C'est devenu un feuilleton, baptisé par la presse internationale le "Sofagate". Les critiques sont innombrables depuis mardi soir à l'égard de la "goujaterie" de Charles Michel, président du Conseil européen: lors d'une rencontre avec le président turc, Recept Tayip Erdogan, il s'est assis sur l'un des deux seuls sièges disponibles, reléguant une présidente de la Commission européenne, Ursula Von der Leyen, stupéfaite, sur un sofa à quelque distance. La roublardise vicieuse du président truc n'y est certes pas pour rien, mais la maladresse de Charles Michel est coupable à plus d'un titre, alors que la question des droits des femmes fait partie des contentieux entre l'Europe et la Turquie.
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C'est devenu un feuilleton, baptisé par la presse internationale le "Sofagate". Les critiques sont innombrables depuis mardi soir à l'égard de la "goujaterie" de Charles Michel, président du Conseil européen: lors d'une rencontre avec le président turc, Recept Tayip Erdogan, il s'est assis sur l'un des deux seuls sièges disponibles, reléguant une présidente de la Commission européenne, Ursula Von der Leyen, stupéfaite, sur un sofa à quelque distance. La roublardise vicieuse du président truc n'y est certes pas pour rien, mais la maladresse de Charles Michel est coupable à plus d'un titre, alors que la question des droits des femmes fait partie des contentieux entre l'Europe et la Turquie.Après un long silence, Charles Michel a fini par réagir, en français et sur Facebook, mercredi en fin de journée. Sans forcément convaincre ses détracteurs, loin s'en faut. "Michel a finalement réagi au SofaGate (cela lui a pris 24h) et il semble davantage bouleversé par les attaques qu'il a reçues lui-même pour son comportement que par ce qui s'est en réalité passé", résume Beatriz Ríos, correspondante pour plusieurs médias étrangers à Bruxelles. "L'enjeu, c'est l'image d'un homme blessé par des attaques; pas le pied de nez à Ursula Von der Leyen et l'Union européenne...", estime également le politologue Jérémy Dodeigne (UNamur).Si Charles Michel réagit en français, outre la commodité de la langue, c'est sans doute parce que les attaques sont venues en nombre de ses adversaires politiques en Belgique: PS, Ecolo, CDH, DéFI n'y ont pas été de main morte. "Quelques images ont provoqué des réactions et interprétations parfois rudes, écrit Charles Michel. Ce qui m'amène à réagir."Il explique avant tout le contexte : "Notre visite marquait un moment important dans le processus complexe d'amélioration des relations de l'Union européenne avec la Turquie. Elle a été le résultat d'une préparation minutieuse, et d'un travail diplomatique mené depuis des longs mois pour ramener ce pays à une approche plus constructive dans son rapport à l'UE. Et en dépit d'une volonté manifeste de bien faire, l'interprétation stricte par les services turcs des règles protocolaires a produit une situation désolante: le traitement différencié, voire diminué, de la présidente de la Commission européenne."De l'avis de nombreux observateurs, le président du Conseil aurait dû refuser la situation ou poser un geste pour marquer son désaccord, voire s'asseoir aux côtés d'ursula Von der Leyen. "Les quelques images qui en ont été diffusées ont donné l'impression que j'aurais été insensible à cette situation, écrit-il. Rien n'est plus éloigné ni de la réalité, ni de mes sentiments profonds. Ni enfin des principes de respect qui me paraissent essentiels. Sur le moment, tout en percevant le caractère regrettable de la situation, nous avons choisi de ne pas l'aggraver par un incident public, et de privilégier en ce début de rencontre la substance de la discussion politique que nous allions entamer, Ursula et moi, avec nos hôtes."Charles Michel argumente encore: "La substance, ce fut notamment le discours que nous avons tenu au président Erdogan sur la Convention d'Istanbul, les droits des femmes et des enfants, et plus largement la défense de nos valeurs fondamentales d'État de droit, de liberté d'expression ou de la presse. J'avais d'ailleurs, avant la réunion officielle, rencontré des représentants d'ONU Femmes et d'autres agences de l'ONU. Et nous avons tenu à organiser à Ankara, en dépit de pressions contraires, une conférence de presse conjointe avec Ursula pour rendre compte sans tabous de nos discussions avec la partie turque."Charles Michel se dit "peiné à double titre". "D'abord par l'impression donnée que j'aurais été indifférent à la maladresse protocolaire vis-à-vis d'Ursula, souligne-t-il. Cela d'autant plus, que je suis honoré de participer à ce projet européen dont deux institutions majeures sur quatre sont dirigées par des femmes, Ursula von der Leyen et Christine Lagarde. Et fier aussi qu'une femme, la première de l'histoire, m'ait succédé comme Première ministre de Belgique. Enfin je suis peiné, parce que cette situation a occulté le travail géopolitique majeur et bénéfique que nous avons réalisé ensemble à Ankara, et dont j'espère que l'Europe récoltera les fruits."Pour soutenir Charles Michel, Sophie Wilmès, ministre belge des Affaires étrangères, a publié une réaction sur Twitter: "Le combat pour l'égalité femmes-hommes est très loin d'être gagné partout dans le monde. Il doit rester au coeur de notre politique étrangère, belge et européenne. Je connais Charles Michel depuis de nombreuses années, il en est un ardent défenseur." L'actuelle vice-Première avait, en effet, été propuslée au Seize au moment du départ de Michel au Conseil européen.Reprenant un texte de Libération soulignant le caractère purement protocolaire de "l'incident", Georges-Louis Bouchez, président du MR, assène: "C'est tout le problème dans cette émocratie où le raisonnement et l'intelligence ont totalement abdiqué face à l'émotion et au symbole permanent. Dans une rencontre entre le Conseil et la Turquie, les deux chefs de délégation sont assis prioritairement, femme ou homme."En dépit de ces explications, parfois mal placées, de Charles Michel, le mal est fait. Le président turc a réussi son "humiliation". Aux argumentations protocolaires, certains répondent en ressortant des anciennes images de rencontres au sommet entre l'Union européenne et la Turquie où les présidents du Conseil et de la Commission étaient tous deux assis à côté du président turc. Mais à l'époque, il s'agissait de deux hommes.