Cet homme exubérant de 66 ans se vante d'avoir participé aux campagnes victorieuses des républicains Richard Nixon, Ronald Reagan et Donald Trump avec une expertise: l'attaque sans vergogne de leurs rivaux.

C'est en cherchant à obtenir des informations compromettantes sur la démocrate Hillary Clinton que ce dandy, connu pour sa mise soignée et ses maximes décapantes, aurait fait le pas de trop.

Le procureur spécial Robert Mueller, chargé d'établir s'il y a eu collusion entre l'équipe de campagne du candidat Trump et Moscou pendant la présidentielle de 2016, reproche à Roger Stone d'avoir menti au Congrès sur ses interactions, à l'été 2016, avec WikiLeaks.

Selon les enquêteurs, il savait que l'organisation de Julian Assange allait publier des e-mails piratés dans le camp démocrate, susceptibles de noircir l'image de leur candidate, Hillary Clinton. Il avait cherché à en savoir plus et avait tenu l'équipe de Donald Trump au courant.

Mais en 2017, interrogé par des parlementaires, il avait tout nié, fidèle à l'un de ses principes: "Ne rien admettre, tout nier, contre-attaquer".

- "Un art de la performance" -

Roger Stone a fait ses premiers pas en politique dès l'âge de 12 ans derrière le candidat républicain Barry Goldwater. Huit ans plus tard, il abandonne ses études pour se mettre au service de la campagne de réélection de Richard Nixon, son idole, dont il porte un portrait tatoué entre les épaules.

Il se distingue en introduisant un espion dans l'équipe de son adversaire, qui, devenu chauffeur du candidat, finira par voler des documents internes.

Apôtre des "Fake News" avant l'heure, il fait passer dans la presse un autre rival de Nixon pour un gauchiste extrémiste en inventant une donation que ce dernier aurait faite à un groupe socialiste.

De cette campagne, il retiendra une autre leçon: les républicains doivent s'adresser à une base d'électeurs blancs, de la classe moyenne, en banlieue ou zone rurale.

Tout au long de sa carrière, il suit la même recette et théorise sa méthode: "Attaquer, attaquer, attaquer, ne jamais se défendre".

Tandis que ses crédos passent à la postérité, lui cultive son image de dandy tiré à quatre épingles. Vêtu de costumes sur-mesure sur son corps bodybuildé, il teint ses cheveux en blond doré, avant d'assumer une crinière blanche et nourrie.

"La politique pour moi n'est pas du théâtre. C'est un art de la performance", déclare-t-il en 2007.

- "Du cran" -

S'il a aidé certains candidats à gagner, il a aussi essuyé des revers. Et à Washington, les consultants politiques le considèrent comme un second couteau.

Mais Donald Trump, qu'il rencontre à New York en 1979, le prend au sérieux.

Associé au début des années 1980 au lobbyiste Paul Manafort (qui sera brièvement directeur de campagne de Donald Trump en 2016, et est aussi mis en cause dans l'enquête russe), il aide le magnat de l'immobilier à se sortir de problèmes légaux au sujet de son méga-yacht.

Sur son site internet, Roger Stone se vante d'avoir conseillé à Donald Trump de se lancer dans la présidentielle dès 1988. Quand ce dernier entre finalement en lice en 2015, Roger Stone est l'un des premiers à bord.

Les deux hommes se déchirent pour des raisons obscures fin 2015 et Roger Stone abandonne toute fonction officielle dans la campagne, tout en continuant à soutenir le milliardaire.

La Maison Blanche a déclaré vendredi que son arrestation n'avait "rien à voir avec le président".

Début décembre, après avoir promis qu'il ne témoignerait jamais contre Donald Trump, Roger Stone avait pourtant reçu un satisfecit présidentiel: "Sympa de voir que certaines personnes ont toujours du +cran+", avait tweeté @realDonaldTrump.