Toute ressemblance avec des situations réelles n'est ni fortuite ni involontaire. Il était une fois la Veïchnoria. Cette " république séparatiste ", soutenue par la Vesbaria et la Loubinia, serait sur le point d'infiltrer des " groupes extrémistes " dans l'enclave russe de Kaliningrad et en Biélorussie " afin d'organiser des actes terroristes ". Pour les en déloger, Moscou et Minsk déploient actuellement des milliers de soldats lourdement armés aux portes de l'Europe... Tel est le scénario imaginé par l'état-major russe dans le cadre de l'exercice Zapad 2017 (" Ouest ", en russe), qui a commencé le 14 septembre pour se dérouler jusqu'au mercredi 20. Sauf que ces Etats fictifs ressemblent à s'y méprendre aux pays baltes et à la Pologne... Ces nations peuvent avoir des raisons de s'inquiéter que des forces armées se massent à leurs frontières à des fins d'exercices - c'est ainsi que la Russie est entrée en Géorgie en 2008 et a annexé la Crimée en 2014 -, même si les internautes biélorusses ont tourné en dérision ces jeux de guerre, en dotant la Veïchnoria d'un drapeau, d'un hymne et d'une histoire factice, écrite sur une fausse page Wikipédia. Sur de pseudo-comptes Twitter, ils clament fièrement leur soutien à cette république qu'ils rêvent démocratique et sans chômage - alors que la Biélorussie est dirigée d'une main de fer par Alexandre Loukachenko et satellisée par la Russie.
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Toute ressemblance avec des situations réelles n'est ni fortuite ni involontaire. Il était une fois la Veïchnoria. Cette " république séparatiste ", soutenue par la Vesbaria et la Loubinia, serait sur le point d'infiltrer des " groupes extrémistes " dans l'enclave russe de Kaliningrad et en Biélorussie " afin d'organiser des actes terroristes ". Pour les en déloger, Moscou et Minsk déploient actuellement des milliers de soldats lourdement armés aux portes de l'Europe... Tel est le scénario imaginé par l'état-major russe dans le cadre de l'exercice Zapad 2017 (" Ouest ", en russe), qui a commencé le 14 septembre pour se dérouler jusqu'au mercredi 20. Sauf que ces Etats fictifs ressemblent à s'y méprendre aux pays baltes et à la Pologne... Ces nations peuvent avoir des raisons de s'inquiéter que des forces armées se massent à leurs frontières à des fins d'exercices - c'est ainsi que la Russie est entrée en Géorgie en 2008 et a annexé la Crimée en 2014 -, même si les internautes biélorusses ont tourné en dérision ces jeux de guerre, en dotant la Veïchnoria d'un drapeau, d'un hymne et d'une histoire factice, écrite sur une fausse page Wikipédia. Sur de pseudo-comptes Twitter, ils clament fièrement leur soutien à cette république qu'ils rêvent démocratique et sans chômage - alors que la Biélorussie est dirigée d'une main de fer par Alexandre Loukachenko et satellisée par la Russie. Du côté occidental, en revanche, l'heure n'est pas à la plaisanterie. Car les effectifs déployés, eux, sont bien concrets, bien que leur nombre reste un mystère. Officiellement, selon Moscou, 12 700 militaires (7 200 Biélorusses et 5 500 Russes) participent à ces manoeuvres, tandis que Minsk a évoqué le chiffre de 13 800 soldats. Des unités du ministère de l'Intérieur, de la garde nationale et du FSB (les services de renseignement russes) sont mobilisées. Aucun expert ne peut dire si des unités spécialisées dans les cyberattaques sont de la partie - elles relèvent du secret défense. Selon le ministère lituanien de la Défense, cependant, ces manoeuvres pourraient mobiliser jusqu'à 100 000 hommes - ce qui ferait d'elles potentiellement l'un des exercices les plus importants de l'après-guerre froide. Cette bataille de chiffres est loin d'être neutre : le Document de Vienne de l'Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe (OSCE) oblige, en effet, ses membres à inviter des observateurs étrangers au-delà de 13 000 hommes déployés. " La Russie peut tricher en décomposant l'exercice en plusieurs manoeuvres ", note un expert de l'Otan. A la fin d'août, le secrétaire général de l'Alliance atlantique, Jens Stoltenberg, a ainsi appelé la Russie à respecter ses obligations de transparence en vertu de cet accord. Trois spécialistes seront ainsi présents, mais au cours d'une seule journée destinée aux " visiteurs de haut rang ". Les Biélorusses, eux, ont invité des représentants de sept pays (dont l'Ukraine et les pays baltes) pour une durée de cinq jours sur les sept prévus. Il n'en reste pas moins que l'Otan comme les armées occidentales vont déployer tous leurs capteurs pendant l'exercice, mais aussi après celui-ci. " Il faudra un peu de temps pour évaluer ce qui relève de la gesticulation et des effets militaires recherchés ", note un spécialiste du renseignement. La Lituanie, par exemple, craint que ces mouvements ne camouflent un stationnement permanent de troupes sur le flanc oriental de l'Alliance. L'opération pourrait jouer le rôle de " cheval de Troie ", a abondé le général Ben Hodges, patron des troupes américaines en Europe, laissant entendre que les Russes pourraient ensuite laisser des hommes et des équipements sur place en Biélorussie. Mais Loukachenko, dont les relations avec le président russe, Vladimir Poutine, sont plutôt tendues ces temps-ci, n'en voudrait pas. Quoi qu'il en soit, le défi lancé à l'Occident se révèle déjà payant. " Tout exercice militaire russe de grande ampleur aux frontières de l'Europe est un événement