Voici un an, le 11 mars, je rentrais d'un voyage au Rwanda. A l'aéroport de Kigali, j'avais dû me soumettre à un questionnaire sur ma santé suivi d'une prise de température frontale par un personnel masqué. Une semaine après mon arrivée, j'avais dû écourter mon séjour. La Belgique recommandait vivement à ses ressortissants de rentrer. Bientôt, ses frontières seraient fermées pour faire barrage à un nouveau virus. Jusqu'alors, les autorités ne s'en étaient pas inquiétées. Il était apparu en Chine... c'est loin la Chine. L'Organisation mondiale de la santé tirait la sonnette d'alarme, le virus venait d'être décelé en Europe.
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Voici un an, le 11 mars, je rentrais d'un voyage au Rwanda. A l'aéroport de Kigali, j'avais dû me soumettre à un questionnaire sur ma santé suivi d'une prise de température frontale par un personnel masqué. Une semaine après mon arrivée, j'avais dû écourter mon séjour. La Belgique recommandait vivement à ses ressortissants de rentrer. Bientôt, ses frontières seraient fermées pour faire barrage à un nouveau virus. Jusqu'alors, les autorités ne s'en étaient pas inquiétées. Il était apparu en Chine... c'est loin la Chine. L'Organisation mondiale de la santé tirait la sonnette d'alarme, le virus venait d'être décelé en Europe. Ce départ précipité m'a cependant laissé la satisfaction d'avoir pu réaliser les ateliers littéraires pour lesquels j'avais été invité par une université. Trois jours avant mon départ, j'avais été surpris par une mesure instaurée par les autorités de Kigali. Dorénavant, quiconque voulait franchir la porte d'une administration devait au préalable se désinfecter les mains avec du gel hydroalcoolique. En atterrissant à Zaventem, je m'attendais à être soumis à des mesures du même ordre. Or, ni formulaire de santé, ni désinfectant, ni masque ne me furent proposés alors que le coronavirus semait déjà la peur. Endossant ma casquette de soignant, je m'interrogeai sur l'idée répandue qui veut que l'Afrique soit en retard dans tous les domaines. J'en conclus qu'en ce qui concerne la prévention, nous avions beaucoup à apprendre de ce continent régulièrement confronté à des épidémies auxquelles il fait face par des moyens simples et de bon sens. Depuis, j'ai repris mon travail à l'hôpital. Nous travaillons dans un climat de pression maximale, à cause de ce nouvel ennemi invisible. Le 16 mars, tous les regards se sont tournés vers les soignants intronisés rouages essentiels. Cela nous a rendu notre fierté, nous qui nous battions depuis si longtemps pour protéger nos statuts. D'autant plus quand l'empathie des citoyens confinés a atteint son paroxysme grâce aux applaudissements nourris lancés des balcons tous les soirs à 20 heures. Quelle allait être la réponse des autorités face à cet élan de solidarité de la population? Celle-là même qui décriait les mesures prises vis-à-vis de la pandémie mais qui leur reprocherait aussi leur inaction.Nous sommes des millions de citoyens à nous exprimer en même temps de nos voix dissonantes sur les réseaux sociaux. Quelle réponse l'Etat doit-il donner pour que ces essentiels ne perdent pas le sens premier de leur métier, c'est-à-dire soigner les malades et accompagner leurs familles? Au-delà de la reconnaissance d'un métier comme essentiel, sous le coup de l'émotion, ne faudrait-il pas revaloriser ceux qui l'exercent? A qui cette responsabilité? Aux gouvernants qui ne font que passer d'élection en élection? Aux soignants eux-mêmes, muselés par la notion de sacerdoce à l'origine de leur métier et dont parfois la passion limite la revendication? Comment faire comprendre aux politiciens qu'ils n'en peuvent plus des promesses non tenues? C'est aussi aux soignants de se donner les moyens de réclamer une juste revalorisation salariale sans craindre de trahir leur idéal, de s'accorder le droit d'être en souffrance sans avoir honte de l'exprimer. Je me refuse à croire que cela soit incompatible avec le métier de soigner.