"Nous avons une responsabilité collective d'aboutir. Aujourd'hui les dirigeants européens discuteront de notre budget à long terme et du plan de relance pour combattre la Covid-19. Il est temps de s'engager", a-t-il exhorté sur Twitter avant le lancement de la réunion virtuelle.

Les Vingt-sept reprennent ainsi les difficiles pourparlers sur le budget 2021-2027 de l'UE, qui pèse quelque 1.100 milliards d'euros, en y ajoutant la proposition de la Commission européenne d'un fonds de relance de 750 milliards d'euros.

"Nous passons aujourd'hui une étape cruciale vers la sortie de la crise", a commenté la présidente de la Commission Ursula von der Leyen, présente elle aussi à ce sommet. "Heureuse de présenter Next Generation EU (le nom du fonds de relance, NDLR) au Conseil européen. Notre paquet aidera l'Europe par une relance résiliente, durable et numérique. Nous devons maintenant unir nos efforts. Aucun retard n'est permis", a-t-elle exhorté.

Le jeu a changé

Depuis l'échec d'un premier sommet en février dernier, et malgré la crise du coronavirus survenue entre-temps, les lignes de fracture et les tensions entre les Vingt-sept ont peu changé. Ce qui n'empêche pas d'espérer un accord avant la fin juillet. "Les joueurs sont les mêmes, mais le jeu a changé", résumait une source européenne.

La pandémie a fait exploser les dépenses publiques, tandis que l'activité économique chancelait. Le choc est si violent que d'aucuns en sont venus à douter de la survie du projet européen. Après plusieurs sommets par vidéoconférence qui ont débouché sur un plan d'urgence de 540 milliards d'euros, les Vingt-sept ont reçu fin mai de la Commission cette proposition d'un plan de relance historique. Il s'agit de soutenir les États membres et les secteurs les plus touchés pour éviter de plonger l'ensemble du marché intérieur dans une crise plus profonde encore, qui frapperait également les économies des États les plus résistants.

Ce plan de relance passerait par le budget pluriannuel de l'UE. Ce dernier tournerait toujours autour de 1.100 milliards d'euros de 2021 à 2027, mais il serait flanqué d'un fonds de relance de 750 milliards d'euros, avec pour la première fois la possibilité pour la Commission d'emprunter de l'argent à grande échelle sur les marchés.

Un premier emprunt collectif

Dans sa lettre d'invitation aux dirigeants des Vingt-sept, le président du Conseil Charles Michel constate un accord de principe sur ce concept. Ce qui est en soi exceptionnel. Jusqu'il y a quelques mois, il était impensable qu'un pays comme l'Allemagne accepte d'engager un emprunt collectivement. Mais les États membres sont désormais d'accord sur la nécessité d'apporter "une réponse exceptionnelle à cette crise inédite, à la hauteur de l'ampleur du défi", selon Charles Michel.

Un large soutien s'est dégagé sur le principe d'orienter l'argent sur les régions et secteurs les plus touchés d'Europe. Et pas seulement pour endiguer les conséquences de la crise, mais aussi pour accélérer la transition vers des économies plus vertes et plus numériques.

Voilà pour les principes. Mais, tout comme les deux années précédentes, les dirigeants vont, dans cette phase des pourparlers, avant tout passer chaque proposition au crible de ce qu'elle coûtera à leurs pays, de ce qu'elle rapportera en retour et de la manière dont eux-mêmes pourront la défendre devant leur population. La ligne de démarcation traditionnelle entre les pays dits nordiques, qui versent davantage au budget de l'UE que ce qu'ils en reçoivent, et les pays méridionaux et de l'est persiste. Mais le terrain de jeu s'est complexifié maintenant que le nouveau plan de relance s'ajoute aux marchandages traditionnels sur les aides agricoles (PAC), les fonds structurels (cohésion), les budgets pour la recherche, la lutte contre le changement climatique ou les rabais sur les contributions nationales.

"Le nombre de paramètres sur lesquels fonder son point de vue, le nombre d'alliés à aller chercher à chaque fois, ont crû de manière dramatique", commente une source.

Des critères trop limités?

La Belgique aussi cherche son chemin. Elle a trouvé des alliés dans son plaidoyer visant à mieux adapter la répartition de l'enveloppe la plus importante du plan de relance aux conséquences de la crise du coronavirus. Car la Commission, dans sa proposition actuelle, tient compte de la taille de la population du pays, de la richesse par habitant et des chiffres du chômage entre 2015 et 2019.

