Attention, ce qui suit pourrait susciter l'angoisse de nombreux lecteurs. " C'est par cette mise en garde drolatique que, il y a quelques jours, l'éditorialiste de CNN Matt Lewis a commencé un texte publié sur le site Web T he Daily Beast et intitulé " Les 30 millions de raisons pour lesquelles Trump sera réélu ". Voilà résumé en quelques mots le climat politique du moment à Washington, où le petit monde des commentateurs prend de plus en plus au sérieux l'hypothèse d'une réélection du 45e président des Etats-Unis.
...

Attention, ce qui suit pourrait susciter l'angoisse de nombreux lecteurs. " C'est par cette mise en garde drolatique que, il y a quelques jours, l'éditorialiste de CNN Matt Lewis a commencé un texte publié sur le site Web T he Daily Beast et intitulé " Les 30 millions de raisons pour lesquelles Trump sera réélu ". Voilà résumé en quelques mots le climat politique du moment à Washington, où le petit monde des commentateurs prend de plus en plus au sérieux l'hypothèse d'une réélection du 45e président des Etats-Unis. En ce mois de mai, la popularité de ce dernier bat un record avec un " taux d'approbation " de 46 %, selon un sondage de l'institut Gallup. Cela représente une amélioration d'un point depuis la fin de l'enquête Mueller, close le mois dernier et qui visait à déterminer si la Russie et l'équipe de campagne de Donald Trump avaient agi de concert, pendant la campagne électorale de 2016, afin de battre Hillary Clinton (la réponse est non). Chez les électeurs du Parti républicain, dont beaucoup étaient sceptiques au début de sa présidence, Trump fait un tabac : 9 sondés sur 10 sont satisfaits de sa prestation. Plus étonnant : le magnat de l'immobilier trouve grâce aux yeux de certains démocrates : 12 % des sympathisants du parti de Barack Obama portent sur lui un regard favorable. Ce relatif " état de grâce " s'explique par les impressionnantes performances de l'économie américaine, un facteur déterminant aux yeux de l'opinion, juste devant les questions de santé. Avec une croissance supérieure à 3 %, une inflation inexistante et un taux de chômage de 3,6 %, son niveau le plus faible depuis 1969, la présidence Trump déjoue les pronostics alarmistes qui ont accompagné son élection. Rien qu'en avril, 263 000 nouveaux emplois ont été créés. Le chômage des Latinos (4,2 %) est historiquement bas, tout comme celui des Afro-Américains. Sept Américains sur dix estiment que l'économie va bien. Il faut remonter à l'année 2001, avant les attentats du 11 septembre 2001, pour trouver un tel niveau de confiance des ménages. C'est pain bénit pour Trump : plus de la moitié de ses concitoyens lui attribuent ces bons résultats économiques, même si ses adversaires assurent que ce succès tient à l'héritage Obama. On le sait : la méthode Trump, inspirée de Ronald Reagan (1981-1988), repose sur la baisse de l'impôt sur les sociétés (de 35 % à 21 %) et de l'impôt sur le revenu, mise en oeuvre voilà dix-huit mois. A cela s'ajoute une déréglementation massive et la suppression de nombreuses contraintes administratives pesant sur les entreprises, ainsi que le recours à des mesures protectionnistes via l'augmentation des droits de douane, notamment sur les importations chinoises. Ce contexte provoque une bulle d'euphorie à Wall Street, où 70 % des professionnels de la Bourse se déclarent convaincus de la réélection de Trump, qui est déjà en campagne pour le scrutin de novembre 2020. Avec ses 46 % d'approbation, il se situe au même niveau que Bill Clinton à la mi-avril 1995, lors du lancement de sa seconde candidature. Dans les mêmes circonstances, à la mi-avril 2011, le taux d'approbation de Barack Obama se situait, lui, entre 43 et 45 %. Et il a été réélu. D'autres indicateurs ont de quoi réjouir le milliardaire. Aux Etats-Unis, les présidents sortants tendent en effet à être reconduits. Au cours des cinquante dernières années, seuls le démocrate Jimmy Carter et le républicain George H. W. Bush (le père) ne l'ont pas été. Nixon, Reagan, Clinton, Bush fils et Obama ont tous été réélus. L'histoire montre aussi que, plus un président est critiqué, plus sa victoire est écrasante. Autre paramètre : les Etats-Unis sont en paix. Critiqué pour son intention affichée de retirer les troupes américaines d'Afghanistan et de Syrie, Trump a compris que les électeurs étaient las des expéditions militaires hasardeuses. Contrairement à une idée reçue, et malgré les conseils des faucons de son entourage - notamment le conseiller à la sécurité nationale, John Bolton, et le secrétaire d'Etat, Mike Pompeo, qui voudraient l'entraîner dans des aventures en Iran ou au Venezuela -, Trump reste avant tout un businessman et un isolationniste dans l'âme, peu porté sur les affaires internationales et guère enclin à jouer au gendarme du monde. Sur le plan intérieur, les Américains ont fini par se familiariser avec Donald Trump dans le rôle du président. Sa personnalité demeure clivante, mais moins qu'au moment de son entrée en fonction voilà deux ans. Ses excès, ses tweets, ses provocations font désormais partie du quotidien et semblent moins choquants. Depuis la publication du rapport Mueller, qui l'exonère de collusion avec la Russie, la séquence politique lui est favorable. Ses partisans ont maintenant beau jeu d'exhumer la litanie de déclarations et d'articles de presse alarmistes qui ont accompagné sa campagne puis son avènement à la Maison-Blanche. Un mois avant la présidentielle de novembre 2016, le très sérieux Washington Post titrait " Une présidence Trump pourrait détruire l'économie mondiale ", tandis que le site Politico, s'appuyant sur de nombreux économistes, affirmait : " Wall Street se prépare à un krach majuscule si Donald Trump remporte la Maison-Blanche. " Pour sa part, juste après la défaite de Hillary Clinton, le Prix Nobel d'économie Paul Krugman écrivait, un tantinet fumeux : " Nous sommes très probablement à la veille d'une récession mondiale, avec aucune solution à l'horizon. Il est possible que nous soyons chanceux malgré tout. Mais du point de vue économique, comme dans tous les autres domaines, une chose terrible vient de se produire. " Et ce n'est pas fini. Alors que la campagne 2020 se profile à l'horizon, une importante fraction du Parti démocrate, y compris certains précandidats aux primaires, continue de pratiquer un " Trump bashing " intense, multipliant les initiatives judiciaires contre lui devant le Congrès. Leur idée? Lancer une hypothétique procédure d'impeachment dans l'espoir de réussir par cette voie ce qu'ils n'ont pas obtenu à travers la commission d'enquête du pugnace procureur Mueller : la déstabilisation de Trump. Accaparés par leur détestation de ce dernier, ils oublient de travailler sur leurs promesses de campagne, formulées l'année dernière lors des élections parlementaires de mi-mandat, et portant sur le système de santé et les infrastructures. Trump, pour sa part, semble assez serein. Il sait qu'un président en exercice n'est jamais aussi bien placé que lorsque l'économie est au beau fixe et que ses adversaires le pilonnent au Congrès. Car, aux Etats-Unis, on en revient toujours à la célèbre phrase de James Carville, conseiller de Bill Clinton lors de la campagne victorieuse du Parti démocrate en 1992 face à un George Bush père qui s'enorgueillissait de son bilan en politique étrangère : " It's the economy, stupid ! " Seule l'économie, en effet, permet de gagner les élections. Par Axel Gyldén.