"Toute la richesse de cette semaine, c'est que les événements informels sont au moins aussi riches que les formels. C'est un des moments uniques où les grands de ce monde peuvent se parler, et ils le font parfois de manière inattendue, au détour d'un couloir", témoigne un diplomate habitué de l'événement. La 73e session annuelle, qui vient de se clore, aura été marquée par l'adoption de deux Pactes mondiaux: celui sur les migrations - dont la polémique a fait chuter le gouvernement belge, en affaires courantes depuis - et celui sur les réfugiés.

Un Sommet Climat dans le Sommet

La 74e session fera la part belle à la lutte contre le réchauffement climatique, avec pour la première fois l'organisation lundi d'un Sommet de l'Action pour le climat, qui doit réunir plusieurs dizaines de chefs d'Etat et de gouvernement appelés à préciser leurs engagements, voire en prendre de nouveaux. Une mobilisation mondiale des jeunes est venue rappeler ce vendredi aux dirigeants la nécessité d'agir, alors que les accords de Paris sont toujours dénoncés par les Etats-Unis, première puissance mondiale et pays hôte du siège central de l'ONU.

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Des pays comme la Chine pourraient faire la leçon en matière d'investissement dans les énergies renouvelables, tandis que les climatosceptiques Jair Bolsonaro (Brésil, où l'Amazonie brûle toujours) et Donald Trump brilleront par leur absence à ce "sommet dans le sommet".

Les pays européens comme la France - garante des accords de Paris - et l'Allemagne - qui vient d'engranger un accord à 100 milliards d'euros pour le climat - devraient jouer les bons élèves. Paralysée par ses affaires courantes, la Belgique risque de faire moins bonne figure, même si elle a été autorisée à prendre la parole parmi la soixantaine de pays venus annoncer des nouvelles "positives", selon les mots du secrétaire général de l'ONU Antonio Guterres. Elle pourrait s'inscrire clairement dans les objectifs climatiques de la prochaine Commission européenne, dont la présidente Ursula von der Leyen veut porter "si possible à 55%" l'objectif de réduction des émissions de gaz à effet serre de l'Union européenne d'ici à 2030, en visant la neutralité climatique d'ici 2050.

C'est en tout cas l'une des principales demandes de la Coalition Climat, qui regroupe les associations actives sur le sujet en Belgique. En tant que membre du Conseil de sécurité, la Belgique promeut aussi l'idée d'un "mécanisme de sécurité climatique" pour améliorer la gestion des risques sécuritaires liés au climat, comme au Sahel - une centaine de militaires belges sont présents au Mali - et dans le reste de l'Afrique.

Trump rencontrera-t-il Rohani ?

Au-delà de l'accord de Paris, c'est sur un autre traité dénoncé par les Etats-Unis que portera le plus grand suspens de la semaine: l'accord sur le nucléaire iranien. "Est-ce que Donald Trump et (le président iranien) Hassan Rohani vont se parler?", se demande un diplomate. Le président français Emmanuel Macron pourrait jouer les bons offices, dans l'esprit du dernier G7 de Biarritz. Mais la tension est encore montée d'un cran après la récente attaque contre des installations pétrolières saoudiennes. En coulisses, d'innombrables rencontres aborderont les grandes tensions mondiales que sont le nucléaire nord-coréen, le Cachemire (Inde-Pakistan), les vagues de protestation à Hong Kong, les pourparlers de paix en Afghanistan, la tentation impérialiste du commerce chinois ou encore le Brexit, la Libye et le Proche-Orient.

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Siégeant depuis le 1er janvier dernier pour deux années au Conseil de sécurité des Nations unies, la Belgique est d'autant plus courue que son Premier ministre en affaires courantes, Charles Michel, est appelé à prendre la tête du Conseil européen le 1er décembre prochain.

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Une bonne douzaine de rencontres bilatérales figurent à son agenda (Égypte, Palestine, Inde et Pakistan, Turquie, Japon, Libye, etc.), en plus d'une réception traditionnellement organisée par le couple présidentiel américain. "Nous avions déjà réussi un beau panel l'an dernier grâce à l'accession au Conseil de sécurité, mais cette année, des bilatérales qu'on aurait eu du mal à obtenir l'ont été plus facilement", affirme ce diplomate. M. Michel, dont l'intervention dans le débat général était initialement programmée le vendredi, a été avancée au jeudi, juste après le discours du président sortant du Conseil européen, Donald Tusk.

Mathilde et les ODD

Durant la semaine onusienne, la Belgique s'attachera à ses grands thèmes de prédilection que sont les objectifs de développement durable (la reine Mathilde est l'une des 17 personnalités mondiales choisies pour promouvoir ces "ODD"), la protection des enfants impliqués dans les guerres, l'Afrique centrale (co-organisation avec le Congo Brazzaville d'une réunion du groupe de contact pour les Grands lacs), la protection des océans, etc. Mais aussi à des thèmes moins attendus, comme les difficultés d'acheminement de l'aide humanitaire dues à des mesures anti-terroristes de certains pays.

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Exceptionnellement, le chef de la diplomatie belge sera absent. Le ministre des Affaires étrangères Didier Reynders, qui prépare son examen de commissaire européen à la Justice le 2 octobre prochain devant les eurodéputés, a délégué la plupart de ses dossiers au vice-Premier ministre Alexander De Croo, en charge notamment de la Coopération au développement. Le ministre Philippe De Backer (Mer du Nord), fera en revanche le déplacement. Il devrait rencontrer mercredi la jeune activiste suédoise Greta Thunberg, à l'occasion d'un événement sur la protection des océans et du climat. La Reine, elle, participera au Sommet sur les ODD. Elle s'attachera plus spécifiquement, lors de la vingtaine d'activités qu'elle a programmées sur quatre jours, aux questions des droits des femmes et des enfants ainsi que de la santé mentale. Mathilde participera notamment à la 7e Conférence internationale sur le développement durable, à la Columbia University, et visitera la Juilliard School of the Arts, qui entretient des contacts étroits avec le Concours Reine Elisabeth et la Chapelle musicale.