Des critères trop limités aux yeux de la Belgique, qui propose d'y ajouter la capacité d'investissement des pouvoirs publics d'un pays. Il serait bon également, disent les Belges, de mener une "évaluation dynamique" des besoins nationaux, car tous les impacts de la crise ne se sont pas encore fait sentir. Quelle sera l'ampleur de la récession, que seront les chiffres du chômage après l'été, quid d'une seconde vague d'infections? Autant de questions qui devraient pousser à modifier des décisions prises dans les grandes lignes avant le congé estival.

Et puis, la Belgique demande aussi une solidarité supplémentaire pour les pays qui seront les plus touchés par les conséquences du retrait du Royaume-Uni du marché unique à la fin de cette année. Elle veut moins d'économies dans les aides agricoles et les fonds de cohésion, ou encore le maintien à 20% de la part des droits de douane qu'elle peut conserver pour elle. Le gouvernement admet que sa contribution au pot européen devra augmenter ces prochaines années, mais chaque grappillage sera le bienvenu dans les circonstances budgétaires actuelles.

Les pays les plus riches semblent aussi convaincus que la survie du marché unique européen dépasse les autres intérêts. "Parlez avec cinq entrepreneurs de bonne foi et vous comprendrez vite l'importance de maintenir à niveau le pouvoir d'achat dans les autres pays."

Une recette pour l'UE

Pour les soulager, les États membres pourraient réduire leur contribution au budget européen en soutenant l'idée de créer de nouvelles recettes spécifiques à l'UE, les "ressources propres". La Commission a suggéré une taxe sur les plastiques, la captation d'une part des recettes sur les droits d'émission de CO2, une taxation numérique, etc. La Belgique est ouverte à tout cela, mais d'autres États freinent.

L'ambition de la vidéoconférence de ce vendredi n'est pas de trancher les points d'accrochage, mais de mener un "débat d'orientation" qui lancerait une nouvelle "dynamique de groupe" et - dans le meilleur des cas - conduirait déjà à certaines convergences. Pour aboutir en juillet toutefois, un sommet en présence physique des interlocuteurs sera indispensable, s'accordent à dire les diplomates. "L'ambiance ces dernières semaines était plutôt sereine. Et il y a ce sentiment d'urgence. Des événements historiques peuvent déboucher sur des réponses historiques", glissait une source.

