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Ce qu'a dit Abdeslam sur son passé

Il s'est lui-même décrit comme un enfant "calme", un "bon élève": au procès des attentats jihadistes qui ont frappé à Paris le 13 novembre 2015, la cour d'assises spéciale de Paris a commencé à interroger mardi le principal accusé, Salah Abdeslam, sur sa trajectoire de vie avant la tuerie.

Plus d'informations.

"L'homme au chapeau", l'ami d'Abdeslam

Après Salah Abdeslam, la cour examinera mardi la personnalité de son ami d'enfance Mohamed Abrini, "l'homme au chapeau" des attentats de Bruxelles en mars 2016.

Depuis le début du procès, on ne l'a entendu qu'une seule fois parler spontanément, quand il s'est plaint des "contraintes" de sécurité imposées selon lui par les gendarmes.

"J'ai envie de parler avec mon pote", Salah Abdeslam, avait éructé Mohamed Abrini, en pleine audition de rescapés du Bataclan. "Ça fait six ans que j'ai pas vu mon pote, je lui parle. Je lui parle quand je veux", avait-il insisté.

Il s'était fait reprendre par la cour, qui a depuis décidé de séparer les deux hommes jusqu'à alors côte-à-côte dans le box.

Retour sur le parcours et la personnalité des accusés

La cour commencera mardi midi avec le principal accusé et le plus volubile d'entre eux: Salah Abdeslam. "C'est une étape incontournable et essentielle du procès", remarque Adrien Sorrentino, l'un des avocats de la défense. L'examen des parcours des accusés - personnalité, histoires familiales, scolaires, professionnelles et éventuellement passé judiciaire - permet notamment "l'appréciation de la peine qui pourrait être prononcée", poursuit Me Sorrentino.

Seules quatre journées sont consacrées à la personnalité des 14 accusés. "A première vue, cela nous paraît court", estiment Olivia Ronen et Martin Vettes. "On peut également s'interroger sur la décision d'exclure l'aspect religieux de cet interrogatoire de curriculum vitae, alors même qu'elle fait partie intégrante de la personnalité" de Salah Abdeslam. Le Franco-Marocain, aujourd'hui âgé de 32 ans, ne sera pas non plus questionné sur les crimes terroristes qui lui sont reprochés et pour lesquels il encourt la perpétuité. Cela n'interviendra qu'à partir de janvier.

Dès le premier jour du procès, le 8 septembre, il s'était présenté comme un "combattant de l'État islamique". Salah Abdeslam, incarcéré à l'isolement total et sous vidéosurveillance constante depuis cinq ans et demi, s'était ensuite octroyé la parole pour dénoncer ses conditions de détention.

Le 15 septembre, invité par le président de la cour Jean-Louis Périès à faire une déclaration "succincte" résumant sa position sur les faits, Salah Abdeslam avait glacé la salle d'audience: "On a visé la France, des civils, mais il n'y avait rien de personnel". Il avait blâmé les "avions français qui ont bombardé l'État islamique, les hommes, les femmes, les enfants". "François Hollande savait les risques qu'il prenait en attaquant l'État islamique en Syrie", avait asséné le principal accusé.

Le procès entre dans une nouvelle phase

La cour a clos vendredi cinq semaines de dépositions de parties civiles, qui ont plongé tous les acteurs du procès dans l'horreur et la réalité crue des attaques qui causent encore des blessures indélébiles. "Il s'agissait là d'une étape importante de ce procès. Durant ces cinq semaines, Salah Abdeslam était présent chaque jour à l'audience, a entendu chacune des parties civiles, et nous étions à ses côtés pour écouter ces douloureux récits", soulignent ses avocats Olivia Ronen et Martin Vettes.

A l'exception du seul membre encore en vie des commandos qui ont fait 130 morts et des centaines de blessés, qui s'est à plusieurs reprises adressé aux parties civiles qui déposaient à la barre, justifiant les attentats, les 13 autres accusés ont semblé comme absents de cette longue séquence.

Dans le box, seuls deux hommes, accusés à des degrés divers d'avoir participé à la préparation des attaques, ont manifesté leur "compassion" avec les parties civiles, protestant également de leur innocence. "Très sincèrement, j'en peux plus. Je suis très peiné par tout ce que j'ai entendu", a lancé le 30 septembre Yassine Atar, le frère d'Oussama Atar, vétéran du djihad soupçonné d'avoir coordonné les attentats depuis la Syrie. Deux semaines plus tard, c'est Farid Kharkhach qui a demandé la parole. "Ces témoignages sont bouleversants. Ils me font saigner le coeur. (...) Je veux préciser qu'on est contre cette idéologie, je ne suis pas un terroriste".

Avec l'examen de la personnalité des quatorze accusés présents - six autres, dont cinq sont présumés morts, sont jugés par défaut - le procès entre dans une nouvelle phase.

"L'effet Tchernobyl": les proches, eux aussi victimes

"Depuis le 13-Novembre, je suis seulement en survie", dit d'une voix éteinte Nelly, la mère de Gilles, un jeune fleuriste de 32 ans, assassiné au Bataclan. "Je ne suis plus dans ce monde", ajoute la femme aux cheveux blancs venue témoigner vendredi à la barre de la cour d'assises spéciale de Paris. "Je n'y arrive pas, je n'y arrive plus", dit-elle, accablée. Nelly est venue avec sa fille Alexandra mais sans son mari. Après la mort de Gilles, il a développé un cancer.

La cour a résonné vendredi d'histoires similaires.

Un autre père de victime, Alfio, qui devait témoigner ce vendredi a renoncé. "Mon père a été gagné par la tristesse", explique Charles, son fils et frère de Pierre, tué au Bataclan.

Mayeul était juriste et a été tué lui aussi dans la salle de spectacles. Il venait de fêter ses 30 ans. Anaïs sa soeur, Noémie sa belle-soeur, Vianney son frère, Chloé sa compagne ont rappelé à la barre quelle "belle personne" Mayeul était mais, au-delà de ces souvenirs poignants, ils ont évoqué les ravages causés par les attentats dans les familles endeuillées.

"Il y a eu un effet Tchernobyl des attentats", avance l'avocat Jean Reinhart venu soutenir la famille de Mayeul à la barre. Certains proches de victimes sont morts de chagrin ou ont développé des cancers.

Quand il a fallu annoncer la mort de Mayeul à leur mère, Odile, "elle s'est littéralement effondrée", raconte Anaïs le souffle court. "Maman était forte et digne. Mais quelque chose s'était brisée en elle. Elle a été rattrapée par un cancer. Elle s'est éteinte en 2018, elle souffrait trop", poursuit Anaïs. "Pour les médecins c'était clair que son cancer était lié à la mort de Mayeul", dit-elle.

"J'ai fait le mort pendant deux heures"

Cédric a "fait le mort pendant deux heures". "J'ai essayé de fusionner avec le sol", résume cet ancien chauffeur-livreur de 41 ans, un tee-shirt noir et larges tatouages. Ce soir-là, tout est allé "très très vite". Ce qui ressemble à un "crac" ou des "pétards", une foule qui "tombe", des assaillants qui rechargent leurs armes.

"Ils nous tiraient comme des lapins, dès qu'un téléphone sonnait ou que quelqu'un criait à l'aide", insiste Cédric. De ce méthodique massacre, il garde une jambe droite piétinée qui ne peut "plus courir", la "culpabilité d'être vivant". Et puis "toutes ces images". Celles de cette "personne s'étouffant dans son sang", celle qui est morte en le fixant des yeux, ceux sur lesquels "il a fallu marcher" pour sortir.

Cédric interpelle le box des accusés: "messieurs qui avez fait le djihad, est-ce que vous avez vu des gens mourir en les regardant dans les yeux?". "Vous nous avez attaqués, mais nous sommes innocents, non armés. Vous êtes en colère contre un État, pourquoi nous?" Le président de la cour Jean-Louis Périès intervient alors, pour rappeler que les accusés "bénéficient de la présomption d'innocence".

"On était complètement impuissants, à ne pas savoir si on allait se prendre la prochaine balle ou pas"

Au début du concert, Jean-Marc se dirigeait vers la sortie pour fumer une cigarette quand il entend des "sons bruyants" et se trouve "nez-à-nez avec les trois assaillants", qui "tirent en rafale".

"J'ai vu des personnes autour de moi recevoir des balles, tout le monde s'est mis à hurler, tombant soit parce qu'elles étaient touchées, soit par l'effet de mouvement", décrit Jean-Marc, 40 ans, sweat à capuche sous une veste en jean. Tout au long de sa déposition, sa voix ne cesse de trembler.

"Au sol, prostré, sans possibilité de fuir", il reste "face contre terre", avec "le sentiment d'être complètement à découvert, à la merci des tireurs". Il a "le son, pas l'image". Sauf "les pieds" d'un djihadiste, tout près de son visage. "J'ai senti les douilles tomber sur ma tête".

"On était complètement impuissants, à ne pas savoir si on allait se prendre la prochaine balle ou pas. C'est tellement inhumain. Ça a été pensé pour laisser des traces indélébiles", souligne Jean-Marc, un soupçon de colère dans la voix. Il fera "le mort jusqu'à la fin de l'attaque". C'est en relevant la tête qu'il mesure "l'ampleur du massacre". "Un policier a dû me hurler dessus pour me faire sortir."

"On a envie d'entrer dans la terre"

Ce vendredi soir-là, Irmine assiste au concert du groupe Eagles of Death Metal avec son ami Fabian. Ils sont près de l'entrée, elle "en noir", lui en "imper blanc" derrière elle, tient à préciser la quinquagénaire à la barre de la cour d'assises spéciale de Paris. Fabian ne survivra pas aux premiers tirs d'un long carnage qui fera au total 90 morts.

Dès le début de l'attaque, Irmine entend "un homme d'une voix assez aiguë, presque juvénile, sans accent, crier: la France n'a rien à faire en Syrie, puis Le premier qui bouge, je le tue".

"On a envie d'entrer dans la terre", confie la femme de 55 ans, tailleur noir strict et carré grisonnant, première partie civile à livrer son récit de l'attaque du Bataclan. La salle de spectacles est plongée dans "l'obscurité", elle devient pour Irmine "un gouffre, un trou noir" où les "corps sont indiscernables".

Au bout d'"une demi-heure peut-être", le chef de la sécurité de la salle, "Didi", lance "d'une voix ferme: sortez vite, ils sont en train de recharger leurs armes", se souvient Irmine.

Sur le chemin de la sortie, elle voit "l'imperméable, les jambes, les chaussures de Fabian", sa "tête méconnaissable". Elle essaie de le "tirer vers l'arrière", en vain dit-elle. "Les mains pleines de sang", Irmine est d'abord recueillie chez des riverains, elle semble "aller bien". "J'ai eu beaucoup de chance: les balles m'ont traversée la poitrine, mais superficiellement".

Environ 350 parties civiles ont demandé à témoigner

"Environ 350" parties civiles - rescapés des attaques et proches des victimes - ont demandé à témoigner, a rappelé le président Jean-Louis Périès avant de donner le coup d'envoi de cinq semaines d'auditions. Il a souhaité "qu'on évite, dans la mesure du possible, les redites à la barre".

Le président de l'association de victimes Life for Paris, Arthur Dénouveaux, rescapé de la salle de concert du Bataclan, a souligné que "le travail de préparation auprès des victimes a été de leur dire: Ce qui vous intéresse, c'est de dire ce que vous avez vécu, sans vous préoccuper des autres. C'est comme ça que cela aura du sens".

Au total, plus de 2.200 personnes se sont constituées parties civiles à ce procès, qui juge depuis le 8 septembre et pour environ neuf mois vingt accusés, dont le seul membre encore en vie des commandos Salah Abdeslam.

>> Lire aussi: Jean-Louis Périès, le juge aux nerfs d'acier (portrait)

"Je garde en moi l'explosion, le bruit et l'odeur"

La cour a commencé à entendre mardi après-midi les témoignages des victimes du Stade de France, aux abords duquel trois kamikazes se sont fait exploser, faisant un mort. "Un kamikaze s'est fait exploser devant nous. Je garde en moi l'explosion, le bruit et l'odeur (...) J'ai été choqué par ce tronc humain coupé en deux, ces morceaux de chair un petit peu partout", a déclaré, tremblant à la barre, un retraité de la gendarmerie, Pierre, toujours "traumatisé".

Le soir des attentats, il patrouillait avec des collègues devant le stade où se jouait une rencontre amicale de football. En "33 ans de carrière", Philippe, major de gendarmerie à la retraite, a assuré n'avoir jamais connu un tel "choc".

"Gendarmes, policiers, pompiers, on est tous formés (...) Quand on est appelé pour une intervention, on se prépare sur le trajet. (Mais) on n'est pas formé à voir un kamikaze", at-il expliqué.

Entre "culpabilité du survivant" et peur de craquer

Me Gérard Chemla représente 130 victimes, dont une quinzaine ont fait le choix de témoigner. Il a travaillé avec elles sur les "principaux freins à l'expression": la "culpabilité du survivant", la crainte de "n'avoir rien de particulier à dire"" et la "peur de craquer".

"Avoir des émotions, qui prennent parfois le dessus, pleurer publiquement, ce n'est pas une déchéance", a dit Me Chemla à ses clients.

Tous ont en tête le principal accusé, seul membre encore en vie des commandos, Salah Abdeslam qui, depuis l'ouverture des débats, ne s'est pas gêné pour prendre la parole. Si Marie, 37 ans, rescapée du Bataclan, veut lui adresser "(sa) colère, (sa) culpabilité", Edith Seurat, elle, se "désintéresse énormément" des accusés, mais veut "faire attention" pour les proches des victimes, qui depuis la salle d'audience "essaient de reconstruire une histoire d'un lieu où ils n'étaient pas".

Témoigner, un exercice difficile

Le président de la cour d'assises spéciale a prévu d'entendre une quinzaine d'entre eux chaque jour. D'abord ceux qui étaient autour du Stade de France, en banlieue parisienne, puis ceux des terrasses, et enfin ceux de la salle de concert du Bataclan, pendant près de quatre semaines.

L'exercice s'annonce difficile: seul au pupitre face aux magistrats, devant les bancs du public. "Je suis complètement terrorisée", sourit Edith Seurat, 43 ans. Au départ, elle ne voulait pas raconter ce qu'elle avait vécu au Bataclan. "Ça a déjà été dit 1.000 fois".

Puis, elle est venue au palais de Justice - c'était la première fois qu'elle assistait à un procès -, a découvert la solennité de l'audience, a entendu les récits des enquêteurs, "tous différents". "Peut-être que j'avais sous-estimé l'importance d'un témoignage, et peut-être que je me concentrerai plus sur ce que j'ai pu voir, pu entendre".

La parole aux victimes

Mettre des mots personnels sur l'horreur et raconter leurs vies bouleversées: après les enquêteurs, c'est désormais aux victimes de venir témoigner au procès des attentats du 13 novembre 2015 en France, à partir de mardi et pour cinq semaines.

"Je veux faire face. Ça fait partie de mon travail de reconstruction", explique Marko, 31 ans. "Je veux affronter ces personnes, qu'ils voient qui sont les victimes". Le 13 novembre 2015, il était attablé au bar La Belle équipe, à Paris, avec une bande d'amis. L'un d'eux compte parmi les 39 personnes tuées sur les terrasses de la capitale française.

Comme Marko, ils seront environ 300 - rescapés des attaques qui ont fait 130 morts à Paris et en banlieue, et proches des victimes - à s'avancer à la barre de l'immense salle d'audience construite spécialement pour le procès.

Les autres accusés s'expriment

A part Salah Abdeslam, qui justifie les attentats par l'intervention de la France en Syrie pour lutter contre le groupe État islamique, tous les autres accusés ont, à défaut de nier toute participation, minimisé leur implication. Beaucoup ont dit un mot pour les victimes.

"Je reconnais ma participation aux attentats", a ainsi indiqué Mohamed Abrini, accusé d'avoir été chercher Salah Abdeslam à Paris,. "Je ne suis pas Oussama Atar. Dans ce malheur qui a touché la France, je ne suis pas le commanditaire ni le cerveau des opérations." Celui qui est accusé d'avoir financé et fourni des armes pour les attaques a dit vouloir "répondre aux questions que les gens pourraient se poser"."On m'a collé une étiquette de terroriste, je ne suis pas un terroriste", a insisté Mohammed Amri.

Ambiance lourde au procès

Le président de la cour d'assises spéciale a donné la parole à chacun des 14 accusés présents afin qu'ils fassent une "déclaration spontanée", "succinte", sur les faits qui leur sont reprochés.

Un silence de plomb régnait dans la grande salle d'audience pendant que les accusés parlaient tour à tour au micro. Salah Abdeslam, seul membre encore en vie des commandos qui ont fait 130 morts et des centaines de blessés à Saint-Denis et Paris, a pris la parole en dernier.

"Le minimum, c'est de dire la vérité, on dit souvent que je suis provocateur, mais ce n'est pas vrai, je veux être sincère", a aussi déclaré Salah Abdeslam, qui a 32 ans ce mercredi, assurant que "le but n'est pas de blesser".

Sur les bancs des parties civiles, certains se sont mis à pleurer, d'autres se soutenaient les uns les autres, d'autres encore sont restés prostrés, semblant accuser le coup.

Abdeslam justifie les attentats par l'intervention militaire de la France contre l'EI

"On a visé la France, la population, les civils mais on n'a rien de personnel contre ces gens-là", a déclaré Salah Abdeslam. "On a visé la France et rien d'autre."

"Les avions français qui bombardent l'État islamique ne font pas la distinction entre l'homme, la femme et les enfants", poursuit-il, affirmant avoir voulu "faire subir à la France la même douleur que nous subissons".

L'accusé met en cause l'ancien président de la République François Hollande. "Quand il a pris la décision d'attaquer l'État islamique, il savait que sa décision comportait des risques", affirme-t-il. "Il savait que des Français et des Françaises allaient rencontrer la mort."

"Le but n'est pas de remuer le couteau dans la plaie mais d'être sincère", a-il ajouté d'un ton calme, assurant que les attentats étaient une réponse aux "bombardements français sur l'Etat islamique" en Syrie.

Les tombes de 3 assaillants brièvement identifiables à Bruxelles

L'emplacement des tombes de trois membres des commandos des attentats perpétrés le 13 novembre 2015 à Paris, enterrés à Bruxelles, a pu être localisé pendant quelques jours sur une base de données, avant que cette "erreur" ne soit rectifiée, a-t-on appris auprès du cimetière.

Les tombes de deux kamikazes - Brahim Abdeslam, frère de Salah, et Bilal Hadfi - ainsi que celle de Chakib Akrouh, qui s'est fait exploser le 18 novembre lors de l'assaut policier à Saint-Denis en banlieue parisienne, ont été anonymisées pour éviter d'éventuels incidents ou qu'elles ne deviennent des lieux de recueillement, au cimetière multiconfessionnel de Bruxelles. Mais pour éviter les files d'attente des visiteurs à la recherche de la sépulture d'un proche, le gardien du cimetière a récemment mis en ligne une base de données pour faciliter leur localisation.

"J'ai voulu rendre service à la population. Quand je me suis rendu compte que j'avais fait une erreur (en oubliant de supprimer les tombes des trois jihadistes), elle a été rectifiée dans les deux heures", a expliqué à l'AFP Ludo Beckers, interrogé sur cette information de la radio-télévision publique francophone RTBF. Selon lui, la base de données contenant l'erreur a été mise en ligne "deux/trois jours maximum" avant la rectification intervenue à la fin de la semaine dernière.

Il a tenu à souligner que le cimetière n'avait été le théâtre d'aucun incident depuis que les trois hommes y ont été enterrés, et pas davantage pendant la courte période où leurs noms étaient visibles. "Il ne s'est jamais rien passé", a affirmé M. Beckers.

Sanglots, têtes baissées… La lecture du rapport ravive la douleur

"Dans la soirée du vendredi 13 novembre 2015, trois équipes, chacune composée de trois hommes, attaquaient différents lieux de la région parisienne"... Dans la salle d'audience de la cour d'assises spéciale de Paris le silence s'est fait lourd quand le président a commencé à lire son rapport sur les attentats du 13-Novembre.

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La soirée funeste décortiquée: 9h de lecture et des zones d'ombre

Que s'est-il exactement passé le soir du 13 novembre 2015 ? Vendredi, au troisième jour du procès des attentats les plus meurtriers ayant jamais frappé la France, la cour d'assises spéciale de Paris tentera de dérouler l'enchaînement de la tragédie.

Le président Jean-Louis Périès a prévu de lire son rapport résumant les 542 tomes du dossier. Selon une source judiciaire, la lecture pourrait durer neuf heures.

Il va s'employer à détailler les événements et préciser autant que faire se peut les zones d'ombre qui demeurent.

Les enquêteurs - jusqu'à 1.000 au début de l'enquête - et les cinq magistrats antiterroristes saisis avaient rapidement établi que les attentats avaient été coordonnés depuis la Belgique. Ils ont aussi identifié leur commanditaire en Syrie: Oussama Atar, un Belge surnommé "Abou Ahmad al-Iraki", membre important de l'EI, vraisemblablement mort en 2017 dans une frappe de la coalition en zone irako-syrienne.

Le président parlera devant les victimes - on compte plus de 1.800 parties civiles - qui attendent enfin que justice soit rendue.

Sur le banc des accusés, 14 hommes seront aussi attentifs, ou prêts à se faire remarquer comme l'a fait depuis l'ouverture du procès Salah Abdeslam, au grand dam des parties civiles, choquées par son attitude.

Quasi mutique durant toute l'instruction, le Franco-Marocain de 31 ans, seul membre des commandos encore en vie, a revendiqué haut et fort son appartenance à l'EI. "J'ai délaissé toute profession pour devenir un combattant de l'État islamique", a lancé Salah Abeslam, accusé de complicité de crimes terroristes et qui encourt la perpétuité.

Jeudi, il a récidivé en lançant une nouvelle diatribe. "Je ne cautionne pas votre justice", a-t-il clamé.

Jean-Louis Périès s'est engagé à faire du procès "historique" et "hors norme" du 13-Novembre, un procès exemplaire, dans "le respect de la norme, des droits de chacun, à commencer par les droits de la défense".

Face aux provocations d'Abdeslam, il a répondu jusqu'à présent avec un calme non dénué de détermination, n'entendant pas qu'il confisque la parole. "M. Abdeslam, vous avez eu cinq ans pour vous exprimer (devant les juges d'instruction français, ndlr), vous n'avez pas voulu le faire et c'est votre droit le plus strict. J'entends aujourd'hui que vous allez le faire et c'est très bien, mais ce n'est pas le moment" encore, lui a-t-il dit, jeudi, avant de lui couper le micro.

Le procès est prévu pour durer neuf mois.

"On sort du débat, M. Abdeslam"

Déjà très vindicatif la veille, le seul survivant des commandos qui ont fait 130 morts et des centaines de blessés à Paris et Saint-Denis en 2015, s'est invité dans les débats qui venaient à peine de reprendre sur la recevabilité de certaines parties civiles.

"Est-ce que les victimes qu'il y a eu en Syrie et en Irak, est-ce qu'elles pourront prendre la parole?", a vitupéré Salah Abdeslam, cheveux sombres coiffés en arrière, vêtu d'un pull blanc rayé de couleurs. "On sort du débat, M. Abdeslam", l'a coupé une première fois le président de la cour, Jean-Louis Périès. "Ne soyez pas égoïste, Monsieur", a rétorqué l'accusé de 31 ans. "Il y a d'autres personnes ici qui veulent m'écouter", a ajouté Salah Abdeslam

"Ils m'ont rendu des services": Abdeslam dédouane trois de ses coaccusés

Salah Abdeslam, seul membre encore en vie des commandos ayant frappé la France le 13 novembre 2015, a de nouveau intempestivement pris la parole pour dédouaner trois de ses coaccusés, Mohammed Amri, Hamza Attou et Ali Oulkali, au début du deuxième jour du procès à Paris de ces attentats.

"Ils m'ont rendu des services alors qu'ils ne savaient rien du tout" au sujet des attentats du 13-Novembre, a clamé Salah Abdeslam. "Ils sont en prison et n'ont rien fait", a-t-il ajouté, avant que son micro ne soit coupé par le président de la cour d'assises spéciale, qui a ensuite suspendu l'audience.

"Vous avez eu cinq ans pour vous expliquer, vous n'avez pas souhaité faire de déclarations comme c'est votre droit. J'ai compris maintenant que vous vouliez le faire, et c'est très bien, mais ce n'est pas le moment", s'est agacé le président avant de suspendre l'audience.

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Le 'show' Abdeslam pose déjà question

L'attitude vindicative de Salah Abdeslam a marqué la presse française et belge, au lendemain de l'ouverture du procès des attentats de Paris. Le comportement "d'un fanatisé qui n'a jamais voulu s'expliquer sur ses actes, encourt la perpétuité et considère ce procès comme un cirque", pose question.

Plus d'informations par ici.

La première journée du procès est terminée

Pendant de longues heures mercredi, la cour d'assises spéciale a procédé à un impressionnant et fastidieux recensement, par ordre alphabétique, des près de 1.800 personnes souhaitant faire reconnaître leur qualité de victime de ces attentats, les pires de l'après-guerre.

Resté mutique pendant toute la durée de l'enquête, Salah Abdeslam, seul membre encore en vie des commandos qui ont fait 130 morts et des centaines de blessés à Paris et Saint-Denis, s'est cette fois fait entendre. Vers 17h30, après une brève suspension liée au malaise d'un de ses coaccusés, Salah Abdeslam a interrompu le président de la cour, Jean-Louis Périès, pour se lancer dans une vindicte, dénonçant ses conditions de détention et celles des dix autres hommes dans le box. "On est traités comme des chiens. Ici (dans la salle d'audience) c'est très beau, il y a des écrans plats, de la clim mais là-bas derrière...", a éructé le Franco-Marocain de 31 ans, l'index pointé vers le président. "Ça fait six ans que je suis traité comme un chien et je ne me suis jamais plaint", a aussi lancé l'accusé, incarcéré depuis plus de cinq ans à l'isolement total, suivi 24h sur 24 par vidéosurveillance. Avant que le président ne l'arrête à son tour: "Ici on n'est pas dans un tribunal ecclésiastique, on est dans un tribunal démocratique". En début d'audience, Salah Abdeslam avait déjà joué la provocation en paraphrasant la Chahada, profession de foi musulmane, lors de sa première prise de parole devant les magistrats qui doivent le juger jusqu'à la fin du mois de mai.

Alors que le président de la cour lui demandait, comme c'est l'usage, de se lever et de décliner son identité, Salah Abdeslam a répondu : "Tout d'abord, je tiens à témoigner qu'il n'y a pas de divinité à part Allah et que Mohamed est son messager". "On verra ça après", a rétorqué le président sans se démonter avant de lui demander sa profession. A nouveau, Salah Abdeslam, t-shirt noir, cheveux sombres mi-longs coiffés en arrière et barbe noire sous le masque - noir aussi - qu'il retire pour parler, s'approche du micro : "J'ai délaissé toute profession pour devenir un combattant de l'Etat islamique".

Le président lui demande ensuite l'identité de ses parents. "Le nom de mon père et ma mère n'ont rien à voir dans cette histoire", répond le Franco-marocain, accusé de complicités de crimes terroristes et qui encourt la perpétuité. "C'est une provocation, on s'y attendait et en réalité on n'en attend absolument rien", a commenté en marge de l'audience Dominique Kielemoes, dont le fils a été tué dans la fusillade du bar La Belle Equipe.

Les coaccusés de Salah Abdeslam - dix comparaissant détenus, trois libres sous contrôle judiciaire - se sont eux contentés de décliner leur identité et de répondre aux questions sans faire de commentaire. Pendant neuf mois - la plus grande audience criminelle jamais organisée en France -, la cour va se replonger dans ce lourd dossier. Il est inédit par son ampleur - 542 tomes -, par son nombre de parties civiles - au moins 1.800 -, et par sa charge émotionnelle. Les témoignages de rescapés et proches des victimes débuteront le 28 septembre, pour cinq semaines.

De façon inhabituelle, le président de la cour d'assises spéciale - composée uniquement de magistrats professionnels - a souhaité tenir un propos liminaire, "en toute humilité". "Nous commençons ce jour un procès qualifié d'historique, hors norme", dit à la salle Jean-Louis Périès. Mais, prévient-il, "ce qui importe c'est aussi justement le respect de la norme, le respect des droits de chacun, à commencer par les droits de la défense". "Notre cour d'assises a pour finalité d'examiner les charges pesant à l'encontre de chacun et d'en tirer toutes les conséquences au plan pénal après avoir écouté chacun", a-t-il rappelé."Nous devons tous garder à l'esprit cette finalité afin de conserver ce cap".

Le vendredi 13 novembre 2015, la nuit de terreur avait débuté à 21h16: trois kamikazes se font exploser aux portes du Stade de France, pendant une rencontre amicale de football entre la France et l'Allemagne. Au coeur de Paris, deux commandos de trois hommes mitraillent à l'arme de guerre des terrasses de cafés et de restaurants et tirent sur la foule d'un concert au Bataclan, où l'assaut sera donné peu après minuit.

La cour d'assises spéciale juge au total 20 accusés, soupçonnés d'être impliqués à divers degrés dans la préparation des attaques. Six sont jugés par défaut, dont le donneur d'ordres et vétéran du djihad Oussama Atar, et les "voix" françaises de la revendication de l'EI, les frères Fabien et Jean-Michel Clain, tous trois présumés morts en Syrie.

Salah Abdeslam s'emporte: "On est traités comme des chiens"

Peu avant 17h00, alors que la cour procédait depuis près de trois heures à l'appel des parties civiles déjà constituées, le président Jean-Louis Périès a annoncé une suspension de séance après le malaise d'un des accusés, Farid Kharkhach, un des logisticiens présumés des attaques du 13 novembre.

À la reprise, une trentaine de minutes après cet incident, l'un de ses avocats, Albéric de Gayardon, a dénoncé auprès de la cour d'assises spéciale ses conditions de détention et les "fouilles à nu" subies par son client à son arrivée au palais de justice, soulignant son "état dépressif".

"On est traités comme des chiens, ici c'est très beau, il y a des écrans plats, mais là-bas derrière...", a aussitôt embrayé Salah Abdeslam, coupant la parole du président, l'index pointé vers lui. "Ça fait six ans que je suis traité comme un chien et je ne me suis jamais plaint", a-t-il aussi lancé, se faisant interrompre par le président: "Ici on n'est pas dans un tribunal ecclésiastique, on est dans un tribunal démocratique".

En début d'audience, le seul membre encore en vie des commandos derrière les attentats du 13 novembre avait déjà joué la provocation en paraphrasant la Chahada, profession de foi musulmane, lors de sa première prise de parole devant les magistrats qui doivent le juger jusqu'à la fin du mois de mai. Alors que le président de la cour lui demandait, comme c'est l'usage, de se lever et de décliner son identité, Salah Abdeslam a répondu : "Tout d'abord, je tiens à témoigner qu'il n'y a pas de divinité à part Allah et que Mohamed est son messager".

"On verra ça après", a rétorqué le président sans se démonter avant de lui demander sa profession. A nouveau, Salah Abdeslam, t-shirt noir, cheveux sombres mi-longs coiffés en arrière et barbe noire sous le masque - noir aussi - qu'il retire pour parler, s'approche du micro : "J'ai délaissé toute profession pour devenir un combattant de l'État islamique". "J'avais 'intérimaire' comme profession", relève le président. Il lui demande ensuite l'identité de ses parents. "Le nom de mon père et ma mère n'ont rien à voir dans cette histoire", répond Salah Abdeslam, Franco-marocain de 31 ans, accusé de complicités de crimes terroristes et qui encourt la perpétuité. Il était entré dans le box peu avant l'ouverture de l'audience et avait discuté quelques instants avec ses avocats, Mes Olivia Ronen et Martin Vettes avant de s'asseoir.

"C'est une provocation, on s'y attendait et en réalité, on n'en attend absolument rien", a commenté en marge de l'audience Dominique Kielemoes, dont le fils a été tué dans la fusillade du bar La Belle Equipe.

Dix autres accusés se sont aussi installés sur la première rangée des bancs du box, sous l'escorte de nombreux gendarmes. Trois autres accusés, qui comparaissent libres, sont eux assis hors du box. Contrairement à Salah Abdeslam, tous se sont contentés de décliner leur identité et de répondre aux questions sans faire de commentaire. Les attentats du 13 novembre 2015 avaient fait 130 morts.

Un accusé fait un malaise, interrompant l'audience une trentaine de minutes

La première audience du procès des attentats perpétrés à Paris en novembre 2015 a été suspendue vers 16h45. Un accusé, Farid Kharkhach, a fait un malaise, rapportent plusieurs médias. L'audience a repris vers 17h25.

M. Kharkhach a été sorti du box des accusés après avoir fait un malaise. Belge né au Maroc, il est accusé dans le cadre de ce procès d'avoir fourni de faux papiers d'identité à un certain nombre de terroristes à la demande de Khalid El Bakraoui, l'un des auteurs des attentats de Bruxelles.

Selon la RTBF, l'avocat de M. Kharkhach s'est exprimé à la reprise de l'audience, critiquant le régime de détention des accusés. Son client aurait subi deux fouilles à nu avant son arrivée au tribunal, et serait dépressif et très fragilisé.

Salah Abdeslam, seul survivant des commandos djihadistes du 13 novembre et principal accusé de ce procès devant la cour d'assises spéciale de Paris, aurait ensuite vivement interpellé le président Jean-Louis Périès sur les conditions de détention des accusés.

"Maintenir la justice dans sa dignité"

En ouvrant les débats de cette audience, le président de la cour d'assises spéciale Jean-Louis Périès a appelé à la "dignité". "Nous devrons tous maintenir la justice dans sa dignité", a-t-il exhorté.

"Nous commençons ce jour un procès qualifié d'historique, hors normes", a-t-il dit. "Mais, ce qui importe c'est aussi justement le respect de la norme, le respect des droits de chacun, à commencer par les droits de la défense", a-t-il insisté.

La cour d'assises spéciale doit juger - jusqu'au 24 ou au 25 mai 2022 - vingt accusés, dont Salah Abdeslam.

Dix autres hommes ont pris place à ses côtés dans le box des accusés, jugés pour leur participation à ces attentats. La France, déjà secouée par les attentats de janvier 2015 contre le journal satirique Charlie Hebdo et un magasin Hyper Cacher, vécut, le 13 novembre 2015, ses plus sanglantes attaques de l'après-guerre.

Au total, douze des vingt accusés encourent la réclusion criminelle à perpétuité.

Outre l'ampleur du dossier, ce procès est inédit en matière criminelle par sa durée et le nombre de parties civiles, près de 1.800.

Le procès "n'atténuera pas ma douleur"

Cristina Garrido est habillée de noir et porte un ruban autour du cou sur lequel est inscrit la date du 13 novembre, ainsi qu'un petit pendentif contenant une partie des cendres de son fils Juan Alberto, fauché à 29 ans par une rafale de kalachnikov au Bataclan.

Cette Madrilène est venue à Paris pour le début du procès historique des attentats du 13 novembre 2015, mais elle sait que la justice ne pourra jamais "atténuer sa douleur".

Comment vivez vous l'ouverture de ce procès ?

C'est revivre encore une fois toutes ces choses, mais j'ai besoin d'être ici à Paris. Je viendrai pour les audiences que mon avocate considère comme les plus importantes pour nous. Ce seront des semaines difficiles, mais il n'y a pas d'autre choix.

Nous pouvons avoir accès à une aide psychologique mise en place par la mairie de Paris.

Il est difficile de passer par des endroits parisiens où nous sommes déjà allés avec Juan Alberto. Mais pour sa mémoire, je dois être ici, je dois connaître les arguments que les responsables de la sécurité nationale donneront, es responsables politiques qui expliqueront pourquoi ils ont laissé l'attentat se produire et voir si des mesures sont prises pour que cela ne se reproduise pas, en France, en Espagne ou dans tout autre pays européen.

Qu'attendez vous de ce procès ?

À titre personnel, je souhaite que le terroriste qui a perpétré les attentats soit condamné à la peine maximale de prison à vie, qu'il ne puisse jamais marcher dans les rues, car je ne pardonnerai jamais aux terroristes les meurtres des 130 personnes qu'ils ont commis en une seule nuit.

Je sais aussi que la sentence que prononcera le tribunal n'atténuera pas ma douleur. Je souffrirai et Juan Alberto me manquera jusqu'à ma mort.

Etes-vous retournée au Bataclan ?

Quand Juan Alberto est mort, je me suis dit que je ne reviendrais jamais à Paris. Mais en fait je viens tous les ans aux commémorations du 13 novembre. Hier, lorsque nous avons terminé les formalités ici au tribunal, nous sommes également allés déposer des fleurs au Bataclan.

Si vous aviez la possibilité de parler aux accusés, en particulier à Abdeslam, que leur diriez-vous ?

(Secondes de silence). Assassin. Que vous souffriez ce que nous souffrons depuis le jour où vous avez assassiné Juan Alberto et les 129 autres personnes. Et que votre âme ne trouve jamais la paix. Que vous n'ayiez jamais la paix, parce que vous avez tué 130 personnes pour rien.

Parce qu'au final, (les attaquants) n'ont rien obtenu, rien de plus que de détruire 130 familles.

12 portiques de sécurité

Pour accéder à l'intérieur justement, les journalistes ont fait la queue, pour certains deux heures avant l'ouverture des grilles à 10H00. Devant l'entrée de la cour d'appel de Paris, place Dauphine, à l'opposé de l'entrée principale.

Une file leur a été réservée, une autre pour les parties civiles, encore plus nombreuses, et une dernière pour les avocats.

De grands panneaux blancs signalent à chacun par où il doit passer.

Tous doivent franchir douze portiques de sécurité pour accéder à la salle d'audience, spécialement construite à l'intérieur du palais de justice mais qui ne contient que 550 places.

Une dizaine de salles de la cour d'appel pourront être utilisées pour retransmettre les débats selon l'affluence, portant la capacité totale à 2.000 places.

Dans la majestueuse salle des pas perdus, parties civiles et avocats ont fait la queue mercredi pour accéder à la salle principale.

Parmi les robes noires, Me Laurent Ivaldi, conseil de la famille d'une jeune fille décédée au Bataclan.

Elle se constituera mercredi partie civile par "désir de justice, (car existe) l'incompréhension de perdre son enfant qui assistait à un concert, qui était jeune, qui aimait la vie".

"Ce qu'ils veulent, c'est être entendus et surtout qu'on sache qui était cette jeune femme, qui aimait la vie, la photo, la musique, les terrasses de Paris", ajoute-t-il.

Les parties civiles sont aidées dans leur cheminement par une trentaine d'agents, vêtus de gilets roses.

Ils distribuent aux parties civiles leur badge, sans lequel elles ne pourront recevoir les indemnités auxquelles elles ont droit, et des tours de cou de deux couleurs. Vert pour ceux qui acceptent de parler à la presse, rouge pour ceux ne le souhaitant pas.

Sont également présents les gilets bleus de l'association Paris aide aux victimes, qui a déployé sur place douze psychologues et cinq accueillants.

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Au coeur du bunker du palais de justice de Paris

"Ce dispositif, c'est du jamais vu !": barrages et contrôles de sécurité ont transformé mercredi en bunker l'extérieur et l'intérieur du vieux palais de justice de Paris où s'est ouvert le procès historique et hors norme des attentats perpétrés le 13 novembre 2015 en France.

