc de la plus haute importance que les intellectuels, chercheurs, académiciens, scientifiques, associations, soucieux du respect des valeurs démocratiques, et, d'une manière générale, quiconque entend oeuvrer au bien commun, fasse oeuvre utile en investiguant sérieusement et en nommant les réalités qui fâchent. Il s'agit, en effet, de contribuer à un débat d'intérêt général. C'est dire combien la liberté d'expression ne saurait se soumettre à l'islam politique. Encore faut-il prendre conscience de celui-ci et avoir le courage de le dénoncer sans ambages.

Donnons quelques exemples illustrant la problématique rapportée à l'Observatoire[2] par des enseignants, animateurs, habitants.

Ainsi, à l'école, des écolières non voilées sont soumises à des pressions ; pression pour porter le voile, pour manger halal, jeûner de plus en plus jeune ; les enseignements historiques sont contestés, en biologie notamment ; les enseignants font l'objet de pression, avec refus par certains étudiants d'assister à certains cours ; on y voit également un retour du blasphème, des harcèlements.

Dans les milieux sportifs et culturels, les jeunes filles sont priées d'éviter de pratiquer certaines activités sportives, voire toutes les activités sportives.

Dans les institutions de soin de santé, il existe un renoncement à des soins pour éviter qu'une femme ne soit examinée par un homme ; une médecine dite "prophétique" à l'hôpital, et en médecine de ville.

Les entreprises sont, pour leur part, soumises à des demandes d'aménagement des temps de travail, des lieux de prière, des gestes discriminants ; une tendance à une respécialisation des métiers par sexe se fait également jour, ainsi que le développement du travail à domicile pour les femmes.

Ainsi encore, nous constatons une division entre médias haram et médias halal.

Dans l'espace public et politique, le simple fait d'évoquer l'islamisme entraine l'accusation de racisme ; les lanceurs d'alerte sont la cible de menaces ; la violence et les menaces de mort sont banalisées à l'égard de ceux qui contestent ou désirent abandonner ou de changer de religion, etc.

Enfin, on peut encore relever l'entrisme certain dans les tissus associatif, médiatique et politique.

Force est de constater que les acteurs qui ont une influence sur le terrain se tiennent. L'Observatoire dérange visiblement parce qu'il dénonce les accommodements raisonnables que les islamistes cherchent à distiller dans la société belge, par exemple : la motion sur les signes conventionnels, les discours d'une scientifique qui valide le terme d' "islamophobie", un professeur qui est suspendu pour avoir abordé le blasphème en montrant la caricature de Charlie Hebdo.

Certains des membres de l'Observatoire sont réellement menacés et intimidés pour avoir simplement usé de leur liberté d'expression, en rappelant les fondamentaux d'une société démocratique et d'un véritable "vivre ensemble"...

La parole scientifique n'est pas remise en question par les RS

L'Observatoire entend mener un débat indispensable dans une société sécularisée comme la nôtre. Dans ce cadre, la liberté d'expression est garantie aux uns et aux autres, dans la limite de la légalité évidemment. À cet égard, la "parole scientifique", comme toute parole, doit pouvoir être discutée et, le cas échéant, mise en doute. Cela étant posé, l'Observatoire réitère le fait qu'il refuse toute attaque ad personam. Dans ce cadre, l'Observatoire n'a émis aucune menace à l'encontre de Mme Torrekens ou de sa fille. Il aurait été juste de le reconnaître, plutôt que de créer l'amalgame par un raccourci licencieux[3].

Les réseaux sociaux ne remettent pas en question la parole scientifique comme la sociologue le suggère. Mais ils obligent les chercheurs et les médias traditionnels à être plus attentifs. Dans son article en défense de Mme Torrekens, le journaliste de la RTBF fait montre d'une certaine déférence vis-à-vis de l'universitaire. Au point où il affirme qu'elle aurait été victime d'insultes, mais omet de poser clairement et objectivement les termes du problème. On aurait attendu une réelle investigation journalistique pour savoir qui avait dit quoi.

