Depuis dix-huit mois, Robert Mueller mène une enquête aux vastes ramifications qui tient Washington en haleine et met les nerfs du milliardaire républicain à rude épreuve. Son ombre plane sur le "marigot" politique de Washington, mais Robert Mueller reste invisible. Son nom est sur toutes les lèvres dans le microcosme de la capitale américaine, mais le procureur spécial chargé de l'explosive enquête russe reste muré dans le silence. Sans sortir de l'ombre, il donne ses coups de griffe en paraphant des documents judiciaires qui, ici, inculpent un ancien conseiller de Donald Trump, là, soulignent les mensonges d'un autre. Et à chaque fois la même question s'élève dans les ministères, les salles de rédaction et les dîners: que possède-t-il contre l'occupant de la Maison-Blanche?
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Depuis dix-huit mois, Robert Mueller mène une enquête aux vastes ramifications qui tient Washington en haleine et met les nerfs du milliardaire républicain à rude épreuve. Son ombre plane sur le "marigot" politique de Washington, mais Robert Mueller reste invisible. Son nom est sur toutes les lèvres dans le microcosme de la capitale américaine, mais le procureur spécial chargé de l'explosive enquête russe reste muré dans le silence. Sans sortir de l'ombre, il donne ses coups de griffe en paraphant des documents judiciaires qui, ici, inculpent un ancien conseiller de Donald Trump, là, soulignent les mensonges d'un autre. Et à chaque fois la même question s'élève dans les ministères, les salles de rédaction et les dîners: que possède-t-il contre l'occupant de la Maison-Blanche? Pour rappel, cette enquête tentaculaire vise à établir s'il y a eu collusion ou non entre Moscou et l'équipe de campagne de Donald Trump. Pour l'instant, aucune preuve tangible n'a été apportée par le procureur Mueller, qui enquête depuis 18 mois. Mais le président semble de plus en plus agacé par ces investigations qui empoisonnent son mandat: M. Trump critique avec véhémence sur Twitter les enquêteurs, Robert Mueller au premier chef, et dénonce une "chasse aux sorcières". Signe que l'enquête touche à sa fin, le locataire de la Maison-Blanche a transmis, le 20 novembre, ses réponses écrites aux questions du procureur spécial. Dans un document judiciaire publié ce mardi soir, le procureur spécial a révélé que Michael Flynn, ex-conseiller de Trump, a aidé ses services "sur un éventail de questions, incluant des interactions entre des personnes de l'équipe de transition du président et de la Russie". Le document explique que l'ancien général s'est confié aux enquêteurs sur son échange avec l'ambassadeur russe aux Etats-Unis, sur deux sujets sensibles: le vote d'une résolution du conseil de sécurité de l'ONU sur Israël et les sanctions prises par l'administration Obama contre la Russie sur l'ingérence russe. Une conversation tenue alors que M. Flynn était chargé de l'équipe de transition. Mais, là encore, de nombreux passages du document ne sont pas accessibles publiquement. "La décision de l'accusé de plaider coupable et de coopérer a probablement influencé les décisions de témoins directs liés à venir et coopérer", avec le procureur spécial, conclut le texte. L'enquête a pour l'instant déjà débouché sur une trentaine d'inculpations et plusieurs condamnations. Dans une capitale où fourmillent les journalistes, rien ne filtre de ses travaux. Le procureur spécial a un porte-parole, Peter Carr, qui explique uniquement ce qui est déjà public. Pour le reste, il oppose toujours la même réponse: "Pas de commentaire." Les médias en sont réduits à spéculer sur l'avancement de son enquête. Chaque acte de procédure est disséqué pendant des heures sur les télévisions et fait l'objet de longues extrapolations dans les journaux. Même quand ils sont rendus publics, les mémos du procureur spécial laissent les journalistes sur leur faim. Aux attaques de M. Trump, Robert Mueller oppose la même discrétion. Ses services ne sont sortis du silence qu'à une seule reprise, en octobre, pour demander au FBI d'enquêter sur une possible tentative de salir le procureur spécial. Des militants conservateurs sont soupçonnés d'avoir cherché à payer des femmes pour qu'elles accusent Robert Mueller de les avoir harcelées sexuellement il y a plusieurs années. L'histoire colle tellement peu au personnage que, pour une fois, démocrates et républicains l'ont balayée dans un même éclat de rire.Malgré la frustration des analystes, certains