"Nous avons une responsabilité collective d'aboutir. Aujourd'hui les dirigeants européens discuteront de notre budget à long terme et du plan de relance pour combattre la Covid-19. Il est temps de s'engager", a-t-il exhorté sur Twitter avant le lancement de la réunion virtuelle. Les Vingt-sept reprennent ainsi les difficiles pourparlers sur le budget 2021-2027 de l'UE, qui pèse quelque 1.100 milliards d'euros, en y ajoutant la proposition de la Commission européenne d'un fonds de relance de 750 milliards d'euros. "Nous passons aujourd'hui une étape cruciale vers la sortie de la crise", a commenté la présidente de la Commission Ursula von der Leyen, présente elle aussi à ce sommet. "Heureuse de présenter Next Generation EU (le nom du fonds de relance, NDLR) au Conseil européen. Notre paquet aidera l'Europe par une relance résiliente, durable et numérique. Nous devons maintenant unir nos efforts. Aucun retard n'est permis", a-t-elle exhorté. Depuis l'échec d'un premier sommet en février dernier, et malgré la crise du coronavirus survenue entre-temps, les lignes de fracture et les tensions entre les Vingt-sept ont peu changé. Ce qui n'empêche pas d'espérer un accord avant la fin juillet. "Les joueurs sont les mêmes, mais le jeu a changé", résumait une source européenne. La pandémie a fait exploser les dépenses publiques, tandis que l'activité économique chancelait. Le choc est si violent que d'aucuns en sont venus à douter de la survie du projet européen. Après plusieurs sommets par vidéoconférence qui ont débouché sur un plan d'urgence de 540 milliards d'euros, les Vingt-sept ont reçu fin mai de la Commission cette proposition d'un plan de relance historique. Il s'agit de soutenir les États membres et les secteurs les plus touchés pour éviter de plonger l'ensemble du marché intérieur dans une crise plus profonde encore, qui frapperait également les économies des États les plus résistants. Ce plan de relance passerait par le budget pluriannuel de l'UE. Ce dernier tournerait toujours autour de 1.100 milliards d'euros de 2021 à 2027, mais il serait flanqué d'un fonds de relance de 750 milliards d'euros, avec pour la première fois la possibilité pour la Commission d'emprunter de l'argent à grande échelle sur les marchés. Dans sa lettre d'invitation aux dirigeants des Vingt-sept, le président du Conseil Charles Michel constate un accord de principe sur ce concept. Ce qui est en soi exceptionnel. Jusqu'il y a quelques mois, il était impensable qu'un pays comme l'Allemagne accepte d'engager un emprunt collectivement. Mais les États membres sont désormais d'accord sur la nécessité d'apporter "une réponse exceptionnelle à cette crise inédite, à la hauteur de l'ampleur du défi", selon Charles Michel. Un large soutien s'est dégagé sur le principe d'orienter l'argent sur les régions et secteurs les plus touchés d'Europe. Et pas seulement pour endiguer les conséquences de la crise, mais aussi pour accélérer la transition vers des économies plus vertes et plus numériques. Voilà pour les principes. Mais, tout comme les deux années précédentes, les dirigeants vont, dans cette phase des pourparlers, avant tout passer chaque proposition au crible de ce qu'elle coûtera à leurs pays, de ce qu'elle rapportera en retour et de la manière dont eux-mêmes pourront la défendre devant leur population. La ligne de démarcation traditionnelle entre les pays dits nordiques, qui versent davantage au budget de l'UE que ce qu'ils en reçoivent, et les pays méridionaux et de l'est persiste. Mais le terrain de jeu s'est complexifié maintenant que le nouveau plan de relance s'ajoute aux marchandages traditionnels sur les aides agricoles (PAC), les fonds structurels (cohésion), les budgets pour la recherche, la lutte contre le changement climatique ou les rabais sur les contributions nationales. "Le nombre de paramètres sur lesquels fonder son point de vue, le nombre d'alliés à aller chercher à chaque fois, ont crû de manière dramatique", commente une source. La Belgique aussi cherche son chemin. Elle a trouvé des alliés dans son plaidoyer visant à mieux adapter la répartition de l'enveloppe la plus importante du plan de relance aux conséquences de la crise du coronavirus. Car la Commission, dans sa proposition actuelle, tient compte de la taille de la population du pays, de la richesse par habitant et des chiffres du chômage entre 2015 et 2019. Des critères trop limités aux yeux de la Belgique, qui propose d'y ajouter la capacité d'investissement des pouvoirs publics d'un pays. Il serait bon également, disent les Belges, de mener une "évaluation dynamique" des besoins nationaux, car tous les impacts de la crise ne se sont pas encore fait sentir. Quelle sera l'ampleur de la récession, que seront les chiffres du chômage après l'été, quid d'une seconde vague d'infections? Autant de questions qui devraient pousser à modifier des décisions prises dans les grandes lignes avant le congé estival. Et puis, la Belgique demande aussi une solidarité supplémentaire pour les pays qui seront les plus touchés par les conséquences du retrait du Royaume-Uni du marché unique à la fin de cette année. Elle veut moins d'économies dans les aides agricoles et les fonds de cohésion, ou encore le maintien à 20% de la part des droits de douane qu'elle peut conserver pour elle. Le gouvernement admet que sa contribution au pot européen devra augmenter ces prochaines années, mais chaque grappillage sera le bienvenu dans les circonstances budgétaires actuelles. Les pays les plus riches semblent aussi convaincus que la survie du marché unique européen dépasse les autres intérêts. "Parlez avec cinq entrepreneurs de bonne foi et vous comprendrez vite l'importance de maintenir à niveau le pouvoir d'achat dans les autres pays." Pour les soulager, les États membres pourraient réduire leur contribution au budget européen en soutenant l'idée de créer de nouvelles recettes spécifiques à l'UE, les "ressources propres". La Commission a suggéré une taxe sur les plastiques, la captation d'une part des recettes sur les droits d'émission de CO2, une taxation numérique, etc. La Belgique est ouverte à tout cela, mais d'autres États freinent. L'ambition de la vidéoconférence de ce vendredi n'est pas de trancher les points d'accrochage, mais de mener un "débat d'orientation" qui lancerait une nouvelle "dynamique de groupe" et - dans le meilleur des cas - conduirait déjà à certaines convergences. Pour aboutir en juillet toutefois, un sommet en présence physique des interlocuteurs sera indispensable, s'accordent à dire les diplomates. "L'ambiance ces dernières semaines était plutôt sereine. Et il y a ce sentiment d'urgence. Des événements historiques peuvent déboucher sur des réponses historiques", glissait une source.