Le Boeing 747-8, parti de Francfort, atterrit à Shanghai. Je somnole. Tout comme les autres passagers, je suis fatigué. Durant ce vol d'environ onze heures, les lumières auront été allumées toutes les quatre heures pour que l'équipage puisse faire le tour et mesurer la température des passagers. Pour "se conformer aux règles de la République populaire de Chine", précise le capitaine. Au dos de sa carte d'embarquement, on avait déjà dû noter notre température.

Une montagne de formalités

Lorsque je descends de l'avion, je sais plus ou moins à quoi m'attendre. Des amis qui ont fait ce voyage plus tôt m'ont averti des formalités complexes qui m'attendent pour mon retour en Chine et je veux être l'un des premiers. Je trottine donc prestement vers un comité d'accueil composé de centaines de personnes. Elles nous attendent et elles sont toutes couvertes de la tête au pied d'une combinaison de protection, masqué et au visage couvert d'un pare-gouttelettes en plastique. Je voyage léger et je n'ai qu'un simple sac à dos. Je m'arrête à l'une des nombreuses tables où se trouve un fonctionnaire. Il scanne un code QR dans mon application WeChat (une messagerie chinoise qui est un mélange entre WhatsApp et Facebook). Il passe en revue le certificat de santé que j'ai rempli à l'avance en ligne. L'endroit où je vis, si j'ai fréquenté des bars ces dernières semaines ou si je suis allé à des événements publics sans masque, etc. Il est mentionné au bas du formulaire que le fait de fournir de fausses informations peut faire l'objet de poursuites. Et, en Chine, on ne rit pas avec ça.

"Oh, vous êtes parti de Bruxelles". Une première grimace apparaît sur le visage du douanier. "Vous avez récemment fait un voyage au Portugal." Deuxième froncement de sourcils encore plus marqué. Cela suffit pour me classer dans la catégorie la plus à risque et on m'envoie directement au poste suivant prendre deux tubes à essai pour effectuer une batterie de tests.

Les 3 T : tester, tracer, traiter

Quiconque pense que la Chine est la seule à être aussi stricte et que cette approche est typique d'un État communiste et autoritaire, se trompe. La Corée du Sud, le Japon, la Thaïlande et Singapour, entre autres, ont mis en place des systèmes de quarantaine obligatoire dans les hôtels. L'approche (est-asiatique) de la crise est motivée par la volonté de réduire à zéro le nombre de cas de Covid19. Toute source d'une éventuelle infection doit être immédiatement écrasée dans l'oeuf. Leur stratégie est basée sur les trois T : tester, tracer et traiter. Un processus de prise de décision et une exécution militaire doivent intégrer de façon transparente ces trois T. Après tout, les tests seuls, sans suivi par le biais d'un traçage méticuleux, n'ont guère de sens.

Les expériences récentes d'épidémies telles que le SRAS et le MERS ont permis aux pays d'Asie de l'Est de mieux se préparer à la pandémie. Ici on décide et on applique dans la foulée. On ne se perd pas dans des débats interminables (par exemple sur l'utilité ou l'absurdité des masques). Ensuite, ils ont des gouvernements avec des technocrates à leur tête (le vice-président de Taïwan, par exemple, est lui-même épidémiologiste). Ils n'ont pas, non plus, hésité à fermer leurs frontières et possédaient des stocks stratégiques d'équipements de protection.

Tous ces éléments ont conduit à une approche qui a porté ses fruits. Chen Chien-Jen, vice-président de Taïwan, oppose la vision occidentale à la mentalité asiatique et le résume comme suit: "Le seul moyen réaliste de sortir de Covid19 est de renforcé l'"immunité de groupe" par des vaccinations et des infections, est je pense, la mentalité occidentale. C'est une façon de voir les choses. Une autre est de dire que, si on veut se débarrasser de l'épidémie, il n'y a pas d'autre solution que de réduire le nombre de transmissions virales à zéro. C'est ainsi que les gens voient les choses en Asie." Et si vous voulez aller jusqu'à zéro, la frontière terrestre est tout simplement la première ligne de défense pour arrêter le virus. Dont acte.