"Par où on passe ?". La question est revenue à de nombreuses reprises mercredi matin dans la bouche des passants se rendant au travail, joggeurs ou encore touristes, pour certains agacés et bloqués par le périmètre mis en place tout autour du palais de justice, sur l'île de la Cité, au coeur de la capitale française.

"Il faut faire le tour", répondent calmement les policiers, déployés en nombre pour les neuf mois que doit durer le procès des attaques terroristes qui ont fait 130 morts à Paris et Saint-Denis (région parisienne).

Au total, 630 membres des forces de l'ordre sont mobilisés aux abords et à l'intérieur pour sécuriser et filtrer les accès au palais de justice.

Le convoi ultra-sécurisé de Salah Abdeslam, seul membre encore en vie des commandos jihadistes et qui est présent mercredi dans le box des accusés, était arrivé vers 09H30 (07h30 GMT) en provenance de la prison de Fleury-Mérogis, quelque trente kilomètres au sud.

Les touristes qui veulent visiter le célèbre monument de la Sainte-Chapelle, située à l'intérieur du palais mais à l'opposé de la zone réservée au procès, sont renseignés par des affichettes bleues en français et en anglais fixées aux barrières métalliques: leur billet sera leur laissez-passer.

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Le défi du procès est double

"Ces événements sont entrés par effraction dans les mémoires et notre mémoire collective", a insisté le garde des Sceaux, pour qui le défi du procès est double: que la justice "soit rendue conformément aux règles qui sont les nôtres depuis des siècles et que nous soyons au rendez-vous logistique".

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"La France toute entière a été plongée dans l'horreur"

Dans la grande salle de 550 places ont pris place une majorité de robes noires d'avocats, et quelques dizaines de parties civiles et de journalistes.

Des kamikazes devant le Stade de France, des armes de guerre en plein Paris, 130 morts: la nuit du 13 novembre 2015, "la France toute entière a été plongée dans l'horreur", a rappelé mercredi matin le ministre de la Justice Eric Dupond-Moretti, au micro de BFMTV et RMC.

Salah Abdeslam dans le box hautement sécurisé

Principal accusé, Salah Abdeslam se tient dans le box, entouré de nombreux gendarmes. Barbe noire dépassant de son masque de la même couleur, cheveux sombres mi-longs coiffés en arrière, tee shirt noir, il a discuté un instant avec ses avocats, Me Olivia Ronen et Martin Vettes, avant de s'asseoir.

Dix autres accusés sont présents dans le box. Trois autres, qui comparaissent libres sont assis hors du box, sur des chaises. Dans la grande salle de 550 places ont pris place une majorité de robes noires d'avocats, et quelques dizaines de parties civiles et de journalistes.

Olivia Lepropre
par Olivia Lepropre

Les premiers mots d'Abdeslam: "Il n'y a pas de divinité à part Allah"

Le principal accusé du procès des attentats du 13-Novembre, Salah Abdeslam, a déclaré dans ses premiers mots à la cour qu'il n'y "a pas de divinité à part Allah", alors qu'il était invité à décliner son identité à l'ouverture de l'audience.

"Tout d'abord, je tiens à témoigner qu'il n'y a pas de divinité à part Allah et que Mohamed est son messager", a déclaré le seul membre encore en vie des commandos qui ont fait 130 morts à Paris. Interrogé ensuite sur sa profession, il a répondu : "j'ai délaissé toute profession pour devenir un combattant de l'Etat islamique".

>> Lire aussi: Portrait: le paradoxe Salah Abdeslam

Olivia Lepropre
par Olivia Lepropre

Le procès officiellement ouvert

Le procès des attentats du 13 novembre 2015, les pires attaques jihadistes commises sur le sol français, s'est ouvert mercredi peu après 13H00 locale devant la cour d'assises spéciale de Paris.

Vingt accusés doivent être jugés pendant neuf mois, dont le Franco-Marocain Salah Abdeslam, seul membre encore en vie des commandos qui ont fait 130 morts et des centaines de blessés à Paris et Saint-Denis (région parisienne) lors d'une nuit d'horreur qui a traumatisé le pays.

Abdeslam présent dans le box des accusés

Salah Abdeslam, principal accusé, a pris place vers 12H45 dans le box des accusés, à quelques minutes de l'ouverture devant la cour d'assises spéciale de Paris.

Masque noir sur le visage, Salah Abdeslam - seul membre encore en vie des commandos qui ont fait 130 morts et des centaines de blessés à Paris et Saint-Denis (région parisienne) - s'est assis dans le box, entouré de plusieurs membres des forces de l'ordre.

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La salle d'audience en chiffres et en images

La couverture de Charlie Hebdo: "Faites entrer l'enc***"

Haute sécurité

Gérald Darmanin a demandé aux responsables de la sécurité du territoire "un haut niveau de vigilance", particulièrement autour des lieux classés sensibles, pendant le procès des attentats du 13 novembre 2015.

Salah Abdeslam est arrivé

Des gendarmes français ont escorté un convoi transportant Salah Abdeslam, le principal suspect des attentats de Paris de novembre 2015, de la prison de Fleury-Mérogis dans la banlieue sud de Paris, au Palais de Justice de Paris.

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Olivia Lepropre
par Olivia Lepropre

Attentats de Paris: "Ils ont été organisés en Belgique"

L'enquête n'a fait que confirmer l'implication des groupes de Molenbeek et de Laeken dans les attentats perpétrés le 13 novembre 2015 dans la capitale française.

"D'où vient cette barbarie? Qui l'a commanditée? Qui l'a exécutée? Aurait-on pu l'éviter? Sommes-nous aujourd'hui mieux protégés?" Telles sont les questions qui se poseront en filigrane du procès, alors que la menace terroriste perdure et que la justice a surtout pour objectif de cerner la personnalité et les responsabilités de chacun des accusés, de décerner des peines individualisées ou des acquittements.

>> Lire l'article

Défi logistique

Le procès constitue également un défi logistique inédit pour la justice française. De fait, le nombre de participants est titanesque. "Outre les parties civiles, près de 330 avocats assisteront aux audiences, auxquels s'ajouteront des centaines de journalistes accrédités pour 141 médias, et le public. Près de 3.000 personnes sont susceptibles d'assister aux journées les plus suivies, une affluence qu'aucun tribunal du pays n'était en mesure d'accueillir", pointe Le Monde.

542 tomes, 47.000 procès-verbaux, 53 mètres de hauteur

L'ampleur du procès est colossale. Le Monde donne quelques chiffres édifiants: l'enquête va parcourir "542 tomes regroupant plus de 47 000 procès-verbaux, qui, empilés l'un sur l'autre, atteindraient 53 mètres de hauteur."

