Donald Trump a fait volte-face et a décidé de mettre fin aux séparations des familles de migrants arrivées illégalement aux Etats-Unis. Cette actualité a provoqué une vague d'indignation mondiale et un profond malaise au sein du parti républicain. Le Président a donc signé un nouveau décret pour mettre fin aux séparations systématiques et tenter d'éteindre la polémique, en affirmant : "Cela me tient particulièrement à coeur (...). Nous n'aimons pas voir des familles séparées".
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Donald Trump a fait volte-face et a décidé de mettre fin aux séparations des familles de migrants arrivées illégalement aux Etats-Unis. Cette actualité a provoqué une vague d'indignation mondiale et un profond malaise au sein du parti républicain. Le Président a donc signé un nouveau décret pour mettre fin aux séparations systématiques et tenter d'éteindre la polémique, en affirmant : "Cela me tient particulièrement à coeur (...). Nous n'aimons pas voir des familles séparées".L'impact pratique du nouvel ordre exécutif "reste très confus", explique The Guardian. Et pas uniquement pour les 2.300 enfants déjà victimes de la politique de "tolérance zéro" envers l'immigration menée par l'exécutif américain et annoncée par le ministre de la Justice Jeff Sessions au mois d'avril. En théorie, le but du nouveau décret est de garder en détention ensemble les enfants et les parents qui traversent la frontière. Des poursuites pénales continueront à être engagées contre ceux qui traversent la frontière illégalement, mais les familles resteront ensemble dans l'attente de l'examen de leur dossier. "Nous allons garder les familles ensemble, mais la fermeté aux frontières restera la même", a confirmé Donald Trump lors d'un meeting. Pour le reste, rien ou presque ne change. Concrètement, tout adulte surpris franchissant la frontière illégalement, même s'il veut demander l'asile, sera interpellé et poursuivi systématiquement au pénal. Ceci ne change pas par rapport à la nouvelle politique de "tolérance zéro" annoncée le 7 mai. Le nouveau décret a été accueilli par les critiques froidement et sans grand enthousiasme car cela n'élime pas, selon eux, la détention arbitraire ni la détention des enfants. "Séparer les enfants de leurs parents est atroce et révoltant, mais les placer en détention avec eux est aussi atroce et révoltant même s'ils sont détenus avec leurs parents", estime Andrea Guttin, directrice juridique de l'ONG de défense des immigrés Houston Immigration Legal Services Collaborative.De plus, cette nouvelle réalité pourrait rapidement faire face à un autre défi juridique, lui-même pointé par la Maison Blanche : une décision de justice stipule en effet que les mineurs d'âge ne peuvent être maintenus en détention plus de 20 jours. Ce point risque à terme de poser problème.En coulisses, les responsables du DHS (Department of Homeland Security), le Département de la Sécurité intérieure aux Etats-Unis, sont d'avis qu'il n'y a pas suffisamment de capacité pour maintenir les familles ensemble en détention car les installations sont déjà pleines à craquer. Une situation similaire à celle qu'avait connue l'administration de Barack Obama en 2014 lors d'un pic similaire de familles traversant la frontière, note The Guardian. On ne sait pas encore exactement ce qu'il adviendra des enfants qui ont déjà été séparés de leurs familles. Cela concerne plus de 2.300 enfants, séparés de leurs parents ou tuteurs légaux entre le 5 mai et le 9 juin, selon les chiffres du gouvernement fédéral américain. Ils ont été placés dans des centres par les garde-frontières américains. Les représentants des tribunaux et le DHS ne semblent pas encore certains de la manière dont la réunification des familles sera réalisée. Des avocats représentant ces familles dénoncent déjà un chaos à venir. La crise humanitaire qui sévit depuis plusieurs semaines est loin d'être achevée. D'autant que, si le dossier des parents n'est pas réglé dans les 72 heures, les enfants sont envoyés dans des centres du ministère de la Santé parfois jusqu'à New York, à des milliers de kilomètres de la frontière. "Le seul fait qu'il soit si difficile de suivre à la trace où se trouvent les parents et où se trouvent les enfants" empêche une résolution du problème du jour au lendemain, relève Jodi Goodwin, avocate spécialisée dans l'immigration au Texas, auprès de l'AFP. D'après elle, l'organisme ayant pris en charge les enfants ne dispose pas d'un système pour se synchroniser avec les autorités migratoires qui détiennent les parents et assurer ainsi une fluidité des informations.La question est légitime. Donald Trump a-t-il réellement été "touché" par le sort de ces enfants séparés de leurs parents, réagit-il uniquement à la pression politico-médiatique ou ce nouveau décret n'est-il qu'un écran de fumée pour éteindre discrètement la polémique ? Cette volte-face a créé la surprise alors que la Maison Blanche n'avait de cesse de répéter qu'elle ne faisait qu'appliquer la loi et que seule une modification de cette dernière par le Congrès permettrait de mettre fin aux séparations si critiquées. Nombre d'élus et d'organisations de défense des droits de l'homme ont dénoncé le cynisme du locataire de la Maison Blanche, qui se présente en "sauveur" d'une situation créée par sa propre politique.Selon The Guardian, tout semble prouver que l'administration Trump utilisait cette politique controversée pour tenter de persuader le Congrès d'adopter la législation sur l'immigration, laquelle comprend également le financement du mur controversé à la frontière entre les USA et le Mexique ou encore le statut des "Dreamers". En ce sens, c'est une énorme défaite pour Donald Trump, car cela a provoqué des fortes divisions au sein de son parti sur la forme de tout projet de loi sur l'immigration. Un premier projet de loi, reflétant les positions les plus dures du parti, a été rejeté, bien que ralliant plus de suffrages que prévu.Le vote clé sur la réforme de l'immigration, censée mettre un terme définitif aux séparations controversées de familles, a d'ailleurs été reporté à la semaine prochaine, signe des divergences persistantes. Les chefs républicains ont la tâche difficile de réconcilier leurs ailes dures et modérées autour d'un texte beaucoup plus vaste que la seule résolution, plus consensuelle, de la crise des enfants séparés de leurs parents migrants.