On la voit arriver de loin, Amal, avec ses tresses et ses grands yeux. Est-ce sa taille démesurée qui effraie un peu les enfants venus à sa rencontre? Ou les traits de son visage, que l'on dirait marqué par les épreuves? La jeune réfugiée syrienne, dont le prénom signifie "espoir" en arabe, rêve de retrouver sa maman et de retourner à l'école. Elle a 9 ans. Autant dire qu'elle n'a jamais connu la paix dans son pays, ravagé par un conflit qui a fait, en une décennie, près de cinq cent mille morts - dont vingt-cinq mille enfants - et des millions de réfugiés.
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On la voit arriver de loin, Amal, avec ses tresses et ses grands yeux. Est-ce sa taille démesurée qui effraie un peu les enfants venus à sa rencontre? Ou les traits de son visage, que l'on dirait marqué par les épreuves? La jeune réfugiée syrienne, dont le prénom signifie "espoir" en arabe, rêve de retrouver sa maman et de retourner à l'école. Elle a 9 ans. Autant dire qu'elle n'a jamais connu la paix dans son pays, ravagé par un conflit qui a fait, en une décennie, près de cinq cent mille morts - dont vingt-cinq mille enfants - et des millions de réfugiés. Partie fin juillet de Gaziantep, ville turque proche de la frontière syrienne qui accueille de nombreux migrants, la "petite" migrante, porte-parole des mineurs non accompagnés ou séparés de leur famille, se rend au Royaume-Uni, où elle est attendue début novembre. Un parcours de huit mille kilomètres. Soit huit pays traversés et soixante-cinq villes-étapes. Partout où elle arrive, de longs cortèges se forment et des mains saisissent les siennes. Chaque ville hôte organise des rencontres artistiques et festives. "Little Amal" a déjà posé ses valises en Turquie, en Grèce, en Italie, en France, en Suisse, en Allemagne. Au Vatican, entourée par deux cents enfants italiens et jeunes réfugiés, elle a été reçue par le pape François. La voilà en Belgique, du 6 au 10 octobre. Au programme: une traversée de Bruxelles, de la place de la Monnaie aux abattoirs d' Anderlecht, en compagnie d'artistes et de collectifs d'associations humanitaires. Une visite au parc Maximilien, symbole de la question des réfugiés et demandeurs d'asile dans la capitale européenne. Deux journées à Anvers. Le 10 octobre, à Bouillon, des réfugiées l'accompagneront dans sa marche vers la frontière française. Une semaine plus tard, elle se rendra à Grande-Synthe, près de Dunkerque, où les conditions de vie des migrants ont suscité l'indignation ces dernières années. Avant de traverser la Manche pour rejoindre Londres, puis Manchester, dernière étape de l'odyssée, elle descendra sur la plage de Calais, d'où l'on aperçoit les côtes anglaises par temps clair. L'idée de The Walk, la longue marche d'Amal, est née précisément dans la "jungle" de Calais, ce campement où se sont entassés des milliers de migrants en 2015. Cette année-là, deux auteurs britanniques, Joe Murphy et Joe Robertson, y mettent sur pied un théâtre éphémère, le Good Chance Theatre, devenu le centre culturel du camp. Une pièce, The Jungle, y est créée, inspirée par des récits de migrants entendus sur place. Mise en scène par Stephen Daldry (Billy Elliot), elle est présentée à Londres, New York, San Francisco et sera maintes fois primée. L'un des personnages de la pièce est Amal, mineure isolée de 9 ans. Par la suite, l'équipe décide de faire de la gamine une marionnette géante. L'opération est confiée à l'entreprise sud-africaine Handspring Puppet, de Johannesburg. Pour donner vie à cette poupée de 3,5 mètres de haut appelée à voyager à travers la Turquie et l'Europe, trois équipes de quatre marionnettistes sont constituées. Le périple est un défi logistique: dans chaque pays, des dizaines de participants sont mis à contribution, issus d'organisations humanitaires, de mairies, de centres artistiques... "Cela a généré beaucoup de générosité et de créativité, raconte le metteur en scène palestinien Amir Nizar Zuabi, directeur artistique du projet. Nous espérons que The Walk laissera dans son sillon un réseau de milliers de personnes bienveillantes et une nouvelle manière de considérer le monde des réfugiés."