Depuis un an et demi, le coronavirus fait l'objet de toutes les discussions - alors que bien d'autres maladies sévissent gravement dans le monde. Depuis sa création, Action Damien s'engage à l'échelle internationale dans la lutte contre les maladies liées à la pauvreté, dont la lèpre. Les données recueillies sur le terrain par Action Damien font apparaître que le nombre de diagnostics de lèpre a reculé d'un tiers pendant la période de confinement. En parallèle, les recherches sur un vaccin prometteur contre la lèpre sont à l'arrêt depuis un moment. Pareil pour les progrès constants enregistrés dans de nombreux pays avant la pandémie d COVID-19 qui ne s'observent plus. C'est pourquoi nous tirons la sonnette d'alarme et appellons à l'action tous les acteurs concernés, des entreprises pharmaceutiques aux pouvoirs publics. Toutes les deux minutes, une personne contracte la lèpre dans le monde. Pourtant, elle reste l'une des maladies les plus négligées sur notre planète. Comment est-ce possible?

La lèpre est une maladie infectieuse chronique, transmise par les microgouttelettes lorsque nous expirons, toussons ou éternuons - un mode de transmission comparable à celui du COVID-19. Et nous savons combien il est contagieux. Toutes les deux minutes, dans le monde, une personne contracte la lèpre, au risque de subir durant toute sa vie des problèmes physiques, psychologiques et financiers.

L'Organisation mondiale de la santé (OMS) estime que 4 millions de personnes souffrant de la lèpre dans le monde en subissent des handicaps visibles. Mains en griffe, cécité ou perte de sens tactile (hypoesthésie) des doigts et des orteils n'en sont que quelques exemples. Les enfants souffrant de handicaps dus à la lèpre sont souvent dans l'incapacité de tenir un crayon, et de ce fait ne peuvent pas fréquenter l'école. Quant aux adultes, ils tombent dans la pauvreté faute d'être à même d'effectuer un travail manuel.

Un vaccin prometteur mis en suspend par le coronavirus

Le développement d'un vaccin efficace et de qualité constitue une arme importante dans la lutte contre la lèpre. Il permettra en effet d'éviter de nouvelles victimes. En 2017, des scientifiques ont débuté la recherche d'un nouveau vaccin contre la lèpre, dont les premiers résultats sont plus que prometteurs. Le vaccin contre la lèpre en cours de développement protège contre une infection éventuelle, mais réduit également le risque de nouveaux handicaps chez les personnes ayant déjà contracté la maladie. Sans oublier qu'un vaccin contre la lèpre permettra dès lors de mettre fin à la stigmatisation et à la discrimination dont font l'objet les personnes souffrant de la lèpre.

Mais soudain, la pandémie a mis un terme à cette recherche si prometteuse. Toute l'attention s'étant focalisée sur la lutte contre le COVID-19, la recherche d'un vaccin contre la lèpre en est restée à la phase deux, empêchant le lancement d'une phase de test importante au Brésil, l'un des pays au monde connaissant le nombre le plus élevé de personnes souffrant de la lèpre. Or, le Brésil continue à subir de plein fouet les effets de la pandémie de COVID-19, de sorte que personne ne sait actuellement quand la recherche sur le vaccin contre la lèpre pourra se poursuivre.

Un tiers de diagnostics de lèpre en moins suite à la pandémie de COVID-19

De plus, le dépistage actif des personnes atteintes de lèpre s'est lui aussi ralenti. Les données recueillies sur le terrain par Action Damien font apparaître que le nombre de diagnostics de lèpre a reculé d'un tiers en 2020 par suite de la pandémie de COVID-19 et des mesures prises pour l'endiguer. Ainsi, alors qu'un grand nombre de pays enregistraient, avant la pandémie de COVID-19, des progrès constants dans la lutte contre les maladies infectieuses, la crise du coronavirus a dès à présent réduit à néant des années d'efforts.

C'est une situation problématique, car sans dépistage actif de la lèpre, il est impossible de commencer un traitement en temps utile, de sorte que la maladie se propage dans tout le corps et porte atteinte au système nerveux. Plus on repousse le moment du diagnostic et du traitement, plus les conséquences sont désastreuses telles que handicaps lourds, cécité et amputations.

Nous observons aussi que les patients chez qui on diagnostique aujourd'hui la lèpre se trouvent fréquemment à un stade déjà avancé de la maladie et sont donc gravement atteints. Action Damien concentre son action sur les plus précarisés et, outre une aide médicale, propose des colis alimentaires et des équipements de protection. Toutefois, la gravité de la situation montre clairement qu'il faut rattraper le temps perdu au plus vite.

