"Les neufs civils ont été exécutés à des moments différents, au sud de la ville frontalière de Tal Abyad", a expliqué l'Observatoire syrien des droits de l'Homme (OSDH).

Parmi les victimes figurent une responsable d'un parti politique et son chauffeur, selon un communiqué du Conseil démocratique syrien, le bras politique des Forces démocratiques syriennes (FDS), la principale alliance de combattants kurdes et arabes dans le nord-est.

Hevrin Khalaf "a été sortie de sa voiture (...) et exécutée par les mercenaires soutenus par la Turquie, sur la route entre Qamichli et Minbej", est-il écrit dans le communiqué du Conseil démocratique syrien. Son chauffeur a subi le même sort, selon le texte.

Mme Khalaf, qui était membre de la direction du Conseil démocratique syrien et secrétaire générale du parti Avenir de la Syrie, avait 35 ans. "C'est une grande perte. Elle avait un talent diplomatique, elle participait toujours aux rencontres avec les Américains, les Français, les délégations étrangères", a dit Mutlu Civiroglu, un spécialiste de la politique kurde.

Mercredi les forces turques et des supplétifs syriens ont lancé une offensive dans le nord-est de la Syrie pour éloigner de la frontière turque la milice kurde syrienne des Unités de protection du peuple (YPG).

Ces supplétifs syriens sont d'anciens rebelles qui combattaient autrefois le régime de Bachar al-Assad. Mais avec l'évolution du conflit et l'affaiblissement de la rébellion, ces factions sont désormais financées et entraînées par Ankara.

Sur les réseaux sociaux et parmi les militants kurdes, deux vidéos ont circulé. La première montre deux hommes habillés en civil accroupis au sol, tandis qu'un combattant à leurs côtés annonce qu'ils ont été capturés par les rebelles d'Ahrar al-Sharkiya.

Cette vidéo, dans laquelle il n'y a pas d'exécution, a été diffusée via le compte Twitter de la faction rebelle avec une photo montrant les deux captifs agenouillés. Dans la deuxième vidéo, un combattant non identifié ouvre le feu sur une personne habillée en civil.

L'OSDH a confirmé l'authenticité de ces vidéos mais l'AFP n'a pas pu les vérifier de manière indépendante.

"Empêcher tout abus"

Ces morts portent à 38 le nombre des civils tués depuis le début de l'assaut mercredi, d'après l'OSDH. Par ailleurs 81 combattants kurdes ont été tués dans les affrontements, selon un dernier bilan de l'ONG.

Ankara a annoncé la mort de quatre soldats en Syrie et de 18 civils dans la chute de roquettes kurdes tirées sur des villes frontalières turques.

Le ministère turc de la Défense a assuré à plusieurs reprises que toutes les mesures étaient prises pour éviter les pertes civiles en marge de son offensive en Syrie.

La Turquie a déjà mené deux offensives dans le nord de ce pays, l'une en 2016 contre le groupe Etat islamique (EI) et les YPG et l'autre en 2018 contre cette dernière milice.

Les supplétifs syriens ont participé à celle de 2018 pour déloger les YPG de l'enclave d'Afrine. Les scènes montrant ces combattants posant avec le corps mutilé d'une combattante kurde près d'Afrine ou se livrant à des pillages dans cette ville après sa conquête avaient provoqué un tollé.

Dans un communiqué samedi, "l'état-major" de "l'Armée nationale syrienne", structure qui encadre les supplétifs syriens, avait ordonné à tous ses commandants de "superviser en permanence les combattants sur le front pour empêcher toute violation ou abus".

Selon le texte, les auteurs d'éventuels abus "s'exposeront aux sanctions les plus sévères et seront traduits devant la justice pour désobéissance militaire".