Le président américain a-t-il usé de son influence pour obtenir des informations de l'étranger sur un rival électoral potentiel ? Les révélations d'un mystérieux lanceur d'alerte sèment le doute, rappelant les accusations de collusions avec la Russie lors de la campagne de 2016. Cette polémique, qui façonnera quoiqu'il arrive les élections de 2020, oblige également les démocrates à faire face à un choix fatidique sur une éventuelle destitution du président. Voici les éléments-clés d'une affaire devenue scandale.
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Le président américain a-t-il usé de son influence pour obtenir des informations de l'étranger sur un rival électoral potentiel ? Les révélations d'un mystérieux lanceur d'alerte sèment le doute, rappelant les accusations de collusions avec la Russie lors de la campagne de 2016. Cette polémique, qui façonnera quoiqu'il arrive les élections de 2020, oblige également les démocrates à faire face à un choix fatidique sur une éventuelle destitution du président. Voici les éléments-clés d'une affaire devenue scandale.Ce sont les révélations d'un lanceur d'alerte membre des services de renseignement américains qui ont mis le feu aux poudres. Le Washington Post et le New York Times ont rapporté que ce dernier s'était inquiété de la teneur d'échanges entre Donald Trump et un dirigeant étranger, à qui le président américain aurait notamment fait "une promesse" jugée troublante. Les deux quotidiens ont ajouté qu'une partie du signalement concernait l'Ukraine. Le 25 juillet dernier, Donald Trump s'est entretenu par téléphone avec le président ukrainien Volodymyr Zelensky. Selon le Wall Street Journal, Trump a, lors de cet appel, encouragé "à environ huit reprises" Zelensky à enquêter sur le fils de Joe Biden et à collaborer pour ce faire avec son avocat personnel Rudy Giuliani. L'avocat a par ailleurs reconnu avoir demandé à Kiev d'enquêter sur le fils Biden. Il a ajouté avoir demandé à l'Ukraine "d'examiner les allégations (...) qui impliquaient indirectement Joe Biden dans une grosse affaire de corruption".Hunter Biden, le deuxième fils de l'ancien sénateur, a travaillé pour un groupe gazier ukrainien à partir de 2014, lorsque son père était vice-président de Barack Obama. Cette compagnie a été la cible d'une enquête chapeautée par un procureur ukrainien que Washington a souhaité voir limoger en raison de ses mauvais résultats en matière d'anticorruption. La réaction de Joe Biden ne s'est pas fait attendre : "Si ces accusations sont vraies, alors la volonté du président Trump d'abuser de son pouvoir et d'humilier notre pays n'a pas de limites". Il a exigé que Donald Trump publie sans délai la retranscription de l'appel en question, "afin que le peuple américain puisse juger par lui-même", tout en assurant n'avoir "jamais parlé avec son fils de ses activités professionnelles à l'étranger".En outre, les allégations selon lesquelles Joe Biden aurait fait pression pour congédier le procureur ukrainien parce qu'il avait enquêté sur une entreprise pour laquelle son fils était membre du conseil d'administration se sont déjà révélées fausses, indique CNN. Le procureur a été considéré comme corrompu par de nombreux gouvernements et institutions internationales, et pas seulement par l'ancien vice-président.De son côté, Donald Trump nie avoir profité de son influence en tant que président américain pour servir ses intérêts en vue de la future campagne électorale. Une accusation qui n'est pas sans rappeler la campagne de 2016 contre Hillary Clinton. Cette dernière a retweeté cet entretien avec un message accusateur: "Le président a demandé à un pouvoir étranger de l'aider à gagner une élection. Encore une fois". Une allusion claire aux soupçons de collusion entre l'équipe de campagne de Donald Trump et la Russie."J'ai eu des conversations avec de nombreux dirigeants, elles sont toujours irréprochables", s'est défendu le président américain, manifestement agacé par ces accusations. A-t-il spécifiquement parlé de Joe Biden avec le président ukrainien ? "Ce dont j'ai parlé n'a pas d'importance", a-t-il rétorqué, avant de tout de même ajouter que "quelqu'un devrait se pencher sur Joe Biden". La question est de savoir si Trump a personnellement pressé Zelensky d'enquêter sur les Biden et, le cas échéant, si une telle demande constitue un abus du pouvoir présidentiel. Les partisans de Trump affirment qu'il n'y a jusqu'à présent aucune preuve qu'il a offert une contrepartie aux Ukrainiens, tandis que certains évoquent un programme d'aide militaire. Un point qui pour l'instant n'a pas encore été élucidé. Donald Trump a également multiplié les déclarations contradictoires au sujet de ses conversations téléphoniques, défendant son droit à les garder confidentielles, tout en suggérant de publier son appel avec Zelensky. Cette affaire suscite la gêne jusqu'au sein de sa propre majorité. "Si le Président avait demandé ou fait pression sur le président ukrainien pour qu'il enquête sur son rival politique, soit directement, soit par l'intermédiaire de son avocat, ce serait extrêmement troublant. Il est essentiel que les faits soient rendus publics", a tweeté le sénateur républicain Mitt Romney.Les déclarations de Donald Trump contre le lanceur d'alerte ont indigné plusieurs démocrates influents, qui ont dénoncé une tentative d'intimidation risquant d'avoir un effet dissuasif sur de futurs lanceurs d'alerte, "avec de graves conséquences pour notre démocratie et la sécurité nationale". Cette polémique a aussi relancé les appels à la destitution du président américain. "Il est temps pour nous de dénoncer le comportement illégal de Donald Trump et d'entamer des procédures de destitution - maintenant", a affirmé la candidate à la Maison-Blanche Elizabeth Warren. "Si l'exécutif persiste à empêcher le lanceur d'alerte de parler au Congrès (...), il entrera dans une nouvelle période dangereuse de non-droit qui nous mènera à une toute nouvelle étape de l'enquête", a averti Nancy Pelosi, la présidente démocrate de la Chambre des Représentants. Elle hésite à accepter la procédure de destitution, car il est peu probable que les sénateurs républicains votent pour. Or, elle ne souhaite pas mettre le feu à la base politique de Trump alors que les démocrates tentent de conserver leur majorité à la Chambre en 2020. Mais si les faits indiquent un abus de pouvoir de la part de Trump, les démocrates pourraient bien être contraints de se soumettre à des auditions de destitution, quel qu'en soit le coût politique à long terme. Ne rien faire reviendrait à accepter qu'un président puisse abuser de son pouvoir en cherchant une ingérence étrangère dans la démocratie américaine. "À ce stade, le plus grand scandale national n'est pas le comportement du président qui viole la loi - c'est le refus du parti démocrate de le destituer pour cela", a fustigé la benjamine de la Chambre, Alexandria Ocasio-Cortez. De son côté, Adam Schiff, président démocrate de la commission du renseignement de la Chambre des représentants, a déclaré à CNN que "nous avons peut-être franchi le Rubicon" au sujet de la destitution.