Présenté comme le dernier espoir de sauver le soldat Donald Trump depuis qu'il a été nommé chef de cabinet de la Maison-Blanche, le général John Kelly commence-t-il à s'interroger sur sa faculté à relever le défi ? En 48 heures, à propos du drame de Charlottesville où une manifestante antiraciste a été tuée par un militant d'extrême droite, le président américain a oscillé entre deux analyses : nommer le crime et les criminels ou renvoyer dos à dos les suprémacistes blancs fauteurs de troubles et " ceux qui se sont levés pour l'égalité et les autres valeurs américaines que nous chérissons ", selon les mots de Brian Krzanich, le PDG de la société Intel qui a démissionné dans la foulée de son poste de...

Présenté comme le dernier espoir de sauver le soldat Donald Trump depuis qu'il a été nommé chef de cabinet de la Maison-Blanche, le général John Kelly commence-t-il à s'interroger sur sa faculté à relever le défi ? En 48 heures, à propos du drame de Charlottesville où une manifestante antiraciste a été tuée par un militant d'extrême droite, le président américain a oscillé entre deux analyses : nommer le crime et les criminels ou renvoyer dos à dos les suprémacistes blancs fauteurs de troubles et " ceux qui se sont levés pour l'égalité et les autres valeurs américaines que nous chérissons ", selon les mots de Brian Krzanich, le PDG de la société Intel qui a démissionné dans la foulée de son poste de conseiller économique de la présidence. Donald Trump a finalement privilégié la seconde option et a désavoué les conseillers qui lui avaient recommandé une attitude moins clivante. Le président des Etats-Unis est-il devenu ingérable ? Sur ce dossier, le milliardaire président soigne surtout le noyau dur de ses électeurs qui, sensibles à la défense d'une Amérique blanche contre le poids croissant des minorités, adhèrent, même de façon lâche, aux thèses racistes des groupes minoritaires d'extrême droite. Il y va en fait de sa survie. Porté aujourd'hui par la reprise économique mondiale et les bons chiffres de l'emploi qui en découlent, Donald Trump conserve le soutien de ces déçus de la mondialisation, aussi maigre soit son bilan. Si cette adhésion populaire devait s'effriter et hypothéquer la réélection d'une majorité de députés aux élections de mi-mandat l'année prochaine, les ténors républicains n'hésiteraient plus à le lâcher. On n'y est pas encore. Mais chaque crise semble écorner un peu plus le crédit - ou plus exactement la faculté d'exercer la fonction - du président des Etats-Unis. Le précédent épisode de la nouvelle téléréalité américaine n'a pas dérogé à cette règle. En s'enferrant dans une escalade verbale avec le dirigeant nord-coréen Kim Jong-un sur fond de tirs de missiles et de menace nucléaire, le président américain a pris le risque de souffrir la comparaison, en potentiel d'incontrôlabilité, avec le leader de la dernière dictature stalinienne au monde. L'épreuve de force qui a ravivé pendant quelques jours le spectre d'une guerre dans un contexte où les sources de déstabilisation sont déjà suffisamment nombreuses n'était ni pertinente ni utile, puisque le véritable adversaire des Etats-Unis dans ce dossier, la Chine, avait déjà concédé le vote de sanctions onusiennes contre son allié après les tirs de missiles provocateurs de Kim Jong-un. On chercherait donc en vain une cohérence dans la politique étrangère de Donald Trump. Isolationniste pendant la campagne électorale, interventionniste une fois élu ; capable d'ordonner des frappes contre le régime syrien et de recourir à la plus puissante bombe non nucléaire américaine contre les djihadistes afghans sans esquisser le moindre plan de règlement de ces conflits ; soucieux d'assurer en priorité la sécurité de ses concitoyens, mais potentiellement à la source de confrontations, sur les questions nucléaires avec la Corée du Nord et l'Iran, particulièrement dommageables au bien-être des Américains... En somme, Donald Trump attise les divisions du monde comme il réveille les fractures de la société américaine. Plus que trois ans et cinq mois ? Rien n'est moins sûr... Il faut apprendre à vivre avec l'épée de Damoclès Donald Trump.