Rues plongées dans le noir, embouteillages monstres, stations de métro sans éclairage, les images ont fait le tour du monde depuis l'incident qui a frappé une zone grande comme environ deux arrondissements parisiens, dans l'ouest de Manhattan. Après s'être montrée très évasive sur les causes de la panne, la compagnie locale Con Edison, qui dispose d'un monopole à New York, a indiqué lundi que la défaillance d'une ligne à haute tension était à l'origine du problème. Le fournisseur d'énergie a expliqué que les mécanismes conçus pour isoler une défaillance de ce type n'avaient pas fonctionné, entraînant une coupure pour quelque 73.000 usagers, qui ont eu de nouveau du courant en fin de soirée.

Le maire démocrate de New York Bill de Blasio s'est dit "troublé" par cette explication alors que ConEd, dont les origines remontent à l'inventeur Thomas Edison, avait catégoriquement écarté ce scénario dans un premier temps. "Notre ville ne doit plus jamais être plongée dans le noir comme ça", a exhorté celui qui est candidat à l'investiture démocrate pour la présidentielle de 2020. Les coupures majeures restent rares. La dernière date de 2006 et la célèbre panne de 2003 n'était pas le fait de ConEd car elle a touché tout le nord-est des Etats-Unis.

Mais pour une ville qui se targue de ne jamais dormir, l'obscurité complète ne fait pas bonne impression. "Ce genre de coupure massive est complètement évitable avec les bons investissements dans notre réseau", a commenté Chuck Schumer, sénateur démocrate de l'Etat de New York, réclamant une enquête indépendante approfondie. "Ce n'est pas que Con Edison n'investit pas assez. Ils investissent trop", estime Francisco de Leon, professeur d'ingénierie à l'université de New York. "Son taux de fiabilité est très élevé." Après l'ouragan Sandy qui a frappé New York en 2012, ConEd a consacré un milliard de dollars à l'amélioration de son réseau, ce qui a permis "d'éviter des centaines de milliers de coupures", assure la compagnie dans son dernier rapport annuel.

Les leçons de Sandy

"La panne a été limitée", fait valoir Francisco de Leon et n'a touché que "quatre ou cinq" parties du réseau sur les 62 que compte la ville. "Mais cela a affecté beaucoup de gens du fait de la densité (de population) très élevée." "Ce n'est pas forcément un problème de fiabilité, mais plutôt d'adaptation", explique Richard Berkley, directeur exécutif de l'association de défense des usagers New York's Utility Project. "Parce que s'il y avait un dysfonctionnement, le système aurait dû l'isoler à un quartier" sans que cela n'en affecte d'autres. "Ca a été une des leçons de Sandy."

Même si l'incident de samedi n'est pas lié à une insuffisance de capacité car la consommation était plutôt modérée à ce moment-là, les New-Yorkais s'inquiètent néanmoins des conséquences du pic de chaleur attendu en fin de semaine, avec un sommet à 42 degrés Celsius en ressenti samedi. "ConEd est l'un des fournisseurs d'énergie les plus fiables au monde (...) mais ils ont quand même leurs problèmes", prévient M. Berkley, soulignant qu'une coupure de courant à New York présentait des conséquences plus sérieuses qu'ailleurs compte-tenu de la physionomie de la ville. "Vous avez quelque chose comme un tiers des ascenseurs au monde", dit-il. "Des milliers de gens peuvent se retrouver coincés. Et il y a aussi le métro."

L'Etat fédéral a débloqué des financements pour favoriser l'utilisation de l'intelligence artificielle et l'apprentissage automatique dans la gestion du réseau, pour augmenter la rapidité des ajustements. ConEd s'est récemment équipé de nouvelles stations mobiles pour pouvoir parer à une coupure prolongée. "Nous devons nous assurer que le système est conçu pour que cela n'arrive pas", avait prévenu samedi le gouverneur démocrate Andrew Cuomo. "Vous êtes face à un risque de chaos et à des problèmes de sécurité. Le système doit être meilleur (que ce qu'il est aujourd'hui). Point."