Malgré l'odeur insupportable, plusieurs centaines de personnes ont afflué devant la petite morgue de quatre mètres sur cinq, prévue pour recevoir cinq corps en temps normal.

Ce vendredi, 14 cercueils sont alignés à l'intérieur de la morgue. Treize autre sont exposés à l'extérieur, faute de place. Il règne un silence de cathédrale,perturbé par des bruits de tirs en rafale, à 150 mètres en brousse.

Qui tire? L'armée, qui a lancé une offensive dans la région ? Des petits groupes armés locaux d'autodéfense ?

Personne ne s'en inquiète devant la morgue d'Oicha, porte d'entrée du "triangle de la mort", où des centaines de personnes ont été massacrées depuis 2014.

L'assistance est pieds nus, selon le rituel du deuil de la communauté nande, majoritaire dans cette partie du Nord-Kivu. Les femmes sont assises par terre. Quelques-unes pleurent en silence. Une seule laisse libre cours à ses sanglots.

Les hommes et les jeunes (garçons et filles) restent debout, se parlent à peine, ruminent leur colère. "Ma voisine, qui était la mère de l'épouse de mon fils, a été égorgée et dépecée", témoigne à l'AFP Kahindo Kamabu, âgé d'une cinquantaine d'années.

., AFP
. © AFP

Un millier de civils tués

"Je suis très triste, mais je ne pleure plus afin de dire à ces massacreurs que nous sommes forts et dignes malgré notre douleur", ajoute-t-elle. "Nous avons trouvé tous les restes de nos frères en morceaux. Aucun corps n'était entier", souligne Janvier Kasahirio, responsable de la jeunesse d'Oicha.

Certains ont été brûlés, ajoute-t-il.

Janvier affirme avoir été avec d'autres jeunes chercher des corps en brousse, malgré la menace du groupe armé des Forces démocratiques alliés (ADF), accusé de la mort d'un millier de civils dans le territoire de Beni depuis octobre 2014.

"J'ai reconnu ma tante à travers ses habits. Son visage était méconnaissable. Son corps était saucissonné, comme de la viande qu'on vend au marché. Je suis triste et en colère", tempête Rosette Kashauri, une autre habitante.

Les habitants, à l'unisson de tous ceux qui vivent dans la région de Beni, dénoncent l'inaction des autorités et des Casques bleus. "Incroyable qu'on tue la population, et que ce sont des jeunes qui aillent chercher les cadavres, avec les militaires en train de les observer", a déclaré Moise Kakule.

Dans l'assistance, on le présente comme un des leaders "Maï maï" - du nom de ces miliciens locaux, dont les actions vont de la défense des intérêts communautaires à la grande criminalité, qui combattent les ADF.

Revendications jihadistes

A l'extérieur, des jeunes s'organisent encore: un groupe s'est rendu au cimetière à bord d'un camion pour creuser des tombes alors qu'un autre montait la garde dans le périmètre de l'hôpital.

Sur une route qui mène vers le commissariat de police d'Oicha, des troncs d'arbre et des grosses pierres sont visibles, traces de manifestations violentes le matin même.

Les commerces et les marchés n'ont pas ouvert, quelques rares taxi-motos circulant sur les artères de cette localité à 30 km au nord de Beni.

Dans la journée, 12 otages des ADF, deux femmes et des enfants, ont été libérés, selon des témoignages d'habitants interrogés par l'AFP.

Ces otages auraient ramené une lettre des ADF, qui ont promis de poursuivre leurs massacres, jusqu'à la conversion des habitants d'Oicha à l'islam. L'équipe de l'AFP n'a pas pu consulter cette lettre.

Les ADF, à l'origine un mouvement rebelle musulman ougandais, sont implantés dans l'est de la RDC, où ils ont fait souche, depuis près de vingt-cinq ans.

Le groupe jihadiste Etat islamique a revendiqué début 2019 plusieurs attaques dans la région de Beni, sans preuve formelle d'une affiliation des ADF à l'EI. "Mes quatre enfants avaient été enlevés par des ADF. Ils ont été libérés contre paiement de 4.500 dollars", explique Reagan Kimbu, 35 ans, qui n'a pas voulu préciser si ces enfants étaient parmi les 12 otages libérés.

Sur le trajet retour vers Beni, la localité de Mbau est vidée de sa population. Des hautes herbes ont envahi les maisons. Les champs abandonnés ne sont plus entretenus.

Malgré l'odeur insupportable, plusieurs centaines de personnes ont afflué devant la petite morgue de quatre mètres sur cinq, prévue pour recevoir cinq corps en temps normal.Ce vendredi, 14 cercueils sont alignés à l'intérieur de la morgue. Treize autre sont exposés à l'extérieur, faute de place. Il règne un silence de cathédrale,perturbé par des bruits de tirs en rafale, à 150 mètres en brousse.Qui tire? L'armée, qui a lancé une offensive dans la région ? Des petits groupes armés locaux d'autodéfense ?Personne ne s'en inquiète devant la morgue d'Oicha, porte d'entrée du "triangle de la mort", où des centaines de personnes ont été massacrées depuis 2014.L'assistance est pieds nus, selon le rituel du deuil de la communauté nande, majoritaire dans cette partie du Nord-Kivu. Les femmes sont assises par terre. Quelques-unes pleurent en silence. Une seule laisse libre cours à ses sanglots.Les hommes et les jeunes (garçons et filles) restent debout, se parlent à peine, ruminent leur colère. "Ma voisine, qui était la mère de l'épouse de mon fils, a été égorgée et dépecée", témoigne à l'AFP Kahindo Kamabu, âgé d'une cinquantaine d'années.Un millier de civils tués "Je suis très triste, mais je ne pleure plus afin de dire à ces massacreurs que nous sommes forts et dignes malgré notre douleur", ajoute-t-elle. "Nous avons trouvé tous les restes de nos frères en morceaux. Aucun corps n'était entier", souligne Janvier Kasahirio, responsable de la jeunesse d'Oicha.Certains ont été brûlés, ajoute-t-il.Janvier affirme avoir été avec d'autres jeunes chercher des corps en brousse, malgré la menace du groupe armé des Forces démocratiques alliés (ADF), accusé de la mort d'un millier de civils dans le territoire de Beni depuis octobre 2014."J'ai reconnu ma tante à travers ses habits. Son visage était méconnaissable. