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En deux ans et demi de présidence, cet homme déroutant vient d'ajouter à son tableau de chasse une accusation très lourde : il a usé de son pouvoir pour obtenir du président ukrainien, Volodymyr Zelensky, des poursuites judiciaires susceptibles d'éclabousser Joe Biden, à ce stade son principal rival démocrate dans la course à la présidentielle du 3 novembre 2020. Malgré d'innombrables manquements à la dignité de la fonction présidentielle - atteintes à la séparation des pouvoirs, menaces adressées aux médias, fake news, verrouillage des cours fédérales, attaques verbales contre les juges et les commissions d'enquête, refus d'obéir aux injonctions du Congrès en matière de transparence fiscale, limogeages répétés de fonctionnaires d'autorité impartiaux... -, c'est l'usage totalement partisan de ses prérogatives à l'extérieur des frontières qui constitue maintenant le chef d'accusation le plus grave contre Trump. Beaucoup établissent une comparaison, plutôt hâtive, avec le cas de Richard Nixon, le seul président à avoir démissionné (1974), alors qu'il était sous le coup d'une procédure d' impeachment - non aboutie - après le scandale du Watergate. A maints égards, le cas de Trump est plus grave ; l'issue, pourtant, ne saurait être la même. Nixon, qui était assurément patriote malgré tous ses défauts, n'avait pas fait usage des pouvoirs extérieurs du président au profit d'intérêts individuels dans le cadre d'une campagne électorale. Susciter une aide étrangère pour remporter une élection, comme l'a fait Trump, est inédit. Deuxièmement, l'affaire du Watergate souleva l'indignation seulement après que le président eut été triomphalement réélu, le 7 novembre 1972 ; cela ne diminue évidemment en rien la gravité du cambriolage que Nixon avait fait organiser dans l'immeuble où siégeait le Parti démocrate (17 juin 1972), mais, ayant obtenu un second mandat, il n'avait plus d'intérêt direct à enfreindre les principes démocratiques. A l'inverse, la conversation de Trump avec Zelensky s'est tenue plus d'un an avant l'élection présidentielle, ce qui ouvre la possibilité d'autres agissements du même type qui auraient des conséquences terribles sur le crédit des Etats-Unis. Du reste, Vladimir Poutine a profité de l'occasion pour déclarer : " Je ne vois rien de compromettant dans la conversation entre Trump et Zelensky. " Manière très perverse d'ajouter au soupçon général selon lequel certains agents russes auraient pu être chargés de fournir des éléments compromettants sur Hillary Clinton lors la campagne électorale de 2016. Enfin, Nixon était un homme cultivé, politiquement très expérimenté, là où Trump se montre prêt à tout pour réaliser un gain personnel. Pour autant, la mise en cause de Trump n'aura pas les mêmes conséquences que pour Nixon. C'est en constatant qu'il ne restait plus qu'une quinzaine de sénateurs républicains prêts à le soutenir que Nixon prit la décision de démissionner ; itérativement abusés, républicains et démocrates étaient alors tacitement d'accord pour dénoncer les mensonges et les délits du président. Trump, lui, tient à bout de bras les républicains ; lesquels n'ont vraiment pas vocation à le lâcher. Rappel : avec un taux de chômage actuel de 3,5 %, il faut précisément remonter à l'ère Nixon pour retrouver un tel record...