A l'entendre, Donald Trump n'a jamais envisagé la défaite face à Joe Biden. Et c'est pourtant ce qu'il vient d'arriver. S'il évoquait régulièrement sa vie d'avant la politique - "J'avais une vie si magnifique" - il a toujours été moins bavard sur ce à quoi pourrait ressembler celle d'après. A l'aune des quatre années écoulées, un seul scénario semble difficile à imaginer: le retrait discret et l'anonymat.

Que va faire Trump jusqu'au 19 janvier ?

Dans des circonstances normales, la période entre les élections et l'investiture d'un nouveau président est une période d'"affaires courantes" ou on s'assure que la transition se fasse de façon aussi souple que possible. Il est plus que probable que ce ne sera pas le cas ici.

Trump n'aime guère le pardon et a pour habitude de toujours se venger. Il faut donc s'attendre à quelques licenciements, notamment des directeurs du FBI et de la CIA et du docteur Anthony Fauci, le virologue qui a préféré servir la science plutôt que d'acquiescer à tout ce que disait le président.

Joe Biden ne doit pas non plus compter sur un transfert de pouvoir constructif. Avant de commencer son mandat, il se trouvera devant la tâche, immense, de trouver rapidement des personnes compétentes pour remplir la montagne de postes à pourvoir. Des postes qui ont été désertés lors du mandat ou occupés par des amis de Trump manifestement incompétents.

Va-t-il fuir le pays ?

"Imaginez que je perde", a déclaré le président américain lors d'une réunion l'autre jour, "je pourrais devoir quitter le pays. Une boutade ? Pas forcément. Il y a deux raisons pour lesquelles il pourrait effectivement quitter les États-Unis : pour échapper à l'humiliation d'avoir perdu contre "le candidat le plus faible de l'histoire", mais surtout pour éviter de finir en prison.

AFP
© AFP

Une fois la Maison-Blanche quittée, l'horizon judiciaire de Donald Trump pourrait en effet s'assombrir significativement. A New York, il est visé par deux enquêtes qui pourraient chacune lui valoir des poursuites. La première (et en même temps la menace la plus importante), pénale et initiée par le procureur de Manhattan, Cyrus Vance, vise de possibles faits de fraude fiscale, d'arnaque à l'assurance et manipulations comptables. La seconde, civile, a été lancée par la procureure de l'Etat de New York Letitia James et cherche à déterminer si la Trump Organization a menti sur la taille de ses actifs pour obtenir des prêts et des avantages fiscaux.

L'enquête sur la fraude bancaire et fiscale va encore beaucoup plus loin. Depuis des années, Trump fait systématiquement exploser ses avoirs afin d'obtenir de nouveaux prêts à des taux préférentiels auprès des banques, et de les minimiser devant les autorités fiscales.

Des documents obtenus par le journal américain The New York Times, qui ont fait l'objet d'une fuite, montrent que Trump est dans le rouge pour plus de 300 millions de dollars à la Deutsche Bank et dans une banque chinoise, alors que les autorités fiscales lui réclament 100 millions de dollars. Si l'on ajoute les honoraires des avocats, cela représente plus d'un demi-milliard de dollars. Les actifs de Trump sont estimés à 2,5 milliards, comme l'a rapporté The New Yorker la semaine dernière, mais dans quelle mesure cette estimation est-elle réelle ? Le président américain est populaire auprès de ses fans, mais très impopulaire auprès des autres. Ses hôtels et centres de villégiature ont perdu de leur popularité au cours des dernières années.

Reuters
© Reuters

Sur le plan pénal, M. Trump pourrait tout à fait accorder l'amnistie aux membres de sa famille et à ses plus fidèles associés, voire à lui-même. Ou, si nécessaire, démissionner et laisser à Mike Pence le soin de lui accorder une amnistie, comme Richard Nixon l'a fait faire à Gerald Ford. Mais cette amnistie ne s'appliquerait qu'aux questions fédérales, et non à l'enquête en cours à Manhattan.

Il ne serait pas le dirigeant à fuir quand cela sent le roussi. Au cours des 50 dernières années, Evo Morales, Victor Yanukovich ou encore Ferdinand Marcos l'on fait. Or, la situation de Trump est similaire à la leur. Ce qui fait dire à de nombreux connaisseurs de Trump qu'il pourrait fuir les États-Unis tant que cela est encore possible. Mais où irait-il ? Probablement dans un de ses hôtels à l'étranger - par exemple après une liquidation rapide d'une partie de son empire, de sorte qu'il ne manque pas d'argent de poche. Cela devrait aussi être un pays qui n'a pas de traité d'extradition avec les États-Unis. Un pays comme la Russie, par exemple, où séjourne également depuis de nombreuses années Edward Snowden. Mais Poutine voudra-t-il encore de Trump s'il n'est plus président ?, se demande De Standaard.

Sur la route, avec un camping-car ?

