La condamnation "sans précédent" de Nicolas Sarkoy, dans l'affaire des écoutes, illustre à nouveau une France écartelée, coupée en deux. L'ancien chef de l'Etat a décidé de faire appel et il reste, en l'état, présumé innocent, mais le coup de tonnerre de la peine prononcée par le tribunal correctionnel de Paris ne laisse personne indifférent : trois ans de prison, dont un an ferme, c'est inédit. La tonalité de la presse française de ce mardi matin est révélatrice d'une polarisation importante, qui reflète celle des nombreuses réactions politiques.
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La condamnation "sans précédent" de Nicolas Sarkoy, dans l'affaire des écoutes, illustre à nouveau une France écartelée, coupée en deux. L'ancien chef de l'Etat a décidé de faire appel et il reste, en l'état, présumé innocent, mais le coup de tonnerre de la peine prononcée par le tribunal correctionnel de Paris ne laisse personne indifférent : trois ans de prison, dont un an ferme, c'est inédit. La tonalité de la presse française de ce mardi matin est révélatrice d'une polarisation importante, qui reflète celle des nombreuses réactions politiques.A gauche, forcément, on se réjouit de cette sentence parce que, comme le titre Libération sur sa 'une', cela symbolise une "justice pour tous". "Le tribunal aurait pu ajouter que c'est un jour triste pour la nation, entame le quotidien dans son éditorial. C'est en tout cas la phrase qui revient dans les verdicts très différents d'Ivo Sanader (Croatie, 2012), Ehud Olmert (Israël, 2015), Lise Thibault (Canada, 2015) ou Park Geun-hye (Corée du Sud, 2017), tous leaders de pays démocratiques et condamnés à la prison pour corruption. Lundi, l'ex-président de la République Nicolas Sarkozy a été rajouté à cette liste désolante, ayant été déclaré coupable de 'corruption'.et de 'trafic d'influence'. et condamné à trois ans de prison. Mais est-ce pour autant un jour triste?"La réponse, précisément, est plutôt négative, ce serait plutôt aux yeux du journal un jour heureux: "La France rejoint ainsi les démocraties où les puissants sont des justiciables comme les autres, ce dont on pouvait commencer à douter. Il reste encore beaucoup de chemin à parcourir pour le prouver définitivement : abolir les tribunaux d'exception réservés aux politiques en exercice, comme la Cour de justice de la République. (...) La disparition lente mais résolue de cette exception française ne peut qu'être heureuse pour notre démocratie."A l'extrême gauche, L'Humanité ne s'embarrasse pas de nuances et titre: "Corrupteur en en chef".Unanime, la droite se dit stupéfaite et soutient l'ancien président en dénonçant le caractère disproportionné du jugement. Significativement, l'extrême droite du Rassemblement national s'exprime également dans ce sens.L'éditorial du Figaro résume ce sentiment en titrant: "Malaise dans la démocratie". "Nicolas Sarkozy est condamné pour une conversation téléphonique (celle d'un client avec son avocat) relative à une affaire pour laquelle il a été blanchi: il aurait envisagé une infraction qu'il n'a pas commise en vue d'obtenir l'appui d'un magistrat pour une décision qui lui a été finalement défavorable contre une promotion qui n'a pas été accordée. Corruption sans objet, influence nulle. Ces mots volés, en réalité, sont le fruit d'une campagne judiciaire menée sans relâche ni scrupule par le parquet national pas commise en vue d'obtenir l'appui d'un magistrat pour une décision qui lui a été finalement défavorable contre une promotion qui n'a pas été accordée. Corruption sans objet, influence nulle. Ces mots volés, en réalité, sont le fruit d'une campagne judiciaire menée sans relâche ni scrupule par le parquet national financier : filets dérivants, écoutes téléphoniques des avocats, mélange de paranoïa et d'obsession vengeresse."Cela laisse un goût amer, poursuit le quotidien, en ajoutant: "Les politiques se doivent sans doute d'être exemplaires, rien ne les protège des rigueurs de la loi, mais à quel titre le pouvoir judiciaire serait-il autorisé à céder à l'hubris qu'il traque impitoyablement chez les élus? Qui jugera les juges?""Après la condamnation de Nicolas Sarkozy, une droite stupéfaite soutient l'ancien président", constate Le Monde. "La plupart des responsables LR ont évité les attaques trop frontales contre la justice. Mais, à un an de la présidentielle, c'est la désillusion pour ceux qui rêvaient d'un retour."