"Jamais dans son histoire la République fédérale n'aura autant eu besoin de l'habileté diplomatique de son chef de l'Etat que dans les jours et semaines à venir", souligne mardi Der Spiegel.

La première puissance économique européenne est plongée depuis dimanche dans une crise politique sans précédent, après l'échec des discussions entre conservateurs, libéraux et écologistes pour former un nouveau gouvernement, et face au refus des sociaux-démocrates d'entrer de nouveau en coalition avec Mme Merkel.

Diplomate chevronné

M. Steinmeier aurait pu déclencher immédiatement une procédure débouchant sur une dissolution, ce que la majorité des partis semblaient souhaiter. Mais ce diplomate chevronné qui servit de longues années comme ministre des Affaires étrangères, veut éviter des élections anticipées.

Âgé de 61 ans, cet homme affable à la chevelure blanche toujours impeccablement coiffée, est "une chance dans la crise", résume Die Zeit.

"J'attends de chacun qu'il soit prêt à discuter pour rendre possible la formation prochaine d'un gouvernement", a sermonné ce social-démocrate lundi.

La phrase a dû résonner chez Martin Schulz, le président de son parti, le SPD, laminé aux législatives du 24 septembre.

M. Steinmeier a par deux fois servi Angela Merkel comme ministre, et cela malgré une humiliante défaite électorale face à la chancelière en 2009.

Jugé plutôt transparent depuis son entrée en fonction en mars à la présidence, il a été tout l'inverse lundi en appelant fermement les formations politiques "à servir le pays".

Dès mardi, les responsables des partis vont commencer à défiler dans son bureau au château de Bellevue à Berlin. A l'exception de l'extrême gauche et de l'extrême droite.

Il s'agira pour lui de "combler les fossés". "Cette crise fait de lui un tout nouveau président", pense le quotidien de gauche Süddeutsche Zeitung.

Discrétion

Pourtant, son passage des Affaires étrangères à la présidence au printemps, à quelques mois des législatives, avait des allures de retraite pour cet homme, resté de longues années dans l'ombre de son mentor, l'ancien chancelier Gerhard Schröder (1998-2005).

Très bon connaisseur des dossiers mais peu charismatique, il a discrètement monté les échelons au sein du SPD, où il est entré à 19 ans.

Avant de devenir ministre des Affaires étrangères de la première grande coalition dirigée par Angela Merkel, ce docteur en droit était largement inconnu du grand public en Allemagne.

"Je n'ai jamais eu l'intention d'être un homme politique", avait-il confié au magazine Bunte, "ce sont des choses qui arrivent."

Sur un plan plus personnel, M. Steinmeier est un militant pour le don d'organes. En 2010, ce père d'une adolescente se retira brièvement de la vie politique pour donner un rein à sa femme gravement malade.

Dans le deuxième gouvernement de grande coalition à partir de 2013, il reprend ses quartiers aux Affaires étrangères, une passion pour ce négociateur infatigable.

Ses relations avec la chancelière sont jugées respectueuses sans être amicales. Il leur est arrivé cependant de s'opposer publiquement, comme lorsque après le vote de sortie de l'UE de la Grande-Bretagne la chancelière prônait la patience tandis que son diplomate en chef pressait Londres d'enclencher la procédure du Brexit.

A ce poste, il a incarné une diplomatie pragmatique, résolument européenne mais aussi soucieuse de préserver le dialogue avec la Russie, notamment dans le cadre du conflit ukrainien, ce qui lui a valu de nombreuses critiques.

Lorsqu'il quitte son ministère pour la présidence, il sait qu'il est un choix par défaut de Mme Merkel, car cette dernière n'a pas pu lui opposer un conservateur mieux en vue.

"Il n'était pas son candidat", rappelle Der Spiegel, mais "Angela Merkel devrait particulièrement se réjouir" de l'avoir aujourd'hui comme médiateur de crise car il a à ses yeux deux qualités bienvenues, "il est diplomate et il est social-démocrate".