Ayez pitié des premières dames, leur rôle est souvent compliqué... Jackie Kennedy, Carla Bruni-Sarkozy ou encore Michelle Obama ont joué de l'intérêt insatiable des médias pour mettre en scène leur garde-robe et soutenir " leurs " créateurs de mode. A elle seule, l'épouse de Barack Obama aurait contribué à relancer J.Crew, une marque américaine de prêt-à-porter, et à propulser les ventes des robes haut de gamme de Jason Wu. A Pékin, la femme de Xi Jinping, le chef de l'Etat chinois, rêve sans doute d'une vie aussi facile.
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Ayez pitié des premières dames, leur rôle est souvent compliqué... Jackie Kennedy, Carla Bruni-Sarkozy ou encore Michelle Obama ont joué de l'intérêt insatiable des médias pour mettre en scène leur garde-robe et soutenir " leurs " créateurs de mode. A elle seule, l'épouse de Barack Obama aurait contribué à relancer J.Crew, une marque américaine de prêt-à-porter, et à propulser les ventes des robes haut de gamme de Jason Wu. A Pékin, la femme de Xi Jinping, le chef de l'Etat chinois, rêve sans doute d'une vie aussi facile. Pour Peng Liyuan, certes, il n'est pas question de porter les tenues austères de celles qui l'ont précédée : les épouses de Hu Jintao et de Jiang Zemin, couvertes de noir, semblaient toujours mal fagotées lors de leurs rares apparitions publiques. Pour autant, la première dame de Chine ne peut jouer dans le registre glamour et customiser, telle Melania Trump, les créations de grands couturiers. Ce n'est pas seulement une question de physique - à 54 ans, Peng Liyuan n'a ni l'âge ni la ligne de la First Lady américaine. Pour elle et son époux, l'enjeu est aussi politique. A l'image du Parti communiste chinois, adepte du capitalisme sauvage mais soucieux de maintenir la figure de Mao Zedong sur les billets de banque, le président et son épouse concentrent les paradoxes. Ils doivent apparaître modernes et souriants, tout en appliquant la politique parfois archaïque d'un parti unique et autoritaire. En 2017, rappelons-le, le régime de Pékin écrase toujours les voix dissidentes sans aucune pitié. Il l'a encore démontré, le 26 juin dernier, en choisissant d'attendre que le prix Nobel de la paix, Liu Xiaobo, soit atteint d'un cancer en phase terminale pour autoriser enfin l'hospitalisation de cet écrivain admirable d'intelligence et d'intégrité, qui est décédé quelques jours après, le 13 juillet. A l'occasion cruels et cyniques, les dirigeants chinois sont néanmoins soucieux de leur réputation. C'est la raison pour laquelle, sans doute, la première dame porte une garde-robe étudiée, sage mais pas trop, affiche en toutes circonstances un sourire chaleureux et fait de la lutte contre la tuberculose et le sida ses causes de prédilection. On en viendrait presque à oublier son rang de général-chef de brigade dans l'armée... Son job, au fond, consiste à réconcilier par l'image les contradictions d'un pouvoir tiraillé entre un dogme communiste révolutionnaire et une pratique capitaliste et conservatrice. De cette mission, elle s'acquitte plutôt bien. Un exemple ? A Hongkong, le 30 juin, madame Peng a mené une offensive de charme parfaitement réussie dans une résidence de personnes âgées, évoquée en long et en large dans les médias locaux. La veille, déjà, elle avait distribué des bisous aux enfants d'une école primaire, qui lui ont présenté un éventail en guise de souvenir. La première dame et son époux se sont rendus sur place afin de marquer l'anniversaire de la rétrocession à la Chine de l'ex-colonie britannique, le 1er juillet 1997. Or Pékin n'a cessé d'augmenter sa mainmise sur le territoire, depuis vingt ans, en dépit de ses promesses initiales de libertés et d'autonomie. Sur place, personne n'a oublié les immenses manifestations prodémocratiques, à l'été 2014 ; selon une étude de l'université de Hongkong, les habitants, en particulier les plus jeunes, se sentent de moins en moins " chinois ". Mais les images des cérémonies officielles et les manifestations télégéniques de compassion et d'affection maternelle de l'épouse du président ont occulté ce contexte déplaisant. Pas étonnant que certains la surnomment " Mama Peng "... Originaire du Shandong, une province de l'est de la Chine, Peng Liyuan rejoint l'Armée populaire de libération en 1980, alors qu'elle a 18 ans. Simple soldat, elle est remarquée pour son talent de soprano et produit divers spectacles pour remonter le moral des troupes. Peu à peu, ses prestations vocales lui valent décorations et montées en grade. Elle devient une immense star dans son pays, connue et appréciée notamment pour ses apparitions lors du gala télévisé du Nouvel An, dont chaque édition est suivie par des centaines de millions de personnes. Beaucoup de ses tours de chant demeurent accessibles sur Internet. On y voit Peng Liyuan, vêtue d'un uniforme vert olive, interpréter des chants patriotiques devant des séquences filmées à partir de porte-avions ou de chars d'assaut. En 2013, les médias de Hongkong, plus téméraires qu'aujourd'hui, ont même exhumé des photos de Peng Liyuan chantant pour les soldats sur la place Tian'anmen, au lendemain de la sanglante répression de juin 1989. Mariée depuis près de trente ans à Xi Jinping, elle est beaucoup plus connue que son époux quand ce dernier, à partir de 2007, a été appelé aux plus hautes fonctions du parti. Voilà pourquoi, sans doute, elle met alors en sourdine sa carrière de chanteuse et aide son mari à tisser sa toile parmi les militaires. Cette année-là, pourtant, les Chinois l'ont vue interpréter une chanson, vêtue d'un costume tibétain : " Qui va nous libérer ? C'est la chère Armée populaire de libération, c'est l'étoile salvatrice du Parti communiste... " Les habitants du Tibet savent à quoi s'en tenir. Par Marc Epstein.