En même temps, ses analyses en général fondées sont souvent affaiblies par des présentations imparfaites. Deux de ses positions récentes, sur l'élargissement de l'Union européenne (UE) et sur la défense, illustrent encore ce paradoxe.
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En même temps, ses analyses en général fondées sont souvent affaiblies par des présentations imparfaites. Deux de ses positions récentes, sur l'élargissement de l'Union européenne (UE) et sur la défense, illustrent encore ce paradoxe. Sur les nouveaux élargissements, on ne peut douter qu'ils réclament une réforme préalable des institutions européennes. A 28 Etats membres, l'Union est déjà gangrenée par la règle de l'unanimité, devenue paralysante pour toutes les matières qu'elle frappe (Etat de droit, fiscalité, politique sociale, ressources financières...). Elle souffre aussi d'obésité politicienne (trop de commissaires, trop de juges, trop de représentants à la Cour des comptes, la Banque européenne d'investissement, la Banque centrale...). En fait, les traités d'Amsterdam, de Nice et de Lisbonne n'ont pas réussi à rationaliser un système qui devient de plus en plus une succursale régionale des Nations unies, sans âme. Ces blocages frappent particulièrement la politique étrangère et la défense, largement inexistantes. Néanmoins, le président français s'explique peu là-dessus. Il exprime juste un refus, dès lors peu productif et très mal vécu à l'Est. Sur l'Otan, aussi, Macron a raison. Son obsolescence montante fait peu de doute. Elle procède de nombreuses raisons. La présidence Trump, bien sûr, mais également le soutien d'un Parti républicain américain prêt à tout, la prédominance de l'Asie, et la montée de menaces nouvelles à l'est et au sud de l'Europe. Toutefois, ici aussi, le président français est fort en critiques, mais faible en propositions. De plus, le rapprochement avec Poutine ne constitue certainement pas une alternative. A nouveau, tout cela est peu productif, et très mal vécu à l'Est. Cela ne signifie nullement que ses collègues sont meilleurs, bien au contraire. Les réactions à Berlin en donnent une illustration. Quand Angela Merkel décrit le propos de Macron comme " intempestif " et " radical ", elle commente la forme, non le fond. Il y a trente mois, elle déclarait que " les Européens devraient prendre leur destin en main ". Depuis lors, comme d'habitude, il ne s'est pas passé grand-chose. Merkel est le parfait représentant d'un Vieux Continent qui aimerait bien continuer à somnoler en paix sous le parasol de ses illusions, et qui prie pour que Trump ne soit pas élu, comme ça il pourra poursuivre sa sieste. Quant à sa ministre de la Défense, Annegret Kramp-Karrenbauer, après avoir réclamé un porte-avions européen (une priorité comme chacun sait, spécialement pour un continent qui n'a aucune stratégie commune pour ses avions de chasse), elle plaide maintenant pour que l'Allemagne (pas l'Europe) aille protéger les voies de navigation internationales en Asie du Sud-Est (une immense priorité, c'est clair, par comparaison à l'Ukraine, la Syrie ou l'Irak). On le voit, ce n'est pas l'Otan qui est en mort cérébrale, mais la classe politique européenne. Le discours de Macron la dérange d'abord par l'étalage de cette réalité. Le président français devrait toutefois s'entourer du personnel nécessaire pour ne pas s'aliéner une demi-douzaine d'Etats membres à chaque discours, et proposer des choses plus constructives. Dans cet esprit, peut-être devrait-il engager mon vieux professeur de français qui concluait souvent sa notation de mes dissertations par la formule : " Il y a de l'idée, mais peut mieux faire. "