politique majeur, même si les intentions sont bénignes, souligne Bruno Tertrais, directeur adjoint de la Fondation pour la recherche stratégique. Le fait qu'on en parle depuis six mois en Europe, qu'il inquiète les pays baltes et qu'il force l'Otan à examiner sa posture de réaction produit des effets bénéfiques pour la Russie. Cela va dans le sens recherché par Moscou : impressionner et intimider - non seulement les pays étrangers, mais aussi la population russe. " Sur le plan intérieur, Poutine a construit sa légitimité en défendant la Russie face à des adversaires extérieurs. La modernisation de son outil de défense est l'instrument de cette politique. Toutes les armées effectuent des manoeuvres - qui privilégient souvent les états-majors. Le ministère de la Défense russe, lui, organise des activités qui tournent à la démonstration de force, réunissant plusieurs dizaines de milliers de soldats. Elles ont lieu alternativement dans les quatre régions militaires du pays : Vostok (Est) 2014, Centre 2015, Kavkaz (Caucase) 2016 et Zapad 2017. Planifié tous les quatre ans depuis 2009 - le premier remonte à 1999, après l'intervention de l'Otan contre la Serbie lors de la guerre du Kosovo -, Zapad est le plus sensible, en raison de sa proximité directe avec l'Europe. " En 2013, la Russie a prétendu qu'il s'agissait de lutter contre le terrorisme, mais, dans les faits, l'exercice visait déjà l'Otan, avance Kalev Stoicescu, chercheur au Centre international pour la défense et la sécurité à Tallinn (Estonie). On ne combat pas des petits groupes terroristes avec les bombardiers stratégiques et des chars lourds. " Cette année, les belligérants prennent moins de précautions. " Nous sommes dans une nouvelle guerre froide, souligne Alexander Golts, un expert russe indépendant. Zapad 2017 intervient après l'annexion de la Crimée. Pour la première fois, l'exercice prévoit ouvertement une confrontation avec l'Otan. La Russie veut montrer qu'elle est prête à y faire face. " Tandis que le ministère russe de la Défense parle d'exercices " purement défensifs " contre des " ennemis imaginaires ", le chef de l'armée biélorusse n'a pas caché, en effet, que le scénario envisageait une tentative de déstabilisation d'une " coalition de pays de l'Ouest ", en citant explicitement la Pologne, la Lituanie et la Lettonie. " La manoeuvre prévoit le renforcement de la région de Kaliningrad, des rotations aéronavales en mer Baltique et l'avancée d'une armée blindée en Biélorussie, décrypte un expert de l'Otan. Cela ressemble beaucoup à une simulation d'isolement des pays baltes du reste de l'Europe ! Vu de Russie, le temps semble venu de tester la solidité du dispositif allié à leur égard. " Depuis la crise ukrainienne, on assiste à une militarisation croissante de cette partie du monde. A la demande de ses membres voisins de la Russie, qui se sentent menacés, l'Alliance atlantique renforce peu à peu son flanc oriental. Des avions de chasse assurent la police du ciel, et quatre bataillons multinationaux d'environ 1 000 soldats ont été déployés cette année dans chacun des pays baltes et en Pologne. En prévision de Zapad 2017, les Etats-Unis, qui disposent de 3 500 soldats en Pologne depuis janvier, ont envoyé sept avions chasseurs bombardiers F-?35 de plus et près de 600 parachutistes. A peine élu, Donald Trump avait émis des doutes sur le soutien américain en cas d'agression d'un pays balte - ce qui avait choqué les membres de l'Alliance. Le président des Etats-Unis a, depuis, corrigé le tir. De son côté, la Russie a installé, en 2016, dans son enclave militarisée de Kaliningrad, située entre la Pologne et la Lituanie, des missiles Iskander, dont on sait qu'ils peuvent porter des ogives nucléaires. L'exercice prévoit-il aussi d'effectuer des simulations de frappes nucléaires, comme en 2009 ? En 2013, un autre exercice avait pris la Suède pour cible. " A l'époque, cela avait beaucoup inquiété l'Alliance, qui avait perçu et qualifié cet acte comme agressif, rappelle le général Jean-Paul Paloméros, alors patron du commandement allié chargé de la transformation au sein de l'Otan. La Russie s'en était défendue. Conformément aux traités en vigueur, l'emploi d'armements nucléaires à des fins tactiques a été éliminé de la doctrine de l'Alliance. " Le chercheur Bruno Tertrais constate, néanmoins, que, " au cours des quinze dernières années, la place du nucléaire a été réduite dans la doctrine officielle et dans les exercices. C'est sans doute parce que les Russes ont modernisé leur armée, désormais plus efficace. Ce qui rend le recours au nucléaire moins nécessaire. " Cette année, Zapad doit officiellement mobiliser près de 70 avions et hélicoptères, 680 véhicules de combat, dont 250 chars, ainsi que 200 pièces d'artillerie et une dizaine de navires de la flotte de la Baltique. Les risques d'incidents sont réels. Des provocations sont aussi possibles. A la fin d'août, les pilotes de l'Alliance ont intercepté à quatre reprises des aéronefs russes approchant les pays baltes, dont un bombardier et sept avions de chasse. En 2016, des marins américains de l'USS Donald Cook ont publié sur YouTube des vidéos de chasseurs russes survolant à très basse altitude leur navire, comme s'ils simulaient une attaque... Après des années marquées par les guerres irrégulières, assiste-t-?on au retour des affrontements conventionnels, bloc contre bloc ? Par Romain Rosso, avec Alla Chevelkina.