La compagnie irlandaise a annoncé en fin de journée la publication de la liste complète des annulations prévues jusqu'à la fin octobre, après trois jours de tâtonnements qui ont irrité nombre de voyageurs et entraîné "d'importants dommages à la réputation" de Ryanair de l'aveu même de M. O'Leary.

Vendredi, Ryanair avait annoncé l'annulation de 40 à 50 vols par jour avec effet immédiat et jusqu'à fin octobre, soit environ 2.000 liaisons au total.

"On s'est clairement plantés sur les tableaux de service" a reconnu M. O'Leary à Dublin lors d'une conférence de presse convoquée à la hâte, tout en promettant que cela n'arriverait plus.

Il a répété le message envoyé depuis vendredi par la compagnie irlandaise, à savoir que ces annulations ne concernaient que 2% des vols et avaient pour but de rétablir une ponctualité perfectible début septembre.

Mais ces explications ne sont pas passées.

La commissaire européenne chargée des Transports, Violetta Bulc, a dit que Bruxelles était "en contact" avec les responsables de Ryanair et attendait "qu'ils respectent pleinement" les droits des voyageurs.

"Ils ont annulé notre vol trois heures avant et ne pouvaient même pas garantir que nous aurions un vol dans les trois jours", s'est emportée Pat Broadhead dans un commentaire sur la page Facebook de Ryanair, prise d'assaut par des clients excédés.

"Nous avons dû voyager en taxi de Bratislava jusqu'en Autriche pour avoir un autre vol à grands frais, plus deux nuits d'hôtel", a-t-elle raconté, à l'unisson d'usagers qui pestaient d'en être de leur poche.

Les passagers concernés peuvent normalement soit réserver un autre vol gratuitement, soit se faire rembourser leur billet. La régulation européenne prévoit aussi une indemnisation.

Dans l'immédiat toutefois, nombre de clients ont cherché avant tout à savoir si leur vol était maintenu. Car la compagnie n'a rendu public dans un premier temps qu'une liste d'annulations courant jusqu'au 20 septembre.

Un email devait cependant être envoyé dans la soirée de lundi à chacun des quelque 400.000 voyageurs concernés par les annulations, a promis M. O'Leary.

Plus de 290 vols supprimés au départ ou vers la Belgique

Avec le détail des vols annulés entre le 25 septembre et le 28 octobre et le chiffre des voyageurs au départ ou vers la Belgique potentiellement concernés adapté.

Ryanair a décidé de supprimer 294 vols au départ ou vers la Belgique entre ce mardi et le 28 octobre, selon les données complètes publiées lundi soir sur le site internet de la compagnie aérienne irlandaise à bas coûts. Au total, 204 vols vers ou au départ de Charleroi seront supprimés d'ici à la fin octobre, pour 90 à subir le même traitement à Brussels Airport.

D'après les listes publiées sur le site internet de Ryanair, qui couvrent la période du 19 septembre au 28 octobre, un total de 294 vols ne seront pas assurés au départ ou vers la Belgique. Entre le 25 septembre et le 28 octobre, chaque lundi, une liaison vers ou depuis Milan, Varsovie, Manchester et Copenhague sera supprimée à Charleroi et un vol depuis ou vers Rome à Bruxelles.

Le mardi, à Charleroi, ce seront au moins un vol depuis ou vers Copenhague et Marseille qui passeront à la trappe. Idem pour Rome à Brussels Airport. Le jour suivant, ce sera au tour de Toulouse de subir le même sort à l'aéroport de Charleroi, et Lisbonne et Rome à Zaventem. Chaque jeudi, au moins un vol vers ou depuis Varsovie, Venise et Dublin ne sera pas assuré au sein de l'aéroport wallon.

Le vendredi, un vol au moins en direction ou depuis Varsovie, Manchester et Copenhague ne sera pas effectué à Charleroi. Même sort pour Lisbonne à Brussels Airport.

Le samedi, c'est Copenhague, Rome et Milan qui passent à la trappe à Charleroi et la capitale italienne à Zaventem.

Enfin, le dimanche, Pise et Varsovie font les frais de la décision de Ryanair à Charleroi et Dublin et Rome à Zaventem.

Tous les vols depuis et vers ces destinations ne sont cependant pas annulés mais au moins une des liaisons chacun des jours cités.

Les avions de la compagnie peuvent transporter jusqu'à 189 passagers par vol. Les suppressions actuellement annoncées concernent dès lors potentiellement plus de 55.500 passagers au départ de ou voyageant vers la Belgique.

A l'étranger, Londres Stansted fait partie des aéroports les plus touchés par cette décision. Plus de 600 vols y seront en effet supprimés dans les six prochaines semaines. A Dublin, environ 200 subiront le même sort et plus de 300 connaîtront pareille situation à Rome.

- Moins de pilotes -

Dans les années 1990 et 2000, Ryanair s'était fait la réputation d'une compagnie peu chère mais aussi peu aimable avec ses passagers. Elle a réussi à améliorer son image depuis quelques années en cherchant à améliorer leur confort, mais ces annulations en série risquent de compromettre ces efforts.

"Le sujet clé, c'est comment Ryanair va communiquer auprès des passagers dans les semaines qui viennent avec cette situation perturbée. L'enjeu est majeur car les voyageurs sont de moins en moins enclins à pardonner le manque d'informations et les incertitudes", explique à l'AFP Philippe Berland, expert du secteur aérien au cabinet Sia Partners.

Ryanair a attribué l'augmentation de ses retards constatés début septembre à plusieurs facteurs, dont une grève des contrôleurs aériens en France, le mauvais temps et l'obligation de caler sur l'année calendaire la période de référence des vacances du personnel navigant.

Mais la semaine dernière, la Direction générale de l'aviation civile française (DGAC) a assuré que les 110 vols annulés le 12 septembre par Ryanair sur fond de grève contre la réforme du travail avaient été déprogrammés à l'initiative de la compagnie, les autorités françaises n'ayant anticipé que peu de perturbations.

Ryanair pourrait aussi souffrir d'une pénurie de pilotes, dont 140 ont quitté ses rangs depuis le début de l'année pour intégrer la compagnie à bas prix Norwegian Air - même si M. O'Leary a assuré avoir assez de pilote et que "moins d'une centaine" d'entre eux étaient partis chez Norwegian.

L'action Ryanair a perdu 1,93% à 16,74 euros à la Bourse de Dublin et son patron a estimé que cette affaire aurait un impact négatif de 25 millions d'euros sur ses comptes.

Selon "La Libre" la compagnie irlandaise va ainsi proposer un "bonus" historique de 12 000 euros à tous ses commandants de bord et de 6000 euros pour ses copilotes (faux indépendants ou non) qui restent au moins jusqu'à la fin du mois d'octobre 2018. L'une des conditions est notamment de pouvoir être disponible dix jours pendant leurs jours de congé.