Pieter Verstraete
© Pieter Verstraete

Le comité d'accueil

Avec mes deux tubes en mains, je continue donc mon chemin vers la salle où ont lieux les tests à grande échelle. Celle-ci se compose d'une dizaine de tables alignées, avec des hommes et des femmes en vêtements de protection contre les infections, et avec des ventilateurs dans le dos. Je suis affecté à la table numéro 34. Deux tiges dans le nez, une dans la gorge. En Belgique, j'avais déjà dû présenter un test négatif pour monter à bord de l'avion. Et le test ici est nettement moins plaisant. On enfonce la tige avec force et deux fois plus profondément dans la cavité nasale, avant d'effectuer quatre rotations à 360° qui rappellent une figure de skateboard de Tony Hawk. Quand enfin la tige est retirée, j'ai les larmes aux yeux. Il faut parfois souffrir avant d'avoir ce qu'on veut.

Mais qu'est-ce qui me pousse à retourner en Chine ? La décision d'y retourner n'était pas seulement motivée par des raisons privées, comme le fait de revoir mes proches et de retrouver la vie que j'y ai construite au cours des douze dernières années. Les motivations étaient aussi pécuniaires. Je ne suis plus allé en Chine depuis neuf mois et mes missions de conseil auprès des investisseurs chinois se sont réduite à peau de chagrin. Les capitaux privés chinois se sont concentrés sur leur propre marché après l'éclatement de l'épidémie et sont désormais très suspicieux quant à l'avenir économique du "vieux monde" qui ne semble pas capable de contrôler le Covid-19. Etre consultant pour des entreprises belges s'est révélé être difficile, parce qu'au fil du temps je suis devenu un généraliste aux vastes connaissances mais sans spécialité, sauf celle de traiter avec les Chinois. Et un expert de la Chine, pour être utile aux entreprises belges, doit être en Chine. J'ai donc saisi la première occasion de revenir.

Entre-temps, j'ai passé la douane et récupéré ma valise. Toute la procédure ne m'a pris que 35 minutes, sauf que je n'ai toujours aucune idée de l'endroit où je vais devoir rester les deux prochaines semaines.

Pieter Verstraete
© Pieter Verstraete

Avec les 20 autres personnes qui ont terminé leur test dans le hall de départ, j'attends le bus qui va nous conduire à notre hôtel de quarantaine. Sur mon passeport, on a collé un grand QR-code qui renvoie à mon profil en ligne. Les fonctionnaires conservent nos passeports jusqu'à notre départ, afin que vous ne quittiez pas l'aéroport par vos propres moyens. Dehors, je vois le conducteur en combinaison qui attend, assis sur le trottoir. Il fume. Il a enlevé sa capuche et la sueur coule sur son front. C'est le premier regard humain que je croise. Le bus part vers une destination inconnue.

Il pleut des cordes À Shanghai, et, comme sur le périphérique de Bruxelles, cela signifie des embouteillages. Le trajet de 70 km à travers Shanghai jusqu'à la banlieue prend plus de deux heures. Nous finissons par rejoindre un hôtel situé à côté d'un chantier de construction près d'un campus d'ingénierie. Les étrangers sont les premiers à être pris en charge pour l'enregistrement. Les employés portent toujours leur panoplie complète. Contrairement à l'aéroport, le formulaire en ligne n'existe qu'en chinois. La première ligne pour inscrire notre nom n'accepte que les caractères chinois. Sur place, nous devons inventer un nom chinois pour les jeunes Serbes qui nous accompagnent. Jele, une jeune femme serbe en quête de divertissement et de "vie normale" en Chine, devient Xiaolong ("petit dragon"). Voilà une façon pratico-pratique de résoudre le problème. C'est aussi ça la Chine.

