Andrei Zhukov a commencé sa quête en 1993. Il s'est rendu au moins trois fois par semaine dans les archives. Il a fouillé dans les milliers d'ordres issus de la NKVD (le Commissariat du peuple aux Affaires intérieures en français), la police "secrète" de Staline. Il a, petit à petit, établi une liste de plusieurs dizaines de milliers de personnes qui ont joué un rôle lors de la "grande terreur". Une période qui va de 1937 à 1938 et qui vit l'arrestation de 1.5 million de personnes, dont au minimum 700.000 furent fusillés. Mais les chiffres varient beaucoup et certains, comme l'historien américain Robert Conquest, parlent même d'au moins six millions d'arrestations, trois millions d'exécutions et deux millions de morts dans les camps du Goulag.
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Andrei Zhukov a commencé sa quête en 1993. Il s'est rendu au moins trois fois par semaine dans les archives. Il a fouillé dans les milliers d'ordres issus de la NKVD (le Commissariat du peuple aux Affaires intérieures en français), la police "secrète" de Staline. Il a, petit à petit, établi une liste de plusieurs dizaines de milliers de personnes qui ont joué un rôle lors de la "grande terreur". Une période qui va de 1937 à 1938 et qui vit l'arrestation de 1.5 million de personnes, dont au minimum 700.000 furent fusillés. Mais les chiffres varient beaucoup et certains, comme l'historien américain Robert Conquest, parlent même d'au moins six millions d'arrestations, trois millions d'exécutions et deux millions de morts dans les camps du Goulag. Zhukov n'a pas vraiment une motivation politique dit The Guardian. Il n'a jamais été fan de Staline et il est du genre collectionneur : " j'ai toujours été intéressé par ce qui était secret, difficile à trouver. C'est instinct de collectionneur qui m'a poussé durant toute ces années." Un méticuleux travail de colosseLe travail de Zhukov est remarquable tant ce genre de recherches sont normalement réalisées par des groupes de chercheurs ou des instituts scientifiques. Ici, il a, une à une, recopié chaque nouvelle donnée récoltée, les photocopies étant interdite, avant de les retranscrire dans un fichier. Depuis novembre, la base de données de Zhukov est accessible en ligne. Il s'est uniquement concentré sur les membres du NKVD responsable de la sécurité de l'état. Pour autant, tous les noms repris dans cette liste ne cachent pas un boucher. Certains (plus ou moins 10%), ont aussi été les victimes de la purge. Certains ont même été tués simplement parce qu'ils n'ont pas répondu positivement à un ordre. Mais dans la majorité des cas, ils sont tout de même liés à la terreur. La plupart se sont mis au service de la police secrète au début des années 30, car le costume offrait un certain prestige et l'emploi une certaine sécurité. "La plupart ne savaient pas qu'ils se retrouveraient cinq ans plus tard à condamner à mort des milliers de personnes" dit Nikita Petrov, un historien qui appartient à l'organisation Mémorial dans The Guardian. L'organisation Memorial s'est spécialisée dans les documents qui s'intéressent aux crimes sous l'air de Staline. Leur base de données est essentiellement basée autour des victimes et contient pas moins de 2.700.000 noms et 6000.000 seront encore rajoutés cette année. Mais selon eux, ce n'est là qu'un quart des 12 millions de noms qui devraient se trouver sur cette liste. Le flou à l'époque de Staline L'ère Stalienne était très complexe et il n'était pas rare que le parcours des hommes soit très sinueux. Passant, par exemple, de héros de guerre au goulag avant d'être libéré et d'être à son tour tortionnaire. Une chose qui est largement oubliée aujourd'hui sous Poutine. Où la victoire à la Seconde Guerre mondiale est devenue un point de ralliement national. Au point que s'il y a bien un musée du goulag qui s'est ouvert l'année passée à Moscou, il existe encore une omerta dans les livres d'histoires officielles sur les purges et les meurtres. Tout juste admet-on des erreurs. "Le problème n'est pas que Poutine soutienne Staline: il ne le fait pas et l'a même condamné à l'occasion" dit encore Rachinsky co-directeur de Memorial . "Le vrai problème de Poutine est qu'il ne peut pas admettre ouvertement que l'état pourrait être un état criminel." Peu de chance de condamner quelqu'un, car les personnes reprises dans la liste auraient près de 100 ans. Petrov conclut dans The Guardian "que nous ne devons même pas les traiter de criminels, juste admettre le côté criminel de l'organisation et la nature criminelle de l'état à ce moment de l'histoire."