Plusieurs grandes marques internationales telles que H&M, Nike, Adidas, Uniqlo, Burberry, Converse ou encore Calvin Klein sont critiqués sur les réseaux sociaux et par les médias chinois. En cause, leur boycottage du coton du Xinjiang, sur fond d'allégations de travail forcé imposé à la minorité ouïghoure.

Le mouvement a été lancé lundi passé après l'imposition de sanctions contre Pékin sur le traitement des ouïghours par l'Union européenne, le Royaume-Uni, les États-Unis et le Canada. Ceux-ci pointent du doigt les détentions arbitraires, les tortures, les stérilisations, le travail forcé, la surveillance orwellienne, la séparation de familles, etc.

La population ouïghoure, principalement musulmane, représente un peu moins de la moitié des 25 millions d'habitants du Xinjiang. Selon des études publiées par des instituts américains et australiens, au moins 1 million d'entre eux a été interné dans ces "camps" définis par le gouvernement chinois de "rééducation".

Le boycottage pourrait s'étendre dans les prochains jours à d'autres marques telles que Zara, Gap, New Balance, Under Amour ou encore Fila ayant pris position sur les cultures de coton au Xinjiang.

Ligne de mire des clients chinois

Mercredi soir, le géant suédois du prêt-à-porter H&M a soudainement disparu des principales plateformes d'e-commerce en Chine (Alibaba, JD.com et Pinduoduo). L'application n'était plus téléchargeable sur les App Store des fabricants chinois de mobiles (Huawei, Xiaomi, Oppo, Vivo).

Jeudi matin, les 505 magasins de l'enseigne en Chine n'étaient plus référencés sur les cartes du moteur de recherche Baidu (le Google chinois). Sur place, des policiers devant la façade du magasin interdisaient de la photographier.

Jeudi après-midi, les clients étaient rares dans le grand magasin H&M du quartier de Sanlitun à Pékin. Comme le montre une vidéo de France TV Chine, un panneau publicitaire de la marque a été même démonté.

Le contrat avec Nike, Adidas, Uniqlo, Converse ou encore Calvin Klein a été rompu par des acteurs et chanteurs chinois, dont ils étaient les ambassadeurs d'image. Un parmi eux, Wang Yibo, jeune star en Chine, s'est exprimé ainsi envers Nike : "Je m'oppose fermement à toute action visant à salir la Chine".

Les internautes chinois se sont attaqués aussi à la "Better Cotton Initiative" (BCI), un groupe international qui promeut la production durable de coton. En octobre dernier, elle avait déclaré qu'elle suspendait son approbation du coton provenant du Xinjiang pour la saison 2020-2021, en évoquant des préoccupations relatives aux droits de l'homme.

Un marché de coton florissant

Le chercheur allemand Adrian Zenz, auteur de révélations sur la répression des ouïghours en Chine, a démontré que la récolte du coton faisait appel à de la main-d'oeuvre de la communauté provenant de "camps de rééducation". Des images satellites ont montré que des usines textiles étaient installées à côté de camps.

22 %

du coton mondial sont produits en Chine, dont 84 % proviennent du Xinjiang.

Malgré cela, la Chine dément ces rapports truffés de "fausses informations". Le ministère chinois du Commerce, interrogé jeudi sur les réactions contre H&M, réplique : "les allégations de travail forcé sont sans fondement. Les entreprises doivent respecter les règles du marché et corriger leurs erreurs."

La Chine pousse les marques à choisir leur camp

Les entreprises chinoises soutiennent le coton du Xinjiang. Parmi elles, le fabricant chinois Anta Sports qui a annoncé de quitter la BCI et continuer à utiliser la matière produite dans la région autonome ouïghoure.

Quant à H & M, elle cherche à temporiser, en indiquant "respecter les consommateurs chinois" et s'engager à "investir à long terme en Chine". Le Premier ministre suédois, Stefan Löfven, s'est prononcé au secours de la marque : "je pense que c'est bien quand les entreprises prennent leurs responsabilités sur les conditions de travail des salariés partout dans le monde, qu'ils soient traités avec dignité". H&M fait plus de 5 % de son chiffre d'affaires en Chine où il compte près de 10 % de ses magasins.

Le double discours de Hugo Boss

Jeudi sur Weibo (le Twitter chinois), la marque allemande de vêtements de luxe Hugo Boss a déclaré à ses clients chinois : "le coton agrafé à long terme du Xinjiang est l'un des meilleurs au monde. Nous continuerons d'acheter et de soutenir la ouate du Xinjiang.". Dans un communiqué publié sur son site, l'entreprise écrit pourtant son opposition à exploiter du coton de cette province de la Chine : "nous apprécions les relations de longue date que nous entretenons avec de nombreux partenaires en Chine. Jusqu'à présent, HUGO BOSS ne s'est pas procuré des biens originaires de la région du Xinjiang". Questionnée par l'Hong Kong Free Press, la marque n'a pas répondu quant à savoir si elle envoie des messages différents aux clients chinois et occidentaux.

Dans le passé, Hugo Boss avait déjà fait l'objet d'une polémique. Il avait reconnu ses liens avec le régime nazi allemand. En tant qu'entreprise familiale, elle fabriquait des uniformes nazis dans les années 1930, y compris ceux portés par la jeunesse hitlérienne et les SS.

