1500 euros, 150 par joueuse, voilà le montant de l'amende qu'a reçu la fédération norvégienne de handball après la décision de son équipe féminine de beach handball de ne pas porter l'habituel bikini court, mais un bikini avec un bas recouvrant l'entièreté de leur postérieur. Le règlement international dit que les côtés peuvent mesurer maximum dix centimètres. Les joueuses préféraient un bas plus couvrant car moins sexualisant et plus pratique en cas de règles.
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1500 euros, 150 par joueuse, voilà le montant de l'amende qu'a reçu la fédération norvégienne de handball après la décision de son équipe féminine de beach handball de ne pas porter l'habituel bikini court, mais un bikini avec un bas recouvrant l'entièreté de leur postérieur. Le règlement international dit que les côtés peuvent mesurer maximum dix centimètres. Les joueuses préféraient un bas plus couvrant car moins sexualisant et plus pratique en cas de règles.La fédération européenne de handball, qui a administré l'amende sur base du règlement international, dit faire tout son possible pour changer le règlement au prochain congrès de la fédération internationale. Mais la décision a suscité une vaste polémique, notamment sur les réseaux sociaux, le règlement étant jugé sexiste.Géraldine Zeimers est professeure en management du sport, sport et société, et politiques sportives à l'Université catholique de Louvain et travaille au sein du Louvain Research Institute in Management and Organizations.Est-ce qu'un tel règlement qui dit qu'il faut mettre un bikini échancré est fait pour attirer du public, en disant que si on ne met pas des tenues un peu "sexy" personne ne va regarder, et est-ce que cela renforce ainsi l'image de la femme comme un objet?Géraldine Zeimers : "Oui clairement, l'objectif de beaucoup de fédérations internationales, c'est d'attirer de l'audimat. Et ce qui est intéressant c'est que de nombreuses sportives ne se rendent pas nécessairement compte de l'utilisation de leur corps pour ce genre d'objectif parce qu'elles considèrent aussi que c'est nécessaire pour leur sport se professionnalise. Mais il est évident que l'on utilise le corps de la femme pour des objectifs qui sont très différents d'un objectif purement sportif et qui renvoient à des valeurs très sexistes."La tenue des hommes est notamment un short et un haut très classique."Oui, c'est un sujet qui revient régulièrement pour le volleyball par exemple. Là, les hommes portent des shorts, alors que justement ça n'aide pas forcément leur performance. Cet argument a même été donné inversement. On a ainsi dit que les bikinis avaient été choisis parce qu'ils permettaient d'avoir une meilleure perméabilité au sable, et donc de faciliter le jeu pour les femmes. Il y a aussi la chaleur. Jouer sur des plages dans des climats tropicaux avec des vêtements plus épais cela peut être également pénalisant. Donc on voit que ce genre de questions renvoie à toutes sortes de domaines. Il y a l'aspect sportif, la médiatisation du sport et le côté séduction. Et on peut aussi se demander pourquoi on choisit de cadrer de telle ou de telle façon lorsqu'on filme ces matchs. On ne peut que constater que généralement la caméra est souvent braquée soit sur la poitrine, soit sur les fesses. Or ce n'est pas parce que vous choisissez d'être en bikini qu'il faut forcément faire un gros plan sur la poitrine ou les fesses"Pour le beach volley par exemple, le bikini en tant que tel n'est plus obligatoire, les joueuses peuvent aussi mettre un short. Pensez-vous qu'il y a des pressions pour qu'elles continuent de porter le bikini échancré?Je pense que oui. Il y a une pression médiatique qui est certainement forte, mais aussi le poids de la tradition. Certaines athlètes disent que c'est quelque chose qu'on porte depuis toujours et se demande pourquoi on devrait changer nos habitudes? Donc oui il y a des pressions, mais il est intéressant de se demander qui décrète de tels règlements. De manière générale, dans une fédération sportive, on ne demande pas vraiment l'avis des athlètes sur ce genre de questions.Avec les Jeux Olympiques, est-ce que vous pensez qu'il y aura aussi d'autres polémiques sur les tenues et le sexisme?"J'ai bon espoir que oui parce que il faut se rendre compte que le sport est un outil médiatique assez puissant, et qui permet de mettre en évidence certaines inégalités sociales et certains problèmes sociétaux assez importants. On l'a vu par le passé avec le racisme, ou plus récemment avec la santé. On peut s'attendre à ce que les Jeux Olympiques soient aussi l'occasion pour tous ces sportifs de faire passer des messages. Ce n'est pas impossible que certains sportifs jouent leur rôle de porte-voix sur certaines grandes questions sociétales comme l'homosexualité, le racisme, ou encore l'environnement."Est-ce qu'il y a d'autres sports où il y a eu de telles polémiques quant aux vêtements?"Oui, en gymnastique. Une athlète allemande avait un peu changé sa tenue. Mais aussi en natation et dans l'athlétisme. Ce n'était pas toujours des questions de tenues trop courtes, mais parfois aussi que telle ou telle tenue avantageait les athlètes. C'est là qu'on voit que toutes ces questions ne sont pas neutres. Il y a l'aspect purement sportif et, à côté de çà il y a aussi les points de vue plutôt éthique ou social et, ça, traverse tous les sports. Si vous vous prenez un autre exemple, il y a quelques années, l'équipe de football belge féminine a dû utiliser des vareuses qui étaient développées pour les hommes parce qu'on avait pas développé des tenues spécifiques. Donc si on reprend l'argument initial qui est de dire "on va autoriser certaines femmes à porter des tenues qui sont certes plus adéquates pour la performance sportive mais aussi peut-être plus attractives pour les sponsors et pour l'audimat", on peut se dire aussi qu'une tenue de sport plus adéquate pour le football pourrait permettre des meilleures performances, un meilleur épanouissement et une meilleure reconnaissance. Et c'est quelque chose qui doit être amélioré dans le futur parce qu'on sait à quel point la performance sportive féminine est sous-évaluée et moins reconnue que celle des hommes."Quelles sont les solutions qu'on peut apporter pour qu'il y ait moins de clichés sexistes dans les vêtements?"Il y a beaucoup de choses, mais la principale serait de donner une plus grande place aux athlètes dans les instances de décision dans les fédérations. Aujourd'hui, les personnes qui ont un rôle décisionnel sont souvent des personnes qui sont élues et qui ont un certain profil. Elles n'ont parfois pas les connaissances nécessaires. C'est pourquoi il est important d'avoir les bonnes personnes aux bons endroits capables d'avoir un débat de fond. Des personnes capables de se dire que ce n'est pas qu'une question sportive ou de sponsoring, mais aussi question de société. Il faut avoir le courage en tant que fédération d'avancer vers cette direction-là. Et, au niveau des médias, on pourrait très simplement commencer par changer la façon de filmer certains sports."