Il est difficile de se faire une idée du rôle que Trump veut faire jouer à l'Amérique dans le monde. Sur ce point, il s'est tenu à quelques slogans assez courts pour remplir l'autocollant d'une voiture. Il est aussi difficile de se représenter un président élu moins au courant de la marche du monde que Trump. Pourtant, il semble prêt à saper l'ordre du monde créé sous la garde de son pays depuis 1945.

Beaucoup de gens pas très nets ont célébré la victoire électorale de Donald Trump. Aux États-Unis, le Ku Klux Klan a dansé dans les rues. Le président égyptien Abdel Fattah al-Sissi a été le premier à le féliciter au téléphone. Le parlement russe a applaudi quand on a annoncé la nouvelle. En Europe, les populistes de droite n'ont pas caché leur joie. Nigel Farage du parti UKIP a déjà été aperçu dans la Trump Tower à New York.

Cependant, l'incertitude est grande parmi les anciens alliés des États-Unis. Pourront-ils encore compter sur Washington pour leur défense, la coopération économique et même pour la protection de la démocratie libérale ? Après un an à la Maison-Blanche, Barack Obama s'est vu décerner le Prix de Nobel de la Paix pour avoir rétabli le dialogue international après les années funestes de George W. Bush. Quant à Trump, il ressemble fort à un éléphant dans un magasin de porcelaine.

Il n'est pas anormal que la Russie préfère dialoguer avec Donald Trump plutôt qu'avec Hillary Clinton. Ses années au poste de ministre des Affaires étrangères ne lui ont pas valu une très bonne relation avec le Kremlin. Comme Trump répète à l'envi qu'il admire Vladimir Poutine, ce dernier espère conclure un pacte à la Yalta avec les États-Unis, qui reconnaît la zone influence dans les pays voisins de la Russie.

Cela explique l'inquiétude dans les pays baltes et dans toute l'OTAN. Poutine essaie depuis longtemps de fissurer l'Union européenne ou l'OTAN. Aux échecs, Trump ne fait pas le poids face à un grand maître russe. Cette année, les pièces semblent d'ailleurs tomber d'elles-mêmes pour Moscou. D'abord, le Brexit a dressé le Royaume-Uni contre le reste de l'Union européenne. Et à présent, Trump sème le doute sur la volonté de l'Amérique à venir en aide à ses alliés en cas de nécessité.

Les alliés américains en Asie ne savent pas non plus ce qui les attend. Alors que la pression chinoise en Asie de l'Est augmente sur le plan militaire, Trump a déclaré pendant sa campagne que la Corée du Sud et le Japon ne devaient pas trop compter sur les États-Unis et avaient intérêt à développer eux-mêmes la bombe atomique. En ce qui concerne la Chine, les collaborateurs de Trump aiment citer leur grand exemple Ronald Reagan, qui a imposé un tarif de 45% sur l'importation de motocyclettes japonaises. On sait que Trump n'est pas fan de traités de libre-échange, mais une guerre commerciale peut coûter des millions d'emplois aux États-Unis.

Ce ne sont là que quelques slogans ineptes pondus par Donald Trump lors de sa campagne. Construira-t-il un mur sur la frontière mexicaine et les musulmans n'auront-ils vraiment plus accès aux États-Unis ? Que pense son ami Poutine de son désir d'annuler le traité nucléaire avec l'Iran ? Reste à voir aussi dans quelle mesure la direction du parti républicain peut le guider politiquement.

Certains affirment que ses connaissances du monde des affaires compensent son manque d'expérience politique. Dans les deux cas, il s'agit de conclure des accords et Trump y serait très bon. Cela ne l'empêche pas de rester un Apprentice en politique, comme s'appelle l'émission télévisée dans laquelle il a cherché un dirigeant d'entreprise pendant plus de dix ans. La différence avec cette émission c'est qu'à télévision, il y a toujours un moment où quelqu'un hurle : You're fired!