Olivia Lepropre
par Olivia Lepropre

Le paradoxe Salah Abdeslam (portrait)

Homme clé des attentats de Paris, le fuyard capturé à Molenbeek est un Dr Jekyll et Mister Hyde. C'est le principal accusé du procès géant qui débute ce 8 novembre.

>> Lire le portrait, réactualisé, que Le Vif avait publié au moment de son arrestation.

AFP PHOTO \/ POLICE NATIONALE
© AFP PHOTO \/ POLICE NATIONALE
Olivia Lepropre
par Olivia Lepropre

Radicalisation: l'avenir incertain des cellules de prévention

Largement sous-estimé avant les attentats, le problème de la radicalisation est devenu, après 2015, un sujet de préoccupation majeur. De toute évidence, on était passé à côté de quelque chose, on n'avait pas mesuré la frustration, la colère et le désespoir qui rongeaient les jeunes "des quartiers" de Bruxelles, Vilvorde ou Anvers, ni le danger qu'ils pouvaient représenter.

En réponse à la montée du radicalisme chez les jeunes, des cellules de prévention ont vu le jour dans les communes. Mais les subsides ne suivent plus toujours et d'autres priorités sont apparues.

>> Lire la suite de l'article

Une centaine de témoins

"Ce procès promet d'être chargé en émotions, la justice se devra toutefois de les tenir à distance si elle ne veut pas perdre de vue les principes qui fondent notre Etat de droit", mettent en garde les avocats de Salah Abdeslam, Olivia Ronen et Martin Vettes.

"Nous veillerons à ce que ce procès exceptionnel ne devienne pas un procès d'exception", soulignent-ils.

"Ma seule crainte est que l'excès remplace la raison", a déclaré Me Marie Violleau, avocate de l'accusé belgo-marocain Mohamed Abrini.

Plus d'une centaine de témoins ont été cités, dont de nombreux enquêteurs français et belges, et l'ex-président français François Hollande.

La cour arrivera-t-elle à lever les dernières zones d'ombre?

Les investigations ont mis au jour une cellule bien plus importante derrière ces attaques, qui a également frappé l'aéroport et le métro de Bruxelles le 22 mars 2016 en faisant 32 morts.

En l'absence du donneur d'ordres, le Belgo-Marocain et vétéran du jihad Oussama Atar, et d'autres gradés de l'EI comme les frères français Fabien et Jean-Michel Clain, présumés morts et jugés par défaut, tous les regards seront tournés vers Salah Abdeslam et le Belgo-Marocain Mohamed Abrini, "l'homme au chapeau" des attentats de Bruxelles.

La cour, qui ne les interrogera pas avant 2022, arrivera-t-elle à lever les dernières zones d'ombre du dossier, à commencer par le rôle exact joué par Salah Abdeslam, mutique pendant l'instruction ?

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Collaboration avec la justice belge

Une enquête tentaculaire, en collaboration avec la justice belge, a permis de reconstituer largement la logistique des attentats, du parcours à travers l'Europe des membres des commandos, revenus de Syrie par la route des migrants, à leurs planques en Belgique et près de Paris.

Déroulé des faits

Il est 21h16 ce vendredi 13 novembre 2015 quand la France bascule dans la terreur: un "kamikaze" vient de se faire exploser près du Stade de France, où se joue un match amical France-Allemagne.

Puis au coeur de Paris, deux commandos de trois hommes mitraillent à l'arme de guerre des terrasses de cafés et de restaurants et tirent sur la foule d'un concert au Bataclan, où l'assaut sera donné peu après minuit.

Deux assaillants sont en fuite, la traque s'organise. Elle durera cinq jours: Abdelhamid Abaaoud, Belge d'origine marocaine, l'un des jihadistes les plus recherchés et chef opérationnel des attentats, et son complice sont tués le 18 novembre lors de l'assaut policier dans un immeuble de Saint-Denis où ils s'étaient retranchés.

Premier moment fort le 28 septembre

Un des premiers moments forts est attendu dès le 28 septembre avec le début des témoignages de quelque 300 proches de victimes et rescapés des attaques.

Ils doivent se succéder à la barre pendant cinq semaines pour raconter cette nuit d'épouvante et ses séquelles, des drames personnels mêlés à un effroi collectif.

Une enquête tentaculaire

"C'est un plongeon dans l'inconnu", estime Arthur Dénouveaux, rescapé de la salle de spectacle du Bataclan et président de l'association de victimes Life for Paris, ajoutant: "Comment ça va se passer pendant neuf mois ?".

Chargée du soutien psychologique, l'association Paris Aide aux Victimes a reçu "énormément d'appels" ces derniers jours. "On sent qu'il y a de l'angoisse, de l'effervescence", explique sa directrice Carole Damiani.

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Inédit

Outre l'ampleur du dossier, ce procès est inédit en matière criminelle par sa durée (140 journées d'audience) et le nombre de parties civiles, près de 1.800.

Marathon judiciaire

Ce procès "historique" est "celui de tous les superlatifs", a souligné lundi le ministre français de la Justice Eric Dupond-Moretti après avoir visité la salle de 550 places construite spécialement pour les audiences, qu'il a qualifiées de "marathon judiciaire".

Les accusés

La cour d'assises spéciale doit juger - jusqu'au 24 ou au 25 mai 2022 - 20 accusés, dont le Franco-Marocain Salah Abdeslam, le seul membre encore en vie des commandos téléguidés par le groupe Etat islamique (EI) qui ont fait 130 morts et plus de 350 blessés à Paris et Saint-Denis (région parisienne), et profondément traumatisé la France.

Dix autres hommes, incarcérés pendant la durée du procès dans des prisons de région parisienne, prendront place à ses côtés dans le box des accusés, jugés pour leur participation à ces attentats. La France, déjà secouée par les attentats au mois de janvier précédent contre le journal satirique Charlie Hebdo et un magasin Hyper Cacher, vécut, ce jour-là, ses plus sanglantes attaques de l'après-guerre.

Trois accusés comparaîtront libres sous contrôle judiciaire, six autres seront jugés par défaut.

Au total, douze des vingt accusés encourent la réclusion criminelle à perpétuité.

Une mémoire collective

"Il faut construire (une) mémoire collective en réaffirmant les valeurs d'humanité et de dignité", a dit l'ancien procureur de Paris François Molins à la radio RTL. Et permettre "aux familles de victimes, de comprendre ce qu'il s'est passé".

Ouverture d'un procès hors norme et risque

Ce procès hors normes, la plus grande audience criminelle jamais organisée en France, doit s'ouvrir à la mi-journée dans l'historique palais de justice de Paris, sous sécurité maximale dans un contexte de menace terroriste toujours élevé.

Il "peut potentiellement y avoir un risque autour de ce procès", a relevé le porte-parole du gouvernement, Gabriel Attal, sur la chaîne télévisée France 2.