La bio de Nayib Bukele n'aurait pas la même saveur sans les superlatifs. Plus jeune chef d'Etat du plus petit pays d'Amérique centrale (6,5 millions d'habitants), le Salvadorien se définit lui-même comme le "président le plus cool du monde". Le 28 février dernier, son parti Nuevas Ideas est en outre devenu le plus important du pays en décrochant la majorité absolue lors du scrutin législatif (1). Un succès plantureux pour ce publicitaire de formation, âgé de 39 ans, lancé dans la politique en 2012, passé par la mairie de la capitale San Salvador en 2015 et président du pays depuis bientôt deux ans. Sans réelle étiquette politique, ce descendant d'immigrés palestiniens mise beaucoup sur sa communication.
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La bio de Nayib Bukele n'aurait pas la même saveur sans les superlatifs. Plus jeune chef d'Etat du plus petit pays d'Amérique centrale (6,5 millions d'habitants), le Salvadorien se définit lui-même comme le "président le plus cool du monde". Le 28 février dernier, son parti Nuevas Ideas est en outre devenu le plus important du pays en décrochant la majorité absolue lors du scrutin législatif (1). Un succès plantureux pour ce publicitaire de formation, âgé de 39 ans, lancé dans la politique en 2012, passé par la mairie de la capitale San Salvador en 2015 et président du pays depuis bientôt deux ans. Sans réelle étiquette politique, ce descendant d'immigrés palestiniens mise beaucoup sur sa communication. Comprendre une partie de la popularité de Nayib Bukele passe notamment par l'analyse de son style. Capable de faire un discours officiel casquette blanche à l'envers sur le crâne et veste sportive sur les épaules, le natif de San Salvador cherche à séduire une jeunesse qui peut suivre sa politique en direct sur Twitter. Autoproclamé antisystème, il joue la carte de la transparence pour trancher avec ses prédécesseurs, dont trois sur quatre ont été poursuivis pour détournements de fonds. Lorsqu'il était maire, plusieurs projets menés dans les quartiers de la capitale, une des plus dangereuses du monde, ont contribué à redorer son blason. Et ses nouveaux bars et restaurants l'ont rendue presque tendance. Plus récemment, sa gestion du coronavirus a séduit une population qui, pour cela, a accepté un confinement strict et le risque d'être arrêté par l'armée en cas de sortie. Surtout, Nayib Bukele a fait de la lutte contre la criminalité son cheval de bataille. Si le Salvador figure toujours en tête des pays au taux d'homicides le plus élevé du monde, il le doit en partie à la guerre des pandillas que se mènent la Mara Salvatrucha (MS-13) et le Barrio 18, deux gangs qui regrouperaient jusqu'à 70 000 membres. Bukele se targue toutefois d'avoir fait passer le nombre d'homicides pour 100 000 habitants de 50 à 19 en quelques mois seulement. Le résultat, selon lui, d'une politique répressive et du regroupement des pandilleros dans les prisons pour éviter qu'ils fassent passer leurs ordres aux troupes à l'extérieur. Cette communication est aujourd'hui mise à mal par le site d'investigation El Faro qui annonce, preuves à l'appui, qu'il existe des négociations secrètes entre le gouvernement et les pontes de la Mara Salvatrucha pour réduire le nombre de meurtres. El Faro ajoute que le mélange des pandilleros dans les prisons a déjà pris fin et que les détenus profiteraient même de certains avantages tels que des bons plats ou des formations. Nayib Bukele réfute ces informations. Pas en interview ni par communiqué officiel, mais sur Twitter. C'est là qu'il publie indifféremment les échographies de sa fille et les demandes de renvoi de ministres. Parce que, selon beaucoup d'observateurs, Nayib Bukele a une fâcheuse tendance autoritaire, opposé à tout ce qu'il estime traditionnel: partis, médias et... conciliation. En février 2020, frustré par le refus du Parlement de débloquer 109 millions de dollars pour la lutte contre la criminalité, il débarquait sur place, escorté par l'armée, et ordonnait l'ouverture de la séance avant de se raviser, "sous les conseils de Dieu". Un an plus tard, le voici potentiellement libre de concentrer tous les pouvoirs entre ses mains. Et celles de Dieu? (1) Les résultats définitifs n'étaient pas encore officiellement connus à l'heure de boucler ces lignes.