On chasse le Corona jusque dans les toilettes

Toute personne arrivant à l'hôtel doit marquer son accord en bas du règlement intérieur. Le passage le plus important : si vous faites un pas en dehors de la chambre d'hôtel, vous repartez, comme pour le jeu de l'oie, de zéro. Concrètement vous pouvez recommencer votre quarantaine à partir du jour 1. On nous donne aussi un paquet de pilules désinfectantes, à utiliser à chaque passage aux toilettes. Au début, je pense que c'est pour désinfecter les mains, mais on me fait comprendre que c'est à jeter dans les toilettes. Je me dis que cela doit avoir un rapport avec les traces de coronavirus détectées dans les selles. Je traduis cette information pour les autres étrangers, mais, à voir l'incrédulité sur leurs visages, je comprends qu'ils ont perdu toute confiance en mes compétences de traducteur. Je ne peux pas vraiment leur en vouloir.

Rentrer à la maison, malgré tout

Le gouvernement de Shanghaï a choisi de nous faire séjourner dans un hôtel IU. C'est une chaîne d'hôtels à thème qui, selon leur site web, prône "un mode de vie amusant". Les hôtels IU sont des hôtels économiques qui accueillent habituellement des jeunes représentants commerciaux et des étudiants qui ne séjournent pas au campus. On ne remarque pas beaucoup de "fun", mais ils sont parfaits en tant qu'"Hôtel Quarantaine". Les couloirs sont dénudés, les murs sont dépouillés de toute décoration, les sols sont recouverts de plastique et le mobilier des chambres est réduit au minimum. Le personnel est également en combinaison. Coût : 43 euros par nuit, tout compris.

Au cours des prochains jours, le personnel viendra deux fois par jour pour prendre ma température et un repas est servi trois fois par jour à des heures fixes. Le premier grand coup que l'on frappe à ma porte à neuf heures du matin me sert de réveil. Curieusement, j'ai quand même l'impression de rentrer à la maison. Malgré tous les tracas, je suis vraiment heureux d'être de retour en Chine. Je ferme la porte derrière moi et le compteur de la quarantaine se met en branle. Les deux prochaines semaines, je vais avoir tout le temps pour réfléchir au sens ou à l'absurdité des mesures de corona, aux luttes économiques et politiques entre l'Europe et la Chine, et aussi aux opportunités commerciales que cela peut représenter. Mais avant de m'y atteler, je commence par prendre une longue douche chaude. Rapidement, le parfum floral se mêle à l'entêtante odeur de chlore d'une tablette de désinfectant qui fait son travail.

Le Boeing 747-8, parti de Francfort, atterrit à Shanghai. Je somnole. Tout comme les autres passagers, je suis fatigué. Durant ce vol d'environ onze heures, les lumières auront été allumées toutes les quatre heures pour que l'équipage puisse faire le tour et mesurer la température des passagers. Pour "se conformer aux règles de la République populaire de Chine", précise le capitaine. Au dos de sa carte d'embarquement, on avait déjà dû noter notre température. Lorsque je descends de l'avion, je sais plus ou moins à quoi m'attendre. Des amis qui ont fait ce voyage plus tôt m'ont averti des formalités complexes qui m'attendent pour mon retour en Chine et je veux être l'un des premiers. Je trottine donc prestement vers un comité d'accueil composé de centaines de personnes. Elles nous attendent et elles sont toutes couvertes de la tête au pied d'une combinaison de protection, masqué et au visage couvert d'un pare-gouttelettes en plastique. Je voyage léger et je n'ai qu'un simple sac à dos. Je m'arrête à l'une des nombreuses tables où se trouve un fonctionnaire. Il scanne un code QR dans mon application WeChat (une messagerie chinoise qui est un mélange entre WhatsApp et Facebook). Il passe en revue le certificat de santé que j'ai rempli à l'avance en ligne. L'endroit où je vis, si j'ai fréquenté des bars ces dernières semaines ou si je suis allé à des événements publics sans masque, etc. Il est mentionné au bas du formulaire que le fait de fournir de fausses informations peut faire l'objet de poursuites. Et, en Chine, on ne rit pas avec ça. "Oh, vous êtes parti de Bruxelles". Une première grimace apparaît sur le visage du douanier. "Vous avez récemment fait un voyage au Portugal." Deuxième froncement de sourcils encore plus marqué. Cela suffit pour me classer dans la catégorie la plus à risque et on m'envoie directement au poste suivant prendre deux tubes à essai pour effectuer une batterie de tests.Quiconque pense que la Chine est la seule à être aussi stricte et que cette approche est typique d'un État communiste et autoritaire, se trompe. La Corée du Sud, le Japon, la Thaïlande et Singapour, entre autres, ont mis en place des systèmes de quarantaine obligatoire dans les hôtels. L'approche (est-asiatique) de la crise est motivée par la volonté de réduire à zéro le nombre de cas de Covid19. Toute source d'une éventuelle infection doit être immédiatement écrasée dans l'oeuf. Leur stratégie est basée sur les trois T : tester, tracer et traiter. Un processus de prise de décision et une exécution militaire doivent intégrer de façon transparente ces trois T. Après tout, les tests seuls, sans suivi par le biais d'un traçage méticuleux, n'ont guère de sens.Les expériences récentes d'épidémies telles que le SRAS et le MERS ont permis aux pays d'Asie de l'Est de mieux se préparer à la pandémie. Ici on décide et on applique dans la foulée. On ne se perd pas dans des débats interminables (par exemple sur l'utilité ou l'absurdité des masques). Ensuite, ils ont des gouvernements avec des technocrates à leur tête (le vice-président de Taïwan, par exemple, est lui-même épidémiologiste). Ils n'ont pas, non plus, hésité à fermer leurs frontières et possédaient des stocks stratégiques d'équipements de protection.Tous ces éléments ont conduit à une approche qui a porté ses fruits. Chen Chien-Jen, vice-président de Taïwan, oppose la vision occidentale à la mentalité asiatique et le résume comme suit: "Le seul moyen réaliste de sortir de Covid19 est de renforcé l'"immunité de groupe" par des vaccinations et des infections, est je pense, la mentalité occidentale. C'est une façon de voir les choses. Une autre est de dire que, si on veut se débarrasser de l'épidémie, il n'y a pas d'autre solution que de réduire le nombre de transmissions virales à zéro. C'est ainsi que les gens voient les choses en Asie." Et si vous voulez aller jusqu'à zéro, la frontière terrestre est tout simplement la première ligne de défense pour arrêter le virus. Dont acte. Avec mes deux tubes en mains, je continue donc mon chemin vers la salle où ont lieux les tests à grande échelle. Celle-ci se compose d'une dizaine de tables alignées, avec des hommes et des femmes en vêtements de protection contre les infections, et avec des ventilateurs dans le dos. Je suis affecté à la table numéro 34. Deux tiges dans le nez, une dans la gorge. En Belgique, j'avais déjà dû présenter un test négatif pour monter à bord de l'avion. Et le test ici est nettement moins plaisant. On enfonce la tige avec force et deux fois plus profondément dans la cavité nasale, avant d'effectuer quatre rotations à 360° qui rappellent une figure de skateboard de Tony Hawk. Quand enfin la tige est retirée, j'ai les larmes aux yeux. Il faut parfois souffrir avant d'avoir ce qu'on veut. Mais qu'est-ce qui me pousse à retourner en Chine ? La décision d'y retourner n'était pas seulement motivée par des raisons privées, comme le fait de revoir mes proches et de retrouver la vie que j'y ai construite au cours des douze dernières années. Les motivations étaient aussi pécuniaires. Je ne suis plus allé en Chine depuis neuf mois et mes missions de conseil auprès des investisseurs chinois se sont réduite à peau de chagrin. Les capitaux privés chinois se sont concentrés sur leur propre marché après l'éclatement de l'épidémie et sont désormais très suspicieux quant à l'avenir économique du "vieux monde" qui ne semble pas capable de contrôler le Covid-19. Etre consultant pour des entreprises belges s'est révélé être difficile, parce qu'au fil du temps je suis devenu un généraliste aux vastes connaissances mais sans spécialité, sauf celle de traiter avec les Chinois. Et un expert de la Chine, pour être utile aux entreprises belges, doit être en Chine. J'ai donc saisi la première occasion de revenir.Entre-temps, j'ai passé la douane et récupéré ma valise. Toute la procédure ne m'a pris que 35 minutes, sauf que je n'ai toujours aucune idée de l'endroit où je vais devoir rester les deux prochaines semaines. Avec les 20 autres personnes qui ont terminé leur test dans le hall de départ, j'attends le bus qui va nous conduire à notre hôtel de quarantaine. Sur mon passeport, on a collé un grand QR-code qui renvoie à mon profil en ligne. Les fonctionnaires conservent nos passeports jusqu'à notre départ, afin que vous ne quittiez pas l'aéroport par vos propres moyens. Dehors, je vois le conducteur en combinaison qui attend, assis sur le trottoir. Il fume. Il a enlevé sa capuche et la sueur coule sur son front. C'est le premier regard humain que je croise. Le bus part vers une destination inconnue. Il pleut des cordes À Shanghai, et, comme sur le périphérique de Bruxelles, cela signifie des embouteillages. Le trajet de 70 km à travers Shanghai jusqu'à la banlieue prend plus de deux heures. Nous finissons par rejoindre un hôtel situé à côté d'un chantier de construction près d'un campus d'ingénierie. Les étrangers sont les premiers à être pris en charge pour l'enregistrement. Les employés portent toujours leur panoplie complète. Contrairement à l'aéroport, le formulaire en ligne n'existe qu'en chinois. La première ligne pour inscrire notre nom n'accepte que les caractères chinois. Sur place, nous devons inventer un nom chinois pour les jeunes Serbes qui nous accompagnent. Jele, une jeune femme serbe en quête de divertissement et de "vie normale" en Chine, devient Xiaolong ("petit dragon"). Voilà une façon pratico-pratique de résoudre le problème. C'est aussi ça la Chine.Toute personne arrivant à l'hôtel doit marquer son accord en bas du règlement intérieur. Le passage le plus important : si vous faites un pas en dehors de la chambre d'hôtel, vous repartez, comme pour le jeu de l'oie, de zéro. Concrètement vous pouvez recommencer votre quarantaine à partir du jour 1. On nous donne aussi un paquet de pilules désinfectantes, à utiliser à chaque passage aux toilettes. Au début, je pense que c'est pour désinfecter les mains, mais on me fait comprendre que c'est à jeter dans les toilettes. Je me dis que cela doit avoir un rapport avec les traces de coronavirus détectées dans les selles. Je traduis cette information pour les autres étrangers, mais, à voir l'incrédulité sur leurs visages, je comprends qu'ils ont perdu toute confiance en mes compétences de traducteur. Je ne peux pas vraiment leur en vouloir. Le gouvernement de Shanghaï a choisi de nous faire séjourner dans un hôtel IU. C'est une chaîne d'hôtels à thème qui, selon leur site web, prône "un mode de vie amusant". Les hôtels IU sont des hôtels économiques qui accueillent habituellement des jeunes représentants commerciaux et des étudiants qui ne séjournent pas au campus. On ne remarque pas beaucoup de "fun", mais ils sont parfaits en tant qu'"Hôtel Quarantaine". Les couloirs sont dénudés, les murs sont dépouillés de toute décoration, les sols sont recouverts de plastique et le mobilier des chambres est réduit au minimum. Le personnel est également en combinaison. Coût : 43 euros par nuit, tout compris. Au cours des prochains jours, le personnel viendra deux fois par jour pour prendre ma température et un repas est servi trois fois par jour à des heures fixes. Le premier grand coup que l'on frappe à ma porte à neuf heures du matin me sert de réveil. Curieusement, j'ai quand même l'impression de rentrer à la maison. Malgré tous les tracas, je suis vraiment heureux d'être de retour en Chine. Je ferme la porte derrière moi et le compteur de la quarantaine se met en branle. Les deux prochaines semaines, je vais avoir tout le temps pour réfléchir au sens ou à l'absurdité des mesures de corona, aux luttes économiques et politiques entre l'Europe et la Chine, et aussi aux opportunités commerciales que cela peut représenter. Mais avant de m'y atteler, je commence par prendre une longue douche chaude. Rapidement, le parfum floral se mêle à l'entêtante odeur de chlore d'une tablette de désinfectant qui fait son travail.