American paradox : bien que la procédure d'impeachment engagée contre Donald Trump se soit révélée au fil des semaines accablante, son issue est connue d'avance : le président ne sera vraisemblablement pas destitué.
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American paradox : bien que la procédure d'impeachment engagée contre Donald Trump se soit révélée au fil des semaines accablante, son issue est connue d'avance : le président ne sera vraisemblablement pas destitué. Au terme de deux mois d'enquête, d'une douzaine d'auditions et d'une quinzaine de dépositions à huis clos, la commission du renseignement de la Chambre des représentants a transmis son rapport à la commission judiciaire. Les démocrates ont retenu deux chefs d'accusation : abus de pouvoir et entrave à la bonne marche du Congrès. La prochaine étape consiste à les faire adopter par la Chambre des représentants, à la majorité simple. C'est ensuite au Sénat - à majorité républicaine et soudé comme jamais - qu'il reviendra d'enclencher le procès en bonne et due forme. C'est cette dernière phase qui n'a a priori aucune chance de se produire (en l'état actuel du dossier). Selon le rapport final (de 300 pages), " aucun président n'a bafoué à ce point la Constitution et le pouvoir de supervision du Congrès " : il aurait " sollicité l'ingérence d'un pays étranger, l'Ukraine, pour favoriser sa campagne de réélection ". Conclusion : " les Pères fondateurs ont prescrit un remède quand un chef de l'exécutif place ses intérêts au-dessus de ceux de son pays : la destitution. " Trump aurait bloqué une aide de près de 400 millions de dollars attribuée à l'Ukraine, en guerre avec la Russie, soumettant le déblocage de ces fonds à l'ouverture d'une enquête de la justice ukrainienne sur les agissements de Hunter Biden, fils de Joe Biden ; il semblerait même que le président ait fait de l'aboutissement de ses requêtes la condition à l'invitation à la Maison-Blanche de son homologue Volodymyr Zelensky. Or, loin de fissurer le camp républicain, ces révélations pourtant fracassantes n'ont fait que le cimenter. Dans la perspective du scrutin présidentiel du 3 novembre 2020, les challengers qui contestaient Trump au sein du camp républicain en 2016 ont l'air d'avoir disparu. En attaquant les témoins qui ont déposé, en rappelant que toute l'affaire repose sur un simple coup de téléphone entre Trump et Zelensky le 25 juillet 2019, en différenciant les allusions ou les allégations des preuves irréfutables, en provoquant un débat constitutionnel qui remonte à George Washington, en incriminant le zèle des démocrates à diligenter l'impeachment, les républicains tentent de discréditer l'ensemble du schéma. La bataille risque fort de tourner court : les démocrates sont sûrs de pouvoir voter la procédure et la transmettre au Sénat ; les républicains sont certains de pouvoir l'arrêter net devant la Chambre haute. En réalité, derrière l'impeachment surgit un match qui passe par-dessus la tête des électeurs. On assiste à un combat entre le pouvoir exécutif, hyper- concentré sous le mandat de Donald Trump, et son pendant législatif ; entre la Maison-Blanche et Congrès ; entre les prérogatives personnelles du président et l'esprit des lois. Ce bras de fer porte autant sur les fondamentaux démocratiques que sur un choix tactique : face à un rouleau compresseur tel que Trump, les chances des démocrates étaient des plus réduites en cas de choc frontal. Car le président dispose d'un bilan économique, certes contrasté, mais qui traduit une poussée continue de la croissance.La tactique de la guerre de tranchées institutionnelle, avec l'Etat de droit comme fer de lance, est la seule option laissée à l'opposition. C'est aussi le seul terrain sur lequel des opinions aussi éloignées l'une de l'autre que celles de Joe Biden, positionné au centre, et d'Elizabeth Warren, qui défend un programme de gauche, peuvent se retrouver. Trump a dompté les siens ; les démocrates se cherchent encore.