"Diffuser des rumeurs et boycotter le coton du Xinjiang, tout en espérant gagner de l'argent en Chine ? Vous rêvez !", avait publié la Ligue de la jeunesse communiste, une organisation affiliée au parti au pouvoir sur Weibo (le Twitter chinois). Le ministère chinois des Affaires étrangères a encore démenti ce jeudi toute responsabilité : "nous n'avons nul besoin de nous lancer dans des intimidations". La porte-parole Hua Chunying a indiqué lors d'un point-presse : "une chose est toutefois certaine : les Chinois n'autoriseront probablement pas des groupes étrangers à profiter des largesses de la Chine tout en la critiquant."

Valentina Jaimes

Plusieurs grandes marques internationales telles que H&M, Nike, Adidas, Uniqlo, Burberry, Converse ou encore Calvin Klein sont critiqués sur les réseaux sociaux et par les médias chinois. En cause, leur boycottage du coton du Xinjiang, sur fond d'allégations de travail forcé imposé à la minorité ouïghoure. Le mouvement a été lancé lundi passé après l'imposition de sanctions contre Pékin sur le traitement des ouïghours par l'Union européenne, le Royaume-Uni, les États-Unis et le Canada. Ceux-ci pointent du doigt les détentions arbitraires, les tortures, les stérilisations, le travail forcé, la surveillance orwellienne, la séparation de familles, etc. La population ouïghoure, principalement musulmane, représente un peu moins de la moitié des 25 millions d'habitants du Xinjiang. Selon des études publiées par des instituts américains et australiens, au moins 1 million d'entre eux a été interné dans ces "camps" définis par le gouvernement chinois de "rééducation". Le boycottage pourrait s'étendre dans les prochains jours à d'autres marques telles que Zara, Gap, New Balance, Under Amour ou encore Fila ayant pris position sur les cultures de coton au Xinjiang. Ligne de mire des clients chinois Mercredi soir, le géant suédois du prêt-à-porter H&M a soudainement disparu des principales plateformes d'e-commerce en Chine (Alibaba, JD.com et Pinduoduo). L'application n'était plus téléchargeable sur les App Store des fabricants chinois de mobiles (Huawei, Xiaomi, Oppo, Vivo).Jeudi matin, les 505 magasins de l'enseigne en Chine n'étaient plus référencés sur les cartes du moteur de recherche Baidu (le Google chinois). Sur place, des policiers devant la façade du magasin interdisaient de la photographier. Jeudi après-midi, les clients étaient rares dans le grand magasin H&M du quartier de Sanlitun à Pékin. Comme le montre une vidéo de France TV Chine, un panneau publicitaire de la marque a été même démonté. Le contrat avec Nike, Adidas, Uniqlo, Converse ou encore Calvin Klein a été rompu par des acteurs et chanteurs chinois, dont ils étaient les ambassadeurs d'image. Un parmi eux, Wang Yibo, jeune star en Chine, s'est exprimé ainsi envers Nike : "Je m'oppose fermement à toute action visant à salir la Chine". Les internautes chinois se sont attaqués aussi à la "Better Cotton Initiative" (BCI), un groupe international qui promeut la production durable de coton. En octobre dernier, elle avait déclaré qu'elle suspendait son approbation du coton provenant du Xinjiang pour la saison 2020-2021, en évoquant des préoccupations relatives aux droits de l'homme.Un marché de coton florissant Le chercheur allemand Adrian Zenz, auteur de révélations sur la répression des ouïghours en Chine, a démontré que la récolte du coton faisait appel à de la main-d'oeuvre de la communauté provenant de "camps de rééducation". Des images satellites ont montré que des usines textiles étaient installées à côté de camps. Malgré cela, la Chine dément ces rapports truffés de "fausses informations". Le ministère chinois du Commerce, interrogé jeudi sur les réactions contre H&M, réplique : "les allégations de travail forcé sont sans fondement. Les entreprises doivent respecter les règles du marché et corriger leurs erreurs."La Chine pousse les marques à choisir leur campLes entreprises chinoises soutiennent le coton du Xinjiang. Parmi elles, le fabricant chinois Anta Sports qui a annoncé de quitter la BCI et continuer à utiliser la matière produite dans la région autonome ouïghoure. Quant à H & M, elle cherche à temporiser, en indiquant "respecter les consommateurs chinois" et s'engager à "investir à long terme en Chine". Le Premier ministre suédois, Stefan Löfven, s'est prononcé au secours de la marque : "je pense que c'est bien quand les entreprises prennent leurs responsabilités sur les conditions de travail des salariés partout dans le monde, qu'ils soient traités avec dignité". H&M fait plus de 5 % de son chiffre d'affaires en Chine où il compte près de 10 % de ses magasins."Diffuser des rumeurs et boycotter le coton du Xinjiang, tout en espérant gagner de l'argent en Chine ? Vous rêvez !", avait publié la Ligue de la jeunesse communiste, une organisation affiliée au parti au pouvoir sur Weibo (le Twitter chinois). Le ministère chinois des Affaires étrangères a encore démenti ce jeudi toute responsabilité : "nous n'avons nul besoin de nous lancer dans des intimidations". La porte-parole Hua Chunying a indiqué lors d'un point-presse : "une chose est toutefois certaine : les Chinois n'autoriseront probablement pas des groupes étrangers à profiter des largesses de la Chine tout en la critiquant." Valentina Jaimes