Les réseaux sociaux produisent de la désinformation, mais ils permettent de lancer des alertes et d'ouvrir le débat quand celui-ci est verrouillé

Le pôle vigilance et médiation de l'Observatoire ne ressemble pas au salon feutré d'une bibliothèque universitaire. D'ailleurs, il n'a pas été conçu comme un groupe d'influence, il a été mis en place pour ouvrir l'espace et l'esprit critique dans une capitale Belge où l'entre-soi, le tutoiement facile, rend difficile le débat contradictoire. Les réseaux politiques, médiatiques, académiques, communautaires s'entremêlent. Leurs responsables ont plusieurs casquettes de sorte que "chacun se tient par la barbichette".

Du coup, on n'ose pas la critique ouverte. Et quand elle a lieu, elle se fait le plus souvent masquée, et avec une certaine agressivité voire violence. Des gens qui ont de hautes responsabilités, obligés de faire bonne figure la journée se défoulent le soir venu derrière leur pseudo et organisent ainsi des "mascarades". Lisez les graves mésaventures du journaliste Marcel Sel qui est un des rares à réaliser des investigations de terrain et à ne pas céder à cette logique de l'entre-soi qu'il connait pourtant sur le bout des doigts. Il vit un véritable calvaire, pris dans plusieurs affaires de faux harcèlement de ce que l'on appelle la cancel culture.

Les débats contradictoires devraient avoir lieu, et notamment dans les universités. Or là encore, il y a des problèmes. Nous recevons au pôle accompagnement de l'Observatoire des étudiants en sciences sociales auxquels on a refusé pour des motifs vagues, de poser les termes de leur démonstration quand il est question de l'islam ou des problématiques interculturelles. Cela peut aller jusqu'au harcèlement s'ils persistent à ne pas suivre les conseils de leur directeur/trice de recherche.

Nous essayons de faire le lien entre la production et la consommation de connaissance, en dehors de l'université, dans la cité et sur les réseaux sociaux.

La Belgique francophone se vante de ne pas avoir de parti d'extrême droite comme en Flandre ou en France. Mais est-ce vraiment le cas ? En réalité, cette extrême droite couve, elle commence à bouillir. On a un effet cocotte-minute qui n'est pas sain. Ce n'est pas en bâillonnant le débat qu'on résoudra le problème du fondamentalisme islamique et de l'extrême droite qui rêvent de confrontation.

Il faut donc ouvrir le débat et protéger ceux qui ne peuvent plus s'exprimer, ceux dont la liberté de conscience n'est plus assurée, pour desserrer la pression.

L'Observatoire fonctionne sur trois pôles interdépendants qui s'informent et se renvoient les uns aux autres. Le pôle scientifique, documentation et formationqui propose notamment des expertises, des études, des recherches approfondies sur les fondamentalismes religieux. Le pôle vigilance et médiation, qui offre un espace de discussion. Enfin, le pôle accompagnement social et juridique destiné aux personnes en difficultés dans leur famille et leur entourage au regard de la liberté d'expression et de conscience. Pour le moment l'Observatoire n'a pas les moyens de rémunérer les chercheurs et nous ne voulons pas faire comme trop souvent à l'université où des professeurs font travailler gratuitement des étudiants sans se rendre sur le terrain eux-mêmes en les payant (s'ils les payent) au lance-pierre. Certains partis et associations, syndicats nous consultent désormais, mais le font avec discrétion. Nous traitons de sujets politiques très sensibles. D'ailleurs, la sûreté de l'État belge est consciente de cette situation. Les professions de l'éducation, des services sociaux, de la police sont en premières lignes et sont démunis. C'est à eux que l'Observatoire s'adresse en priorité.

