Elu avec 50,9 % des voix, Gergely Karacsony, 44 ans, a réussi un exploit : battre le Fidesz, le parti du Premier ministre Viktor Orban, lors des élections municipales du 13 octobre. Pour y parvenir, le front anti-Fidesz a présenté, dans la plupart des villes, un candidat unique, conquérant ainsi une dizaine de grandes cités hongroises.

Comment expliquez-vous cette victoire ?

Le Fidesz s'est endormi. Ses dirigeants n'ont pas compris que les partis d'opposition seraient capables de s'allier et de présenter un candidat unique. La ville de Budapest n'a cessé de se dégrader ces cinq dernières années. Les investissements ont baissé, notamment dans les services publics. Le système ne fonctionne plus. Cela se voit au quotidien. C'est pourquoi les habitants voulaient du changement.

Quelles vont être vos priorités ?

Nous voulons rendre l'éducation publique plus accessible. Sur le plan écologique, nous allons nous assurer que certains investissements, décidés par le gouvernement, ne sont pas nuisibles pour l'environnement, notamment au sein du projet d'aménagement du parc Liget, au coeur de Budapest. Enfin, nous comptons nous opposer à l'application de la loi sur les heures supplémentaires, qui reste très contestée dans le pays. C'est d'ailleurs l'un des grands combats sur lesquels les forces d'opposition ont réussi à se fédérer...

Ne craignez-vous pas que le pouvoir vous mette des bâtons dans les roues ?

Nous ne savons pas encore comment le Fidesz va réagir. Va-t-il tenter de rogner nos domaines de compétences ou, au contraire, se rendre compte qu'il risque, en agissant ainsi, de s'aliéner une partie de son électorat ? Preuve en est, tout ce que les militants du Fidesz ont fait pour nous nuire durant la campagne électorale a eu l'effet inverse à celui escompté ! Pour cette raison, je pense que Viktor Orban aura une autre stratégie. Il est conscient qu'il ne peut aller trop loin, car la Hongrie fait partie de l'Union européenne. Elle adhère à la Charte des municipalités et elle est, de fait, soumise à la législation internationale. Le Fidesz va certainement essayer d'entraver nos actions, mais il n'y aura pas de confrontation ouverte.

Aurez-vous les moyens de vos ambitions ?

Le pouvoir va peut-être chercher à couper sa participation à notre budget. Pour éviter ce risque, nous allons faire en sorte que l'Union européenne puisse augmenter sa participation financière. Nous comptons demander des financements à la Banque européenne pour la reconstruction et le développement et au Fonds européen pour l'innovation. Enfin, Frans Timmermans, vice-président de la Commission européenne, m'a d'ores et déjà assuré qu'il débloquerait des fonds en faveur des villes hongroises.

Votre élection est-elle un message d'espoir pour tous ces jeunes qui quittent massivement le pays ?

C'est une très bonne question. Je suis d'ailleurs en train d'essayer de faire revenir des jeunes Hongrois, très qualifiés, qui sont partis travailler à Bruxelles. J'espère que leur retour créera un cercle vertueux.

Entretien : Charles Haquet