En juin à la Maison-Blanche il avait évoqué, dans les rires, la possibilité d'un road trip avec sa femme Melania Trump. "Peut-être que j'irai à New York par la route avec la Première dame. Je pense que je vais acheter un camping-car et voyager avec la Première dame". Dans un registre moins romantique, il s'est interrompu il y a quelques jours lors d'un meeting de campagne en Pennsylvanie pour admirer les camions garés à distance. "Jolis camions! Vous pensez que je pourrais grimper dans l'un d'eux et filer? J'adorerais ça, juste conduire et tailler la route". Lors d'un déplacement dans The Villages, la plus grande communauté de retraités en Floride, il avait évoqué une option plus paisible. "Je vais déménager dans The Villages. Ce n'est pas une mauvaise idée. Elle me plaît même beaucoup!" Ce sont là tout de même des options peu crédibles.

Une Trump TV ?

A l'heure de la reconversion, Donald Trump pourrait être de nouveau tenté par le petit écran. Si son nom comme promoteur immobilier était connu dans les années 80 et 90, c'est "The Apprentice" qui lui a permis de pousser la porte de tous les foyers américains. Co-producteur de cette émission de télé-réalité qu'il a présenté entre 2004 et 2015, il a réussi, en dépit des hauts et des bas de son empire immobilier, à projeter une image d'homme d'affaires à poigne et charismatique.

Belga
© Belga

Dans une grande salle de réunion de la Trump Tower, le magnat de l'immobilier recevait les candidats et en écartait un par émission, en usant de sa phrase devenue rituelle: "You're fired" ("Vous êtes viré !").

A plusieurs reprises depuis son arrivée à la Maison-Blanche, il a déploré le positionnement de Fox News, pas assez trumpiste à son goût. Les téléspectateurs "veulent une alternative maintenant. Et moi aussi!", tweetait-il il y a quelques mois.

2021 pourrait être l'occasion de se lancer, soit à partir d'une feuille blanche (mais l'investissement initial pourrait être prohibitif), soit à partir de chaînes existantes "amies", telles que One America News et NewsMax TV.

Retenter sa chance en 2024?

En théorie, rien n'empêcherait Donald Trump de tenter de nouveau sa chance dans quatre ans. La constitution interdit de faire plus de deux mandats, mais en faire deux non-consécutifs est une possibilité. Un seul homme a réussi ce pari: Grover Cleveland, à la fin du XIXe siècle. Elu en 1884, il fut battu en 1888, puis élu de nouveau en 1892. Il est, dans les livres d'histoire, à la fois le 22e et le 24e président des Etats-Unis. Au-delà des innombrables obstacles politiques à surmonter (le parti républicain pourrait être tenté de tourner la page du trumpisme), la question de l'âge pourrait aussi se poser. Grover Cleveland avait 56 ans début de son deuxième mandat. Donald Trump en aurait 78.

