Nicolas Sarkozy, c'est Robert Badinter, l'ancien ministre français de la Justice, qui en parle le mieux : "Quand une femme vit depuis longtemps avec un homme, elle hésite avant de s'en séparer, car l'habitude est là, même si la passion s'est éteinte : c'est ainsi que François Mitterrand a été réélu en 1988. Mais si elle a quitté un homme et que celui-ci revient susciter ses faveurs avec insistance, elle se dit : "Mais comment ai-je pu aimer ce type ?" C'est ce qui arrive à Nicolas Sarkozy, malgré son talent."
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Nicolas Sarkozy, c'est Robert Badinter, l'ancien ministre français de la Justice, qui en parle le mieux : "Quand une femme vit depuis longtemps avec un homme, elle hésite avant de s'en séparer, car l'habitude est là, même si la passion s'est éteinte : c'est ainsi que François Mitterrand a été réélu en 1988. Mais si elle a quitté un homme et que celui-ci revient susciter ses faveurs avec insistance, elle se dit : "Mais comment ai-je pu aimer ce type ?" C'est ce qui arrive à Nicolas Sarkozy, malgré son talent." En effet, depuis son retour officiel en politique, à l'été 2014, et son élection à la tête de l'UMP (devenu depuis lors Les Républicains), l'ancien président n'a pas su réveiller les ardeurs du pays, pas même l'enthousiasme de la droite ni l'adhésion de tous ses électeurs de 2012. Une nouvelle France semble apparaître, confrontant la gauche au pouvoir et l'extrême droite dans le rôle d'opposition officielle. Avec le maintien de la gauche dans cinq régions, dont deux grâce à l'effet triangulaire, et une victoire de la droite contre le FN dans trois autres grâce au barrage républicain pratiqué par les socialistes, les Républicains sont - malgré le gain de l'Ile-de-France - les vrais vaincus des élections régionales, broyés dans l'étau PS-FN, et Nicolas Sarkozy en est le grand perdant. Les Républicains, en ce mois de décembre, ont perdu toute certitude d'alternance en 2017, malgré le retour de l'ancien président à leur tête, l'émulation provoquée par la primaire et la droitisation de la société française. Il est désormais patent que la course-poursuite idéologique avec le lepénisme est un choix désastreux, mais la droite peut-elle s'arrêter sur cette voie alors que son leader l'arpente depuis des années ? C'est, d'abord, une tentative de révolution réactionnaire qui a secoué le pays lors du premier tour des élections régionales françaises, le 6 décembre. On la vit agiter les cortèges de la Manif pour tous, célébrant un modèle familial qu'on croyait à jamais ringardisé. On la vit noircir les sondages lors de la polémique sur les migrants, et détruire l'image de la France hospitalière. On la voit durcir l'impitoyable sévérité de l'opinion dès que l'on parle sécurité ou politique pénale. On la voit, enfin, nourrir la fièvre identitaire d'un pays déboussolé par la mondialisation et les revendications de l'islam. Cette évolution du paysage électoral est une victoire intellectuelle pour Alain Finkielkraut, parce que la France se révèle comme il la décrit et la déplore depuis plusieurs années ; c'est une victoire idéologique pour Eric Zemmour, parce que la France se comporte comme il le souhaite depuis plusieurs années. En 2007, Nicolas Sarkozy s'est dressé comme un barrage empêchant ce torrent droitier d'aller jusqu'au vote FN ; en 2017, il n'est plus qu'une maigre digue submergée par les électeurs déçus par son quinquennat et encore plus par son retour. Aujourd'hui, nombre de Français considèrent que, pour voir appliquée la politique promise depuis si longtemps par Nicolas Sarkozy, il faut porter Marine Le Pen au pouvoir. Convoqué au tribunal stratégique par ses rivaux, Sarkozy doit justifier d'une ligne qui semble n'avoir pas varié depuis la présidentielle de 2012. A ceux qui lui reprochent d'avoir été alors trop à droite, et de s'être ainsi aliéné au second tour d'indispensables voix centristes, l'ancien président rétorque qu'il ne l'a pas été assez, et qu'il n'a pas su récupérer suffisamment d'électeurs lepénistes. Au soir du 6 décembre, sa seule indication idéologique fut que "la République ne doit plus reculer", un mot d'ordre qui annonce un tour de vis identitaire. Comme ces conducteurs irascibles qui tournent le volant pour ne pas être dépassés, Nicolas Sarkozy refuse d'être doublé sur sa droite et va braquer sec, au risque de finir au fossé. Il compte sur les électeurs de la droite dure aujourd'hui partis au FN pour assurer sa victoire à la primaire, en un calcul fort périlleux : si ces citoyens votent Le Pen au premier tour de la présidentielle, tandis qu'un candidat centriste profite d'un positionnement trop droitier du candidat Les Républicains, Sarkozy ne sera pas au second tour, et François Hollande sera réélu... Au nom de l'unité des Républicains, Sarkozy a d'abord ménagé la chèvre humaniste et le chou réactionnaire, sanctionnant Nadine Morano pour ses propos sur " la race blanche " tout en promettant de revenir sur le mariage pour tous. Aujourd'hui, il absout le vote FN, qui n'est selon lui ni antirépublicain ni immoral. Il confond ici " républicain " (le respect des valeurs résumées par " liberté, égalité, fraternité ") et " démocrate " (la participation aux élections), mais aussi " moral " (le bien et le mal) et " légal " (le rejet de l'insurrection ou du coup d'Etat). Ces approximations sont éloquentes : désormais, la chasse aux voix FN est ouverte et la logique de clan, celle de la primaire, va l'emporter très vite sur la logique de rassemblement, celle du parti. La droite française se retrouve d'ailleurs devant un dilemme : elle devrait avancer la date de la primaire pour se doter vite d'un champion et d'un projet, mais, si elle le fait, elle facilite son verrouillage par l'appareil du parti et la victoire de l'ancien président... Or, la leçon des régionales peut se résumer en une phrase : si les Républicains présentent Nicolas Sarkozy à la présidentielle, ils amoindrissent leurs chances de victoire. Dans une apparition télévisée, au lendemain du premier tour, l'ancien président a confondu le séné et la salade. De la seconde, on fait des discours ; avec le premier, c'est la purge assurée.