Baptisée "Source de paix", cette offensive est la troisième que mène Ankara dans ce pays depuis 2016. Elle a fait plus de 150 morts, dont une cinquantaine de civils, et entraîné l'exode de plus de 130.000 personnes.

Erdogan lance l'opération

Le 9 octobre, le président turc Recep Tayyip Erdogan annonce le début d'une nouvelle opération militaire contre la milice kurde syrienne des Unités de protection du peuple (YPG), soutenue par les pays occidentaux.

Selon lui, l'offensive vise "les terroristes" des YPG et du groupe Etat islamique (EI), et a pour objectif de mettre en place une "zone de sécurité" pour "permettre le retour des réfugiés syriens dans leur pays".

Des régions frontalières, notamment Tal Abyad et Ras al-Aïn, sont bombardées par l'aviation et l'artillerie turques.

Dans la soirée, Ankara annonce que des militaires turcs et leurs supplétifs syriens ont pénétré en Syrie, marquant le début de la phase terrestre de l'opération.

Tollé international

Le président américain Donald Trump estime que l'opération est "une mauvaise idée", tout en espérant que son homologue turc agisse de manière "rationnelle" et aussi "humaine" que possible.

C'est pourtant le retrait, deux jours auparavant, des forces américaines déployées dans le nord de la Syrie près de la frontière avec la Turquie qui a laissé le champ libre à l'intervention d'Ankara.

Celle-ci suscite un tollé international, plusieurs pays, notamment européens, s'inquiétant du sort des civils mais aussi des nombreux jihadistes détenus par les Kurdes et qui pourraient s'enfuir.

M. Erdogan menace le lendemain d'ouvrir les portes de l'Europe à des millions de réfugiés installés en Turquie, en réponse aux critiques européennes.

Jihadistes

Le 11, les forces turques intensifient leurs bombardements. Les Forces démocratiques syriennes (FDS), dominées par les YPG, luttent pour freiner leur avancée, selon l'Observatoire syrien des droits de l'Homme (OSDH).

Les autorités kurdes affirment que cinq jihadistes de l'EI se sont évadés d'une prison près de Qamichli, après des raids turcs. Le groupe ultraradical revendique un attentat meurtrier dans cette ville.

Quelque 12.000 combattants de l'EI, des Syriens, des Irakiens mais aussi 2.500 à 3.000 étrangers originaires de 54 pays, sont détenus dans les prisons des Kurdes, d'après un responsable kurde.

"Coup de couteau dans le dos"

Selon le Pentagone, des troupes américaines se sont retrouvées sous le feu de positions turques près de Kobané. Ankara nie les avoir visé.

Le ministère américain des Finances affirme que Donald Trump va signer un décret permettant le déclenchement à tout moment de sanctions, visant à "dissuader la Turquie de toute extension de son offensive militaire".

Le 12, Les FDS appellent Washington à fermer "l'espace aérien face à l'aviation turque", accusant les Américains de les avoir "abandonnées" en retirant leurs troupes de la frontière. "Cette mesure a été une déception majeure, comme un coup de couteau dans le dos".

Fuite de 800 proches de l'EI

Le 13, l'administration semi-autonome kurde annonce la fuite de près de 800 proches de jihadistes de l'EI du camp de déplacés d'Aïn Issa.

Selon l'OSDH, une partie des gardiens du camp se sont retirés pour aller épauler les forces kurdes.

Avancée turque

L'OSDH rapporte que les forces turques et leurs supplétifs syriens ont pris la ville de Tal Abyad. Il s'agit de la plus grande ville conquise depuis le début de l'offensive, précise l'ONG.

Ankara dit avoir pris le contrôle d'un important axe routier, "en s'enfonçant à 30-35 km de profondeur" en Syrie.

Mais sur le front de Ras al-Aïn, plus à l'est, les forces kurdes ont fait reculer les militaires turcs, et les combats se poursuivent, d'après l'ONG. La veille, Ankara avait annoncé avoir conquis Ras al-Aïn, mais les FDS et l'OSDH avaient démenti.

Annonce de retrait américain

Le chef du Pentagone annonce le retrait de jusqu'à 1.000 soldats américains du nord de la Syrie, évoquant une "situation intenable" pour des troupes qui "peuvent se retrouver prises en étau".

Ce retrait concerne le nord de la Syrie, là où "sont la majorité de nos forces", précise Mark Esper, laissant entendre qu'il ne s'agit pas d'un retrait total du pays.