1800 universitaires, parlementaires, membres de think tanks, journalistes, en provenance de 75 pays, invités tous frais payés, et une armée de communicants, dont quelques Européens : avec le 18e forum international de Doha, le richissime Qatar a mis le paquet pour passer le message qu'il n'est pas déconnecté du monde, malgré le blocus imposé par voisins, mais aussi qu'il est devenu vertueux : non, il ne soutient pas le terrorisme, oui, il est pour la paix et le dialogue. La preuve, l'émirat vient de signer un chèque de 500 millions de dollars pour soutenir les programmes de l'ONU.
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1800 universitaires, parlementaires, membres de think tanks, journalistes, en provenance de 75 pays, invités tous frais payés, et une armée de communicants, dont quelques Européens : avec le 18e forum international de Doha, le richissime Qatar a mis le paquet pour passer le message qu'il n'est pas déconnecté du monde, malgré le blocus imposé par voisins, mais aussi qu'il est devenu vertueux : non, il ne soutient pas le terrorisme, oui, il est pour la paix et le dialogue. La preuve, l'émirat vient de signer un chèque de 500 millions de dollars pour soutenir les programmes de l'ONU.Durant deux journées à l'organisation parfaite, les panels d'orateurs se sont succédé sur la scène avec un cérémonial digne des Jeux Olympiques. Diplomatie, dialogue et diversité étaient les maîtres-mots de ces discussions sur des thèmes aussi divers que la justice internationale, la guerre au Yémen, le populisme et la désinformation, la géopolitique des ressources ou les perspectives financières d'un monde que secrétaire général de l'ONU, dans le discours de clôture, a qualifié de "chaotique". La situation interne de l'émirat, loin d'être une démocratie, n'a toutefois jamais été évoquée.Diabolisé par les autres monarchies pétrolières, qui l'accusent de soutenir la confrérie des Frères musulmans, le Qatar a choisi de mettre en avant ses alliés de l'heure : la Turquie et l'Iran, qui ont dépêché à la tribune leurs chefs de la diplomatie - l'affaire Kashoggi, du nom de ce journaliste saoudien exécuté et dépecé dans le consulat saoudien à Istanbul, a été abdondamment commentée -, et la Russie, dont le "l'évolution du rôle global" a fait l'objet d'une session entière.Le temps le plus fort aura été le témoignage de la prix Nobel de la Paix 2018, Nadia Murad, une femme yézidi qui a été esclave sexuelle de Daech en Irak. "Il en reste 3 200 entre leurs mains", a-t-elle déclaré, tout en espérant que les pays arabes "feront davantage pour éradiquer l'extrémisme religieux, que beaucoup de religieux promeuvent". Et cela en plein Qatar... En lui donnant la parole, c'était aussi une façon subtile pour l'émirat de se blanchir des accusations de soutien aux groupes terroristes.Outre l'émir du Qatar, la personnalité présente de rang le plus élevé a été le président de... l'Equateur, Lenin Moreno. Dans un discours très littéraire, il a réussi à évoquer Sartre, Borgès et Frantz Fanon face à un public médusé. L'homme se déplace en chaise roulante depuis qu'une blessure par balle lors d'un vol à main armée en 1998 l'a rendu paraplégique.Les partenaires étrangers du Forum étaient l'European Council on Foreign Relations, l'International Crisis Group et la Munich Security Conference. Pour les questions de contenu, le club de discussion Valdei (basé à Moscou), le Rand Corporation et le Centre international pour l'étude de l'extrémisme violent (ISCVE), tous deux basés aux Etats-Unis, étaient en tête de liste. Sans oublier les institutions qataries, dont la chaîne Al Jazeera.