"Que va-t-il se passer dans quelques mois? Je crains le pire!" Maria, marchande de fruits et légumes au coeur d'Athènes, est inquiète. Pourtant, les affaires tournent. "Avec le confinement, les gens cuisinent sans cesse, plaisante-t-elle. Pour l'instant, l'activité est même un peu meilleure qu'en 2020." Mais avec les confinements à répétition décrétés par le gouvernement depuis mars 2020, l'agence immobilière où officie sa fille est à l'arrêt. Quant à son fils, habituellement serveur dans une taverne, il est sans emploi depuis novembre. "J'espère que les touristes vont revenir cette année", souffle Maria. "Aujourd'hui, en Grèce, ce sont d'abord les étrangers qui achètent les beaux biens immobiliers ; et sans eux, les tavernes tournent au ralenti!"
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"Que va-t-il se passer dans quelques mois? Je crains le pire!" Maria, marchande de fruits et légumes au coeur d'Athènes, est inquiète. Pourtant, les affaires tournent. "Avec le confinement, les gens cuisinent sans cesse, plaisante-t-elle. Pour l'instant, l'activité est même un peu meilleure qu'en 2020." Mais avec les confinements à répétition décrétés par le gouvernement depuis mars 2020, l'agence immobilière où officie sa fille est à l'arrêt. Quant à son fils, habituellement serveur dans une taverne, il est sans emploi depuis novembre. "J'espère que les touristes vont revenir cette année", souffle Maria. "Aujourd'hui, en Grèce, ce sont d'abord les étrangers qui achètent les beaux biens immobiliers ; et sans eux, les tavernes tournent au ralenti!" Quand le gouvernement a décidé un confinement drastique, en mars 2020, il avait deux objectifs: éviter une congestion des hôpitaux et sauver l'industrie touristique. Il voulait faire de la Grèce une "destination sûre", espérant ainsi faire le plein de touristes pendant l'été. En 2019, 34 millions de voyageurs avaient visité le pays, le tourisme engendrant ainsi directement 21,5 milliards d'euros de revenus (11,7% du PIB). En incluant les revenus indirects, cette part avait grimpé à 30,9% du PIB, bien au-delà de la moyenne européenne (9,1%). Mais en 2020, la Grèce n'a accueilli que 8 millions de touristes. Et pour l'instant, les carnets de réservation des hôteliers restent vides. Chez les professionnels de la branche, le moral est en berne. Evgenios Vassilikos, secrétaire général de l'Association des hôteliers d'Athènes, explique la conjoncture: "Dans notre scénario optimiste, nous espérons que l'activité hôtelière sera, cette année, la même qu'en 2020", année où la branche hôtelière avait déjà perdu 70% de chiffre d'affaires par rapport à 2019. En outre, la stratégie en accordéon du gouvernement a frappé les petites et moyennes entreprises qui forment l'extrême majorité du tissu économique national. Selon les données de la Commission européenne, les microentreprises (moins de 10 personnes) représentent 97,4% des 821 640 sociétés que compte le pays, et 62% de l'emploi. Aujourd'hui, elles sont au bord du gouffre, précise Michalis Nikiforos, de la Chambre économique de Grèce: "81% des PME risquent la faillite ; 40% n'auront plus de liquidités à la fin du mois - chiffre qui grimpe même à 50% pour les bars et les restaurants." Après les dix années de déclin consécutives à la crise économico-financière mondiale de 2008, le pays avait renoué avec un soupçon de croissance à partir de 2018. Désormais, selon la Banque de Grèce, une nouvelle récession le frappe: - 8,2% de PIB (contre 6,6% en moyenne européenne). Le PIB, de 183,4 milliards d'euros en 2019, a chuté à 162,8 milliards en 2020. Pour Louka Katseli, ex-ministre de la réforme de l'Etat alors membre du Pasok (socialiste) et professeure d'économie, "cette récession résulte de trois facteurs essentiels: l'héritage de la crise financière et son impact sur l'économie grecque, un tissu économique caractérisé par la prédominance des petites entreprises et la concentration de l'économie sur les secteurs du tourisme, des loisirs et de la culture." Or, ajoute-t-elle en substance, il aurait fallu prendre des mesures stabilisant l'économie en réduisant l'incertitude. Le gouvernement brandit, de son côté, un chiffre: 38 milliards d'euros déboursés en mesures de soutien (prêts aux entreprises, reports de loyers, allocations de chômage d'environ 400 euros pour les salariés non employés pendant les confinements). Mais, comme le note Giorgos Kavvathas, le président de la confédération hellénique des petits et moyens artisans et commerçants (Gsevee), "ce chiffre est biaisé: il comprend des éléments très différents, notamment des prêts, mais pas d'aide directe aux petites et moyennes entreprises." Pis, la dette privée comme publique a explosé. Selon la Banque de Grèce, la dette publique était de 331 milliards d'euros en 2019 (180,5% du PIB) ; elle a grimpé à 340 milliards en 2020 (208,8%). La dette privée, de 318,8 milliards d'euros en 2019 (173,8%), est passée à 326,3 milliards d'euros (200,4%). D'où le cri d'alerte de Louka Katseli: "Le risque est grand qu'au sortir de la pandémie, si le taux d'intérêt de la Banque centrale européenne augmente, les marchés s'interrogent sur la capacité de la Grèce à rembourser une dette aussi élevée." La situation s'annonce fort inquiétante aussi sur le plan de l'emploi. Selon les enquêtes réalisées par la Gsevee et la Chambre de commerce d'Athènes, 200 000 entreprises vont faire faillite. Ainsi, selon les projections réalisées par Savas Robolis, professeur émérite d'économie à l'université Panteion d'Athènes, le chômage, officiellement de 15,8% en décembre 2020, devrait atteindre 18,9% (870 000 personnes) en décembre 2021, voire 22,6% (1 040 000 personnes). "Il faut développer des programmes de soutien financier aux entreprises et aux salariés, afin d'éviter les fermetures d'entreprises et les licenciements", avance comme début de solution le professeur. Le salut viendra-t-il des 32 milliards du plan de relance que la Commission européenne accorde à la Grèce? Le Premier ministre Kyriakos Mitsotakis (Nouvelle Démocratie, droite) affirme que sa déclinaison grecque "peut ajouter 7 points de croissance supplémentaire au cours des six prochaines années et créer 200 000 emplois". Au programme: accroissement des énergies renouvelables, accélération de la transition numérique, développement du numérique, ou encore financement d'infrastructures. Nombreux sont ceux qui doutent qu'il suffise à renforcer l'économie grecque. "Aucune des technologies évoquées n'est fabriquée en Grèce. Ce seront donc de nouveau des importations qui placeront la Grèce sous la dépendance de grands pays", analyse Louka Katseli, "alors qu'il serait opportun de promouvoir une restructuration de la base productive grecque et des mesures pour moderniser le tissu des PME". Bref, il faudrait rendre l'économie apte à affronter une nouvelle crise... dont tous les ingrédients sont déjà présents. Un article de Fabien Perrier.