[1] Voy. notamment, Richard Malka : "En l'occurrence, la proximité du CCIF avec les Frères musulmans et en particulier avec Tariq et Hani Ramadan, petits fils du fondateur des Frères musulmans Hassan el-Banna, me paraissait du reste indiscutable", https://www.lefigaro.fr/vox/religion/richard-malka-les-statistiques-du-ccif-sur-l-islamophobie-ne-sont-pas-fiables-20190621; ou https://www.atlantico.fr/decryptage/3582657/accuse-d-etre-une-association-islamiste-le-ccif-affirme-que-cela-n-a-jamais-ete-prouve-vraiment--naem-bestandji

[2] "Pourquoi un Observatoire des fondamentalismes ?", https://www.obruxelles.com/a-propos/

[3] Voy. posts F.b. de l'Observatoire : https://www.facebook.com/BruxellesOf/posts/191414105775388; https://www.facebook.com/BruxellesOf/posts/190413772542088

ParFlorence Bergeaud-Blackler, anthropologue, coordinatrice du conseil scientifique de l'ObservatoirePascal Hubert, avocat au barreau de Bruxelles, président de la commission juridique de l'ObservatoireNous tenons à lui répondre que l'Observatoire n'est nullement responsable de la diffamation qu'elle prétend avoir subie, dont par ailleurs elle ne donne pas de preuves. Nous ne voulons pas ici répondre à ces accusations dans une polémique vaine. Nous voulons attirer ici l'attention des lecteurs sur la nécessité d'ouvrir un débat citoyen sur l'islamisme qui ne peut rester dans l'entre-soi d'un milieu académique qui non seulement nie la légitimité d'un tel débat, mais ne défend plus la liberté de conscience et d'expression qui est pourtant sa condition d'existence. Tout d'abord, il ne faut pas confondre parole scientifique et parole d'un scientifique. L'article de Mme Torrekens que l'Observatoire a épinglé sur sa page Facebook et auquel le journaliste de la RTBF, en défense de Mme Torrekens, attribue le titre d'article scientifique est en réalité un article d'opinion. La sociologue de l'ULB y critique l'action du gouvernement français qu'elle qualifie de "stratégie de division". Elle écrit : "La réaction ''épidermique'' des autorités françaises risque même d'enterrer ce qu'il reste de cohésion sociale alors que celle-ci est déjà fragilisée par la crise économique, sociale et sanitaire." De telles généralisations ne peuvent être qualifiées de scientifiques. Autres exemples : la sociologue accuse le gouvernement français de s'attaquer au CCIF, de "régler son compte à une association musulmane qui dérange pour les combats qu'elle mène (burkini, foulard, etc.)". Un peu comme si l'État français s'était attaqué soudainement à une simple organisation caritative. Elle écrit également dans un contre sens saisissant : "Gérald Darmanin reproche, en effet, au CCIF de condamner l'islamophobie d'État, reconnaissant donc au passage implicitement qu'elle existe..." La sociologue a le droit de juger que le gouvernement français en agissant ainsi donne "raison à des pans entiers de la propagande jihadiste " (sic), mais cette opinion depuis son confortable bureau ne peut être considérée comme une démonstration scientifique. En ces circonstances, ce jugement a quelque chose d'indécent si l'on pense au combat quotidien mené par les forces de l'ordre contre l'islamisme en France ou à l'étranger, et le lourd tribut payé par les populations françaises et belges. Rappelons que beaucoup de jihadistes sont passés par Molenbeek. Elle accuse également les chercheurs Bernard Rougier et Hugo Micheron, auteurs de monographies de terrain sur le salafisme et le djihadisme en France, de "négliger les règles méthodologiques les plus élémentaires des sciences sociales" et le fait en mobilisant un argument d'autorité (une citation d'un ouvrage théorique qui n'a rien à voir avec le sujet). Il importe que la liberté académique et d'expression s'exerce dans le cadre d'investigations approfondies et sans langue de bois. À cet égard, et contrairement aux affirmations de Madame Torrekens, il n'est plus sérieusement contestable que le CCIF soit proche des Frères Musulmans et en empêchant toute critique de l'islam facilite les idéologies de l'islam politique dont l'objectif est d'imposer la Charia dans nos démocraties[1], en usant précisément de nos libertés chèrement acquises pour mieux les remplacer. Il est donc de la plus haute importance que les intellectuels, chercheurs, académiciens, scientifiques, associations, soucieux du respect des valeurs démocratiques, et, d'une manière générale, quiconque entend oeuvrer au bien commun, fasse oeuvre utile en investiguant sérieusement et en nommant les réalités qui fâchent. Il s'agit, en effet, de contribuer à un débat d'intérêt général. C'est dire combien la liberté d'expression ne saurait se soumettre à l'islam politique. Encore faut-il prendre conscience de celui-ci et avoir le courage de le dénoncer sans ambages. Donnons quelques exemples illustrant la problématique rapportée à l'Observatoire[2] par des enseignants, animateurs, habitants.Ainsi, à l'école, des écolières non voilées sont soumises à des pressions ; pression pour porter le voile, pour manger halal, jeûner de plus en plus jeune ; les enseignements historiques sont contestés, en biologie notamment ; les enseignants font l'objet de pression, avec refus par certains étudiants d'assister à certains cours ; on y voit également un retour du blasphème, des harcèlements. Dans les milieux sportifs et culturels, les jeunes filles sont priées d'éviter de pratiquer certaines activités sportives, voire toutes les activités sportives. Dans les institutions de soin de santé, il existe un renoncement à des soins pour éviter qu'une femme ne soit examinée par un homme ; une médecine dite "prophétique" à l'hôpital, et en médecine de ville. Les entreprises sont, pour leur part, soumises à des demandes d'aménagement des temps de travail, des lieux de prière, des gestes discriminants ; une tendance à une respécialisation des métiers par sexe se fait également jour, ainsi que le développement du travail à domicile pour les femmes.Ainsi encore, nous constatons une division entre médias haram et médias halal.Dans l'espace public et politique, le simple fait d'évoquer l'islamisme entraine l'accusation de racisme ; les lanceurs d'alerte sont la cible de menaces ; la violence et les menaces de mort sont banalisées à l'égard de ceux qui contestent ou désirent abandonner ou de changer de religion, etc.Enfin, on peut encore relever l'entrisme certain dans les tissus associatif, médiatique et politique.Force est de constater que les acteurs qui ont une influence sur le terrain se tiennent. L'Observatoire dérange visiblement parce qu'il dénonce les accommodements raisonnables que les islamistes cherchent à distiller dans la société belge, par exemple : la motion sur les signes conventionnels, les discours d'une scientifique qui valide le terme d' "islamophobie", un professeur qui est suspendu pour avoir abordé le blasphème en montrant la caricature de Charlie Hebdo. Certains des membres de l'Observatoire sont réellement menacés et intimidés pour avoir simplement usé de leur liberté d'expression, en rappelant les fondamentaux d'une société démocratique et d'un véritable "vivre ensemble"... La parole scientifique n'est pas remise en question par les RS L'Observatoire entend mener un débat indispensable dans une société sécularisée comme la nôtre. Dans ce cadre, la liberté d'expression est garantie aux uns et aux autres, dans la limite de la légalité évidemment. À cet égard, la "parole scientifique", comme toute parole, doit pouvoir être discutée et, le cas échéant, mise en doute. Cela étant posé, l'Observatoire réitère le fait qu'il refuse toute attaque ad personam. Dans ce cadre, l'Observatoire n'a émis aucune menace à l'encontre de Mme Torrekens ou de sa fille. Il aurait été juste de le reconnaître, plutôt que de créer l'amalgame par un raccourci licencieux[3].Les réseaux sociaux ne remettent pas en question la parole scientifique comme la sociologue le suggère. Mais ils obligent les chercheurs et les médias traditionnels à être plus attentifs. Dans son article en défense de Mme Torrekens, le journaliste de la RTBF fait montre d'une certaine déférence vis-à-vis de l'universitaire. Au point où il affirme qu'elle aurait été victime d'insultes, mais omet de poser clairement et objectivement les termes du problème. On aurait attendu une réelle investigation journalistique pour savoir qui avait dit quoi. Les réseaux sociaux produisent de la désinformation, mais ils permettent de lancer des alertes et d'ouvrir le débat quand celui-ci est verrouilléLe pôle vigilance et médiation de l'Observatoire ne ressemble pas au salon feutré d'une bibliothèque universitaire. D'ailleurs, il n'a pas été conçu comme un groupe d'influence, il a été mis en place pour ouvrir l'espace et l'esprit critique dans une capitale Belge où l'entre-soi, le tutoiement facile, rend difficile le débat contradictoire. Les réseaux politiques, médiatiques, académiques, communautaires s'entremêlent. Leurs responsables ont plusieurs casquettes de sorte que "chacun se tient par la barbichette". Du coup, on n'ose pas la critique ouverte. Et quand elle a lieu, elle se fait le plus souvent masquée, et avec une certaine agressivité voire violence. Des gens qui ont de hautes responsabilités, obligés de faire bonne figure la journée se défoulent le soir venu derrière leur pseudo et organisent ainsi des "mascarades". Lisez les graves mésaventures du journaliste Marcel Sel qui est un des rares à réaliser des investigations de terrain et à ne pas céder à cette logique de l'entre-soi qu'il connait pourtant sur le bout des doigts. Il vit un véritable calvaire, pris dans plusieurs affaires de faux harcèlement de ce que l'on appelle la cancel culture.Les débats contradictoires devraient avoir lieu, et notamment dans les universités. Or là encore, il y a des problèmes. Nous recevons au pôle accompagnement de l'Observatoire des étudiants en sciences sociales auxquels on a refusé pour des motifs vagues, de poser les termes de leur démonstration quand il est question de l'islam ou des problématiques interculturelles. Cela peut aller jusqu'au harcèlement s'ils persistent à ne pas suivre les conseils de leur directeur/trice de recherche.Nous essayons de faire le lien entre la production et la consommation de connaissance, en dehors de l'université, dans la cité et sur les réseaux sociaux.La Belgique francophone se vante de ne pas avoir de parti d'extrême droite comme en Flandre ou en France. Mais est-ce vraiment le cas ? En réalité, cette extrême droite couve, elle commence à bouillir. On a un effet cocotte-minute qui n'est pas sain. Ce n'est pas en bâillonnant le débat qu'on résoudra le problème du fondamentalisme islamique et de l'extrême droite qui rêvent de confrontation. Il faut donc ouvrir le débat et protéger ceux qui ne peuvent plus s'exprimer, ceux dont la liberté de conscience n'est plus assurée, pour desserrer la pression.L'Observatoire fonctionne sur trois pôles interdépendants qui s'informent et se renvoient les uns aux autres. Le pôle scientifique, documentation et formationqui propose notamment des expertises, des études, des recherches approfondies sur les fondamentalismes religieux. Le pôle vigilance et médiation, qui offre un espace de discussion. Enfin, le pôle accompagnement social et juridique destiné aux personnes en difficultés dans leur famille et leur entourage au regard de la liberté d'expression et de conscience. Pour le moment l'Observatoire n'a pas les moyens de rémunérer les chercheurs et nous ne voulons pas faire comme trop souvent à l'université où des professeurs font travailler gratuitement des étudiants sans se rendre sur le terrain eux-mêmes en les payant (s'ils les payent) au lance-pierre. Certains partis et associations, syndicats nous consultent désormais, mais le font avec discrétion. Nous traitons de sujets politiques très sensibles. D'ailleurs, la sûreté de l'État belge est consciente de cette situation. Les professions de l'éducation, des services sociaux, de la police sont en premières lignes et sont démunis. C'est à eux que l'Observatoire s'adresse en priorité.[1] Voy. notamment, Richard Malka : "En l'occurrence, la proximité du CCIF avec les Frères musulmans et en particulier avec Tariq et Hani Ramadan, petits fils du fondateur des Frères musulmans Hassan el-Banna, me paraissait du reste indiscutable", https://www.lefigaro.fr/vox/religion/richard-malka-les-statistiques-du-ccif-sur-l-islamophobie-ne-sont-pas-fiables-20190621; ou https://www.atlantico.fr/decryptage/3582657/accuse-d-etre-une-association-islamiste-le-ccif-affirme-que-cela-n-a-jamais-ete-prouve-vraiment--naem-bestandji[2] "Pourquoi un Observatoire des fondamentalismes ?", https://www.obruxelles.com/a-propos/[3] Voy. posts F.b. de l'Observatoire : https://www.facebook.com/BruxellesOf/posts/191414105775388; https://www.facebook.com/BruxellesOf/posts/190413772542088