Généralement promise aux républicains, la Géorgie est en mutation favorable à la gauche. Il y a quatre ans, Donald Trump l'avait remportée lors de l'élection présidentielle. Cette année, Joe Biden l'a repris lors de son duel face au président. La Géorgie avait voté pour la dernière fois pour un président démocrate en 1992.
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Généralement promise aux républicains, la Géorgie est en mutation favorable à la gauche. Il y a quatre ans, Donald Trump l'avait remportée lors de l'élection présidentielle. Cette année, Joe Biden l'a repris lors de son duel face au président. La Géorgie avait voté pour la dernière fois pour un président démocrate en 1992. Mais sans Stacey Abrams, étoile montante de la politique américaine, qui s'est démenée dans son État pour faire inscrire près de 800.000 électeurs, en grande majorité prodémocrate, Joe Biden n'aurait pas été en position d'emporter les 16 grands électeurs de ce bastion républicain.Et ce n'est pas l'unique bataille politique que les démocrates lui doivent. Les démocrates se sont rapprochés mercredi du contrôle du Sénat américain après une première victoire historique dans la double élection sénatoriale de Géorgie, aux enjeux décisifs pour le début de mandat de Joe Biden. Si le second candidat l'emporte également, les démocrates contrôleront les deux chambres du Congrès et la Maison-Blanche, ce qui pourrait provoquer un changement radical dans tous les domaines. Et son parti lui devra une fière chandelle. Avocate, entrepreneure et romancière, la politicienne est devenue une figure de proue du parti démocrate après avoir perdu la course au poste de gouverneur en 2018 par seulement 55.000 voix. Elle fut d'ailleurs la première femme Afro-Américaine candidate à se présenter à ce poste pour un grand parti aux États-Unis. Aujourd'hui, elle est saluée par les démocrates, les experts, les électeurs et les militants de tout le pays pour avoir porté Biden à la victoire.Ancienne cheffe de la minorité démocrate à la Chambre des représentants de la Géorgie, elle mène depuis dix ans un combat acharné pour que les minorités raciales soient inscrites sur les listes électorales. Elle a passé cette décennie à construire une infrastructure politique démocratique dans l'État, d'abord avec son New Georgia Project. Ce projet a identifié la "New American Majority" (nouvelle majorité américaine), autrement dit les personnes de couleur, les 18-29 ans et les femmes non mariées, comme étant la clé de l'avenir de la Géorgie. Après l'élection de 2018, elle a également lancé le groupe Fair Fight, un groupe qui lutte contre la "voter suppression". Il s'agit d'une stratégie utilisée pour influencer le résultat d'une élection en décourageant ou en empêchant certains groupes de personnes de voter. Cette méthode tente de réduire le nombre d'électeurs qui pourraient voter contre un candidat ou une proposition. Son combat a également apporté des avancées sur la protection des électeurs dans plus d'une douzaine d'États américains.Ces efforts sont soutenus par les changements de la population de Géorgie, qui a augmenté de plus de 30% depuis 2000, avec l'arrivée de nouveaux résidents.Alors que l'on s'attend à ce que Stacey Abrams se présente à nouveau comme gouverneur en 2022, "elle est actuellement l'une des personnalités politiques américaines les plus influentes qui n'ont pas été élues", analyse le New York Times. C'est bien son infrastructure politique et sa stratégie visant à augmenter la participation des électeurs noirs, latinos et asiatiques de l'État qui ont jeté les bases de la victoire du président élu en novembre et de la performance des démocrates dans les courses au Sénat.Elle n'est pas, bien évidemment, la seule à mener ces initiatives. De nombreuses autres femmes noires ont mené un effort d'organisation de plusieurs décennies pour transformer l'électorat de l'État. Mais Stacey Abrams en est sans conteste le visage le plus visible. Même Amazon Prime lui a consacré un documentaire, intitulé All In : The Fight for Democracy. "Si la puissance qu'offre le droit de vote était réellement accessible à tous les Américains, l'avenir de ce pays en serait bouleversé..." : cette phrase forte, sur laquelle s'ouvre le film, peut poser question, dans la démocratie que sont les États-Unis, mais reflète bienle caractère délicat de son combat.