De fortes tensions ont secoué Israël ces derniers jours. Des centaines de blessés palestiniens sur l'esplanade des Mosquées à Jérusalem, plus de vingt morts dans des représailles israéliennes à Gaza. Ce dossier épineux, qui était passé au second plan de l'actualité lors de la pandémie, s'est replacé au devant de l'agenda de la politique internationale.
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De fortes tensions ont secoué Israël ces derniers jours. Des centaines de blessés palestiniens sur l'esplanade des Mosquées à Jérusalem, plus de vingt morts dans des représailles israéliennes à Gaza. Ce dossier épineux, qui était passé au second plan de l'actualité lors de la pandémie, s'est replacé au devant de l'agenda de la politique internationale."Le conflit israélo-palestinien, qui avait été mis de côté, dont on disait qu'il n'était plus central, s'est effectivement replacé à la une de l'actualité, acquiesce Pascal Boniface, directeur de l'Institut de relations internationales et stratégiques à Paris (Iris). Depuis quelque jours, le bilan pourrait être lourd et il pourrait s'alourdir encore."Dans un entretien au Vif et dans une vidéo postée sur sa chaîne Youtube, le politologue souligne que la progression de l'extrême droite aux dernières élections en Israël n'est pas étrangère à cette recrudescence des tensions. Avec ce score, ils se sont sentis pousser des ailes. "Tout a commencé par des manifestations d'extrémistes palestiniens criant 'mort aux Arabes' à Jérusalem Est, fin avril, souligne-t-il. Ensuite, c'est autour des manifestations de soutien à des familles palestiniennes qui devait être expulsées que les choses se sont aggravées."Cette poussée de fièvre, nous dit-il, remet évidemment un problème structurel sur la table. "Au-delà de la querelle sur quelques maisons, c'est le sort des Palestiniens qui se jouent. Ceux-ci estiment que l'on essaie de les expulser de Jérusalem Est pour en faire une ville seulement juive, alors que les Israéliens estiment que ce problème foncier peut être résolu par la justice." Sauf que la loi n'est pas la même pour tous et que les Palestiniens ne peuvent réclamer leurs bien. L'éternel "deux poids deux mesures", selon lui.Pascal Boniface souligne que la fragilité des deux pouvoirs joue également un rôle important. Le Premier ministre israélien, Benjamin Netanyahu, est en quête d'une majorité stable depuis quatre ans: "le fait d'attiser les tensions peut être une manière de protéger son pouvoir", souligne le politologue. Du côté palestinien, prolonge-t-il, "les dirigeants sont catastrophiques, Mahmoud Abbas ne cesse de reporter les élections et n'est plus légitime, tandis que beaucoup de Palestiens ne se sentent pas représentés par le Hamas"."Ces violences, de plus en plus graves, commencent à inquiéter de façon très modeste la communauté internationale, dont les réactions ne sont pas très vives, poursuit Pascal Boniface. On peut penser que des violences similaires, dans d'autres circonstances, provoquerait une réactions beaucoup plus déterminées des pays occidentaux."Quelles leçons en tirer? "La paix signée par Israël avec certains pays arabes ne résoud rien, parce que cela n'a évidemment pas résolu la question palestinienne, estime Pascal Boniface. On peut faire la paix avec les Emirats arabes unis, le Bahrein, le Maroc ou le Soudan, cette question n'est pas réglée pour autant. D'ailleurs, on ne peut faire la paix qu'avec ceux avec qui on est en conflit."Deuxième enseignement: contrairement à ce que les soutiens les plus inconditionnels d'Israël disent, le noeud reste entier. "Récemment encore, Human Rights Watch, la grande ONG américaine de défense des droits de l'homme, plutôt proche du département d'Etat et qui n'est en rien une organisation 'islamo-gauchiste', évoquait une situation d'apartheid. Parce que ce qui se passe n'est pas défendable, il y a un peuple qui est occupé par un autre - et ce n'est pas possible que cela soit accepté ou que cela perdure au XXIe siècle."Pascal Boniface défend le "droit des peuples à disposer d'eux-mêmes" qui a prévalu dans la seconde moitié du XXe siècle en Asie, en Afrique: la question palestinienne reste une exception qui ne peut plus durer." Il ajoute: "Ce n'est pas parce que les Palestiniens ont de mauvais représentants que leurs droits doivent être déniés."Pascal Boniface reconnaît que le sujet est devenu sensible, ce qui explique la "tiédeur" de certains médias, singulièrement en France. "Il y a tout de suite l'accusation d'antisémitisme dès que l'on critique le gouvernement israélien, dit-il. Peu sont prêts à la subir. Mais ce n'est pas en restant muet ou timide sur le sujet, parce qu'il divise les audiences que l'on va faire en sorte qu'il n'existe pas."