Dans La Honte de l'Occident (1), le journaliste Antoine Mariotti dévoile les coulisses du fiasco syrien. En interrogeant une pléthore d'acteurs à Washington, Paris, Bruxelles, Damas, il démontre comment les dirigeants ont pris leurs décisions contre l'avis de leurs experts, et comment ils se sont trompés sur l'opposition en exil. Un récit qui révèle pourquoi Bachar al-Assad est toujours au pouvoir. Interview.
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Dans La Honte de l'Occident (1), le journaliste Antoine Mariotti dévoile les coulisses du fiasco syrien. En interrogeant une pléthore d'acteurs à Washington, Paris, Bruxelles, Damas, il démontre comment les dirigeants ont pris leurs décisions contre l'avis de leurs experts, et comment ils se sont trompés sur l'opposition en exil. Un récit qui révèle pourquoi Bachar al-Assad est toujours au pouvoir. Interview. Pourquoi votre titre? L'Occident ne s'est-il pas rangé du "bon côté" de l'histoire? L'Occident a encouragé l'opposition à poursuivre le combat, jusqu'à livrer des armes et du matériel. Mais ces demi-mesures n'ont jamais contribué à changer le rapport de force. Beaucoup d'opposants m'ont dit: "On nous a soutenus comme la corde soutient le pendu." Quand la ligne rouge des attaques chimiques a été franchie, fin août 2013, Obama a renoncé aux frappes, alors qu'il ne s'agissait que de donner une "fessée". Même ça, on ne l'a pas fait. Les monarchies du Golfe ont éprouvé moins d'états d'âme, même si c'était pour armer les islamistes. "Le régime va s'effondrer", répétait-on au début du conflit. Comment expliquer ce décalage avec la réalité du terrain? Beaucoup de conseillers français et américains m'ont confié qu'ils n'avaient aucune certitude que le régime tomberait. Mais leurs supérieurs ont voulu se mettre du bon côté de l'histoire. Ils pensaient qu'évoquer l'imminence de la chute du régime amènerait sa réalisation. C'était sans compter la volonté féroce du clan alaouite de rester au pouvoir, le soutien des Russes, et la structure même du régime. Est-ce pour cela qu'on s'est mépris sur l'opposition? Reconnaissons que des gens ont eu le courage de se soulever pour leur liberté. La honte de l'Occident, c'est d'abord celle de Bachar al-Assad qui a réprimé dans le sang. Mais que de temps perdu à organiser cette opposition! Quand son chef change tous les six mois, à qui s'identifier pour remplacer Bachar al-Assad? Obama les traitait d'"épiciers". Ensuite, il y a eu cette dynamique de l'islamisation dès 2012, et que certains experts ont refusé de reconnaître. Quel fut le grand tournant de ces dix années? Il y en eut trois. L'intervention russe en 2015 a permis au régime d'écraser la rébellion modérée et de reprendre la ville d'Alep. Mais ce fut possible grâce à un deuxième tournant qui est la volte-face d'Obama en 2013. A partir de ce moment, le régime a compris qu'il pouvait faire ce qu'il voulait, et l'opposition en a conclu qu'elle ne pouvait plus compter sur l'Occident. Enfin, les attentats à Paris et Bruxelles ont donné la priorité au combat contre Daech, ce qui donné libre cours à Assad pour reconquérir des portions du territoire. Poutine, maître du jeu? Votre livre sème le doute. Bachar al-Assad doit tout à Moscou, ainsi qu'aux Iraniens, il est leur pantin, mais il ne faut pas sous-estimer son machiavélisme. Ainsi, il a fait le ménage autour de lui pour montrer qu'il n'y a pas d'alternative possible. Il sait aussi que les Russes et les Iraniens n'ont pas les mêmes intérêts ; la preuve, c'est que Moscou laisse Israël pilonner des bases du Hezbollah et des milices pro-iraniennes en Syrie. Assad est une marionnette qui tient avec deux fils mais il peut tirer sur l'un ou l'autre en fonction du moment.