Grâce à des investissements massifs, un vaccin contre le COVID-19 a pu être mis au point en 10 mois à peine

Vu la menace mondiale, de nombreux pays riches ont consacré des fonds énormes à la recherche et au développement d'un vaccin contre le coronavirus. Pourquoi donc ? Parce qu'un vaccin reste un outil précieux pour maîtriser les maladies telles que le COVID-19.

Alors qu'au total, plus de 4 millions de personnes dans le monde souffrent de malformations ou d'invalidités causées par la lèpre, le développement d'un vaccin contre cette maladie ne semble que peu ou pas du tout intéresser les entreprises pharmaceutiques, les pouvoirs publics et la population en général.

Or, la pandémie de coronavirus a mis en lumière que moyennant un investissement correct et une bonne collaboration du monde scientifique, il est possible de produire des vaccins de qualité en un laps de temps très court. Dans le cas du coronavirus, un processus qui prend généralement 15 ans a pu être réduit à 10 mois seulement. Comment se fait-il que nous ne puissions pas réaliser la même chose pour la lèpre ou d'autres maladies liées à la pauvreté ?

Pourquoi la lèpre reste-t-elle l'une des maladies les plus négligées ?

Nous le savions déjà, mais la situation nous rappelle une fois de plus que la lèpre est l'une des maladies tropicales les plus négligées au monde. La lèpre ne représente guère une menace pour les pays riches, alors que le COVID-19 touche toute la planète. En d'autres termes : contrairement aux vaccins contre le COVID-19, le vaccin contre la lèpre ne recèle pas un potentiel de bénéfices substantiel.

Action Damien a récemment lancé une campagne destinée à récolter des fonds supplémentaires en vue de poursuivre le développement de ce vaccin contre la lèpre. Il s'agit certes d'une précieuse étape dans la bonne direction, mais seuls, nous ne pourrons pas y arriver. La pandémie de coronavirus a bien démontré le champ des possibles ! C'est pourquoi j'appelle tous les acteurs - des entreprises pharmaceutiques aux pouvoirs publics - à prendre ici aussi leurs responsabilités. Faisons en sorte que la "nouvelle normalité" soit aussi un monde sans lèpre.