défendent tout de même la théorie que le conseiller spécial Robert Mueller se sert des plaidoiries sur l'enquête Russie pour faire passer, sans en avoir l'air, les grosses lignes de son rapport dit The Guardian. En février dernier, les analystes judiciaires ont été ébranlés par l'inculpation de 13 Russes pour fraude électorale présumée aux États-Unis. Non seulement la nature des accusations était extraordinaire, la forme de l'acte d'accusation l'était tout autant. Le conseiller spécial Robert Mueller avait choisi de raconter l'histoire d'un projet, fomenté en secret durant plus d'un an et en plusieurs étapes, qui avait pour but de s'ingérer dans l'élection présidentielle américaine de 2016. L'inculpation a d'autant plus surpris, qu'il était peu probable qu'un seul des Russes comparaisse un jour dans un palais de justice américain. Mais, avec son acte d'accusation, M. Mueller révélait surtout des détails - y compris un compte rendu d'un voyage de collecte de renseignements que deux des Russes avaient fait de la Californie à New York - qui jetaient le doute sur tous ceux qui niaient le complot russe. En utilisant ces actes d'accusation pour raconter une histoire plus large, Mueller inverse surtout les forces en présence et réduit la nécessité de publier un "rapport Mueller" à la fin de son enquête pour faire connaître ses découvertes. Un nouveau rapport est attendu pour ce vendredi. Il devrait décrire comment l'ancien président de la campagne Trump, Paul Manafort, a rompu l'accord avec la justice en mentant prétendument aux enquêteurs. Ce document devrait faire la lumière sur ce que M. Mueller sait des contacts de M. Manafort avec ses anciens partenaires de l'ancien bloc soviétique, et il pourrait contenir de nouvelles informations sur la nature des liens entre la campagne Trump et des agents russes. Le fait que le rapport se construise par chapitre lors des auditions publiques, n'exclurait pas pour autant un rapport final déposé auprès de ses supérieurs au sein du ministère de la Justice qui offrirait un tableau d'ensemble, même dans le cas où Mueller serait congédié. Une chose pas impossible puisque le ministère de la Justice est aujourd'hui dirigé par Matt Whitaker, un proche de Trump. Cette nomination a fait craindre à certains qu'un tel rapport ne soit supprimé. Trump a appelé publiquement à la fin de l'enquête et a souvent reproché à Mueller et à ses collègues de mener une "chasse aux sorcières". Quel que soit le plan de Mueller, et l'impression dominante, c'est qu'il en a effectivement, il vise donc surtout à éviter les obstacles ou tweets qui pourraient être mis sur son chemin. Ou, comme l'a précisé l'avocat et ancien agent du FBI, Asha Rangappa, après que Trump ait installé Whitaker à la justice: "Mueller a piégé l'ensemble pour déjouer exactement ce genre de mouvements cartoonesque de POTUS."Malgré cette starification, Robert Mueller reste peu connu du grand public. Cet ancien Marine de 74 ans avait pris les commandes de la police fédérale une semaine avant les attentats du 11 septembre 2001. A la tête du FBI pendant douze ans, il avait gagné le respect sans fendre l'armure. Aujourd'hui, il continue de fuir les caméras. Il vit dans un lotissement sécurisé dans le nord de la Virginie, entre et sort de son bureau par un parking sous-terrain. Il ne va pas à la Maison-Blanche pour parler avec les avocats de la présidence, ce sont eux qui viennent à lui. Son équipe d'une vingtaine d'enquêteurs et de procureurs le représente devant les tribunaux. Cette année, Robert Mueller n'a été repéré en public qu'à quatre reprises: traversant une rue, dans un restaurant sans prétention, dans un magasin Apple avec son épouse Ann Standish et, enfin, dans un aéroport où il attendait un vol à quelques mètres de Donald Trump Junior, le fils du président qui, selon les médias, se trouve dans son viseur. Preuve de leur rareté, chacune de ses apparitions a été largement relayée sur les réseaux sociaux. Dans les médias, le procureur spécial est devenu un personnage culte, dont l'image est fréquemment détournée pour le représenter en Jedi de "La Guerre des Etoiles" ou en chevalier de "Game of Thrones". "Mueller arrive", plaisantent les internautes, s'inspirant d'une célèbre réplique de cette série. L'émission télévisée Saturday Night Live s'est même conclue la semaine dernière sur une reprise parodique du tube de Mariah Carey: "Mueller, All I want for Chrismas is you" (Mueller, pour Noël je ne veux que toi).Avec l'AFP