A l'entendre, Donald Trump n'a jamais envisagé la défaite face à Joe Biden. Et c'est pourtant ce qu'il vient d'arriver. S'il évoquait régulièrement sa vie d'avant la politique - "J'avais une vie si magnifique" - il a toujours été moins bavard sur ce à quoi pourrait ressembler celle d'après. A l'aune des quatre années écoulées, un seul scénario semble difficile à imaginer: le retrait discret et l'anonymat.Dans des circonstances normales, la période entre les élections et l'investiture d'un nouveau président est une période d'"affaires courantes" ou on s'assure que la transition se fasse de façon aussi souple que possible. Il est plus que probable que ce ne sera pas le cas ici. Trump n'aime guère le pardon et a pour habitude de toujours se venger. Il faut donc s'attendre à quelques licenciements, notamment des directeurs du FBI et de la CIA et du docteur Anthony Fauci, le virologue qui a préféré servir la science plutôt que d'acquiescer à tout ce que disait le président.Joe Biden ne doit pas non plus compter sur un transfert de pouvoir constructif. Avant de commencer son mandat, il se trouvera devant la tâche, immense, de trouver rapidement des personnes compétentes pour remplir la montagne de postes à pourvoir. Des postes qui ont été désertés lors du mandat ou occupés par des amis de Trump manifestement incompétents."Imaginez que je perde", a déclaré le président américain lors d'une réunion l'autre jour, "je pourrais devoir quitter le pays. Une boutade ? Pas forcément. Il y a deux raisons pour lesquelles il pourrait effectivement quitter les États-Unis : pour échapper à l'humiliation d'avoir perdu contre "le candidat le plus faible de l'histoire", mais surtout pour éviter de finir en prison.Une fois la Maison-Blanche quittée, l'horizon judiciaire de Donald Trump pourrait en effet s'assombrir significativement. A New York, il est visé par deux enquêtes qui pourraient chacune lui valoir des poursuites. La première (et en même temps la menace la plus importante), pénale et initiée par le procureur de Manhattan, Cyrus Vance, vise de possibles faits de fraude fiscale, d'arnaque à l'assurance et manipulations comptables. La seconde, civile, a été lancée par la procureure de l'Etat de New York Letitia James et cherche à déterminer si la Trump Organization a menti sur la taille de ses actifs pour obtenir des prêts et des avantages fiscaux.L'enquête sur la fraude bancaire et fiscale va encore beaucoup plus loin. Depuis des années, Trump fait systématiquement exploser ses avoirs afin d'obtenir de nouveaux prêts à des taux préférentiels auprès des banques, et de les minimiser devant les autorités fiscales.Des documents obtenus par le journal américain The New York Times, qui ont fait l'objet d'une fuite, montrent que Trump est dans le rouge pour plus de 300 millions de dollars à la Deutsche Bank et dans une banque chinoise, alors que les autorités fiscales lui réclament 100 millions de dollars. Si l'on ajoute les honoraires des avocats, cela représente plus d'un demi-milliard de dollars. Les actifs de Trump sont estimés à 2,5 milliards, comme l'a rapporté The New Yorker la semaine dernière, mais dans quelle mesure cette estimation est-elle réelle ? Le président américain est populaire auprès de ses fans, mais très impopulaire auprès des autres. Ses hôtels et centres de villégiature ont perdu de leur popularité au cours des dernières années.Sur le plan pénal, M. Trump pourrait tout à fait accorder l'amnistie aux membres de sa famille et à ses plus fidèles associés, voire à lui-même. Ou, si nécessaire, démissionner et laisser à Mike Pence le soin de lui accorder une amnistie, comme Richard Nixon l'a fait faire à Gerald Ford. Mais cette amnistie ne s'appliquerait qu'aux questions fédérales, et non à l'enquête en cours à Manhattan.Il ne serait pas le dirigeant à fuir quand cela sent le roussi. Au cours des 50 dernières années, Evo Morales, Victor Yanukovich ou encore Ferdinand Marcos l'on fait. Or, la situation de Trump est similaire à la leur. Ce qui fait dire à de nombreux connaisseurs de Trump qu'il pourrait fuir les États-Unis tant que cela est encore possible. Mais où irait-il ? Probablement dans un de ses hôtels à l'étranger - par exemple après une liquidation rapide d'une partie de son empire, de sorte qu'il ne manque pas d'argent de poche. Cela devrait aussi être un pays qui n'a pas de traité d'extradition avec les États-Unis. Un pays comme la Russie, par exemple, où séjourne également depuis de nombreuses années Edward Snowden. Mais Poutine voudra-t-il encore de Trump s'il n'est plus président ?, se demande De Standaard. En juin à la Maison-Blanche il avait évoqué, dans les rires, la possibilité d'un road trip avec sa femme Melania Trump. "Peut-être que j'irai à New York par la route avec la Première dame. Je pense que je vais acheter un camping-car et voyager avec la Première dame". Dans un registre moins romantique, il s'est interrompu il y a quelques jours lors d'un meeting de campagne en Pennsylvanie pour admirer les camions garés à distance. "Jolis camions! Vous pensez que je pourrais grimper dans l'un d'eux et filer? J'adorerais ça, juste conduire et tailler la route". Lors d'un déplacement dans The Villages, la plus grande communauté de retraités en Floride, il avait évoqué une option plus paisible. "Je vais déménager dans The Villages. Ce n'est pas une mauvaise idée. Elle me plaît même beaucoup!" Ce sont là tout de même des options peu crédibles.A l'heure de la reconversion, Donald Trump pourrait être de nouveau tenté par le petit écran. Si son nom comme promoteur immobilier était connu dans les années 80 et 90, c'est "The Apprentice" qui lui a permis de pousser la porte de tous les foyers américains. Co-producteur de cette émission de télé-réalité qu'il a présenté entre 2004 et 2015, il a réussi, en dépit des hauts et des bas de son empire immobilier, à projeter une image d'homme d'affaires à poigne et charismatique. Dans une grande salle de réunion de la Trump Tower, le magnat de l'immobilier recevait les candidats et en écartait un par émission, en usant de sa phrase devenue rituelle: "You're fired" ("Vous êtes viré !").A plusieurs reprises depuis son arrivée à la Maison-Blanche, il a déploré le positionnement de Fox News, pas assez trumpiste à son goût. Les téléspectateurs "veulent une alternative maintenant. Et moi aussi!", tweetait-il il y a quelques mois.2021 pourrait être l'occasion de se lancer, soit à partir d'une feuille blanche (mais l'investissement initial pourrait être prohibitif), soit à partir de chaînes existantes "amies", telles que One America News et NewsMax TV.En théorie, rien n'empêcherait Donald Trump de tenter de nouveau sa chance dans quatre ans. La constitution interdit de faire plus de deux mandats, mais en faire deux non-consécutifs est une possibilité. Un seul homme a réussi ce pari: Grover Cleveland, à la fin du XIXe siècle. Elu en 1884, il fut battu en 1888, puis élu de nouveau en 1892. Il est, dans les livres d'histoire, à la fois le 22e et le 24e président des Etats-Unis. Au-delà des innombrables obstacles politiques à surmonter (le parti républicain pourrait être tenté de tourner la page du trumpisme), la question de l'âge pourrait aussi se poser. Grover Cleveland avait 56 ans début de son deuxième mandat. Donald Trump en aurait 78.