Dr. Nimer Ortuno Gutiérrez, Coordinateur de la Recherche chez Action Damien

Depuis un an et demi, le coronavirus fait l'objet de toutes les discussions - alors que bien d'autres maladies sévissent gravement dans le monde. Depuis sa création, Action Damien s'engage à l'échelle internationale dans la lutte contre les maladies liées à la pauvreté, dont la lèpre. Les données recueillies sur le terrain par Action Damien font apparaître que le nombre de diagnostics de lèpre a reculé d'un tiers pendant la période de confinement. En parallèle, les recherches sur un vaccin prometteur contre la lèpre sont à l'arrêt depuis un moment. Pareil pour les progrès constants enregistrés dans de nombreux pays avant la pandémie d COVID-19 qui ne s'observent plus. C'est pourquoi nous tirons la sonnette d'alarme et appellons à l'action tous les acteurs concernés, des entreprises pharmaceutiques aux pouvoirs publics. Toutes les deux minutes, une personne contracte la lèpre dans le monde. Pourtant, elle reste l'une des maladies les plus négligées sur notre planète. Comment est-ce possible?La lèpre est une maladie infectieuse chronique, transmise par les microgouttelettes lorsque nous expirons, toussons ou éternuons - un mode de transmission comparable à celui du COVID-19. Et nous savons combien il est contagieux. Toutes les deux minutes, dans le monde, une personne contracte la lèpre, au risque de subir durant toute sa vie des problèmes physiques, psychologiques et financiers.L'Organisation mondiale de la santé (OMS) estime que 4 millions de personnes souffrant de la lèpre dans le monde en subissent des handicaps visibles. Mains en griffe, cécité ou perte de sens tactile (hypoesthésie) des doigts et des orteils n'en sont que quelques exemples. Les enfants souffrant de handicaps dus à la lèpre sont souvent dans l'incapacité de tenir un crayon, et de ce fait ne peuvent pas fréquenter l'école. Quant aux adultes, ils tombent dans la pauvreté faute d'être à même d'effectuer un travail manuel.Un vaccin prometteur mis en suspend par le coronavirus Le développement d'un vaccin efficace et de qualité constitue une arme importante dans la lutte contre la lèpre. Il permettra en effet d'éviter de nouvelles victimes. En 2017, des scientifiques ont débuté la recherche d'un nouveau vaccin contre la lèpre, dont les premiers résultats sont plus que prometteurs. Le vaccin contre la lèpre en cours de développement protège contre une infection éventuelle, mais réduit également le risque de nouveaux handicaps chez les personnes ayant déjà contracté la maladie. Sans oublier qu'un vaccin contre la lèpre permettra dès lors de mettre fin à la stigmatisation et à la discrimination dont font l'objet les personnes souffrant de la lèpre. Mais soudain, la pandémie a mis un terme à cette recherche si prometteuse. Toute l'attention s'étant focalisée sur la lutte contre le COVID-19, la recherche d'un vaccin contre la lèpre en est restée à la phase deux, empêchant le lancement d'une phase de test importante au Brésil, l'un des pays au monde connaissant le nombre le plus élevé de personnes souffrant de la lèpre. Or, le Brésil continue à subir de plein fouet les effets de la pandémie de COVID-19, de sorte que personne ne sait actuellement quand la recherche sur le vaccin contre la lèpre pourra se poursuivre.Un tiers de diagnostics de lèpre en moins suite à la pandémie de COVID-19De plus, le dépistage actif des personnes atteintes de lèpre s'est lui aussi ralenti. Les données recueillies sur le terrain par Action Damien font apparaître que le nombre de diagnostics de lèpre a reculé d'un tiers en 2020 par suite de la pandémie de COVID-19 et des mesures prises pour l'endiguer. Ainsi, alors qu'un grand nombre de pays enregistraient, avant la pandémie de COVID-19, des progrès constants dans la lutte contre les maladies infectieuses, la crise du coronavirus a dès à présent réduit à néant des années d'efforts.C'est une situation problématique, car sans dépistage actif de la lèpre, il est impossible de commencer un traitement en temps utile, de sorte que la maladie se propage dans tout le corps et porte atteinte au système nerveux. Plus on repousse le moment du diagnostic et du traitement, plus les conséquences sont désastreuses telles que handicaps lourds, cécité et amputations. Nous observons aussi que les patients chez qui on diagnostique aujourd'hui la lèpre se trouvent fréquemment à un stade déjà avancé de la maladie et sont donc gravement atteints. Action Damien concentre son action sur les plus précarisés et, outre une aide médicale, propose des colis alimentaires et des équipements de protection. Toutefois, la gravité de la situation montre clairement qu'il faut rattraper le temps perdu au plus vite. Grâce à des investissements massifs, un vaccin contre le COVID-19 a pu être mis au point en 10 mois à peineVu la menace mondiale, de nombreux pays riches ont consacré des fonds énormes à la recherche et au développement d'un vaccin contre le coronavirus. Pourquoi donc ? Parce qu'un vaccin reste un outil précieux pour maîtriser les maladies telles que le COVID-19. Alors qu'au total, plus de 4 millions de personnes dans le monde souffrent de malformations ou d'invalidités causées par la lèpre, le développement d'un vaccin contre cette maladie ne semble que peu ou pas du tout intéresser les entreprises pharmaceutiques, les pouvoirs publics et la population en général.Or, la pandémie de coronavirus a mis en lumière que moyennant un investissement correct et une bonne collaboration du monde scientifique, il est possible de produire des vaccins de qualité en un laps de temps très court. Dans le cas du coronavirus, un processus qui prend généralement 15 ans a pu être réduit à 10 mois seulement. Comment se fait-il que nous ne puissions pas réaliser la même chose pour la lèpre ou d'autres maladies liées à la pauvreté ? Pourquoi la lèpre reste-t-elle l'une des maladies les plus négligées ?Nous le savions déjà, mais la situation nous rappelle une fois de plus que la lèpre est l'une des maladies tropicales les plus négligées au monde. La lèpre ne représente guère une menace pour les pays riches, alors que le COVID-19 touche toute la planète. En d'autres termes : contrairement aux vaccins contre le COVID-19, le vaccin contre la lèpre ne recèle pas un potentiel de bénéfices substantiel. Action Damien a récemment lancé une campagne destinée à récolter des fonds supplémentaires en vue de poursuivre le développement de ce vaccin contre la lèpre. Il s'agit certes d'une précieuse étape dans la bonne direction, mais seuls, nous ne pourrons pas y arriver. La pandémie de coronavirus a bien démontré le champ des possibles ! C'est pourquoi j'appelle tous les acteurs - des entreprises pharmaceutiques aux pouvoirs publics - à prendre ici aussi leurs responsabilités. Faisons en sorte que la "nouvelle normalité" soit aussi un monde sans lèpre. Dr. Nimer Ortuno Gutiérrez, Coordinateur de la Recherche chez Action Damien