"Mon agenda n'est pas dicté par les médias, que ça vous plaise ou non. Je suis sur un autre sujet. Ca n'a rien à voir avec le sujet qu'on est en train de traiter. Rien. Rien. Donc je n'y répondrai pas. Je regrette. Ca continuera tant que je serai à la place à laquelle je suis. Que ça plaise ou que ça déplaise", a répondu avec un net agacement le président de la République qui visitait avec la ministre des Armées Florence Parly ce salon des industries navales de défense.

Les journalistes lui demandaient si la France comptait suspendre ses ventes d'armes à Ryad, comme l'a demandé lundi à tous les Européens le ministre allemand de l'Economie Peter Altmaier, tant que l'Arabie Saoudite n'aura pas fait toute la lumière sur le meurtre du journaliste Jamal Khashoggi.

"Je ne vous répondrai pas"

"Ce n'est pas parce qu'un dirigeant dit quelque chose que je suis censé réagir à chaque fois. Et donc je ne vous répondrai pas", a répété le président à une seconde question sur le sujet. Egalement questionnée par la presse, Mme Parly a quant à elle répondu que "la première des priorités est que l'enquête soit menée et que cette enquête soit crédible". Le président américain Donald Trump avait déclaré samedi que suspendre les ventes d'armes "ferait beaucoup plus de mal" à l'économie américaine qu'à l'Arabie saoudite.

Dimanche, la chancelière allemande Angela Merkel a prévenu que Berlin n'autoriserait pas en l'état d'exportations d'armes vers l'Arabie saoudite. Le Premier ministre canadien Justin Trudeau a lui affirmé ne pas exclure que le Canada puisse annuler un important contrat de vente d'armes à Ryad. En Belgique, le ministre-président wallon Willy Borsus a indiqué lundi qu'il privilégiait la concertation au niveau européen avant de se positionner.

"Difficile" d'annuler une vente d'armes à l'Arabie saoudite, estime Justin Trudeau

"Le contrat signé par le précédent gouvernement (conservateur, NDLR) rend extrêmement difficile son annulation sans devoir payer des pénalités exorbitantes", a déclaré le dirigeant libéral lors d'une conférence de presse. "Nous étudions nos options", a-t-il déclaré, pressé d'indiquer si le Canada allait emboîter le pas à l'Allemagne qui a suspendu ses ventes d'armes à Ryad et exhorté les Européens à faire de même tant que l'Arabie saoudite n'aura pas fait toute la lumière sur le meurtre du journaliste saoudien Jamal Khashoggi.

"Nous déplorons le meurtre de Jamal Khashoggi. (...) Nous avons de grosses questions pour l'Arabie saoudite sur ce qui s'est passé", a remarqué M. Trudeau. Il a rappelé que la ministre des Affaires étrangères Chrystia Freeland avait souligné samedi que les explications saoudiennes sur les circonstances de la mort du journaliste n'étaient "pas crédibles" et qu'Ottawa a réclamé une enquête approfondie.

"Chrystia Freeland est en train de travailler avec nos partenaires autour du monde pour avoir plus de réponse et agir de façon concertée ensemble. C'est préoccupant de voir le meurtre d'un journaliste comme ça", a dit M. Trudeau. Les pénalités financières dépasseraient le milliard de dollars canadiens pour annuler ce contrat de 15 milliards de dollars (9,9 milliards d'euros), pour la vente à Ryad de véhicules blindés légers, a indiqué le Premier ministre canadien sur la radio publique CBC.

Cette commande, conclue en 2014, portait à l'origine sur 928 véhicules blindés légers, mais a été réduite à 742 en début d'année. Il s'agit de la plus importante vente d'armes canadiennes de l'histoire. Ottawa avait exprimé l'an dernier des inquiétudes sur l'éventuelle utilisation de ces blindés légers dans des opérations de répression dans l'est de l'Arabie saoudite et au Yémen.