La Première ministre britannique Theresa May a enfin dévoilé ses priorités pour les négociations à venir avec l'Europe. Elle a défendu une rupture "claire et nette" mardi avec l'Union européenne (UE) en déclarant que le Brexit signifiait aussi la sortie du marché unique.

Son annonce a provoqué une onde de choc de l'autre côté de la Manche car la séparation avec l'Europe aura aussi d'importantes répercussions sur la stabilité de la Grande-Bretagne. "Il est certainement réaliste de penser que le Royaume-Uni pourrait s'effondrer suite à cela", a déclaré le spécialiste des questions européennes Hendrik Vos de l'UZGent au Morgen.

Car suite au référendum, les avis concernant la sortie ou non de l'Union étaient flagrants au sein des quatre nations qui composent le Royaume-Uni. Ainsi, le 24 juin dernier, l'Ecosse a voté à 62% pour le "remain" et l''Irlande du Nord a voté à 56% pour le maintien dans le bloc communautaire tandis que le Pays de Galle et l'Angleterre votaient pour le "leave".

"Si le gouvernement britannique renonce à toute concession et se tourne vers un Brexit "dur", l'Écosse doit avoir le droit à l'auto-détermination ", a estimé dans la foulée du discours de Theresa May la première ministre écossaise Nicola Sturgeon qui réfute l'idée que "le gouvernement britannique ne pouvait pas les retirer de la sorte du marché unique, sans prendre en considération l'impact sur leur économie, leurs jobs et leur standard de vie." Mme Sturgeon a en outre souligné que l'Écosse ne pouvait pas, contre sa volonté, quitter le marché unique et qu'elle étudiait toutes les options possibles pour de nouvelles actions. La première ministre brandit aussi la possibilité d'un nouveau référendum sur l'indépendance de l'Ecosse.

L'Irlande du Nord, avec l'Ecosse, le Pays de Galle et l'Angleterre ont réagi de leur côté, plus prudemment, mais redoutent aussi les conséquences du "Brexit dur" de Theresa May et de la suppression de la plupart des liens avec le continent européen. L'Irlande du Nord est en effet la seule partie du pays à avoir des frontières réelles avec l'Europe via l'Irlande.

May a déclaré qu'elle éviterait que des postes de frontières soient érigés entre les deux pays et que la libre circulation des personnes soit respectée, ce qui n'a pas eu le don de rassurer les Irlandais du Nord. Le parti Sinn Fein a appelé à l'organisation d'un référendum, afin d'être rattaché à son voisin.

De la science-fiction politique à la réalité

"Un éclatement du Royaume-Uni semblait encore il y a peu comme de la science-fiction politique, mais depuis le discours de May, il se pourrait que cela arrive vraiment", est d'avis le professeur en études européennes Hendrik Vos (UGent). "On ne doit pas sous-estimer l'importance du chaos. Le Royaume-Uni doit maintenant à court terme conclure des accords commerciaux pour des dizaines de milliers de produits, alors qu'il avait délégué cela pendant 40 ans à l'Europe. Ils n'ont tout simplement pas les experts pour faire cela. Ce Brexit provoque de cette manière beaucoup d'inquiétude qu'un Royaume Désuni, une décomposition du Royaume Uni actuel, est tout à fait réaliste. Les Écossais vont certainement essayer d'exiger le maximum ", commente-t-il encore.

Paul De Grauwe, économiste à la London School of Economics, ne s'attend pas, pour sa part, à ce scénario catastrophe. "Tout le monde pense cela, mais selon moi, on ne pense pas vraiment qu'on ira si loin même si rien n'est exclu" car selon lui, la réaction des Ecossais n'a rien à voir avec des raisons économiques, mais plutôt émotionnelles. Au point de vue purement économique, l'Ecosse ne se porterait en effet pas mieux si elle devenait indépendante et restait au sein de l'UE. La nation perdrait des compensations financières dues aux transferts avec le reste du pays. Reste aussi à savoir si une Ecosse indépendante pourrait être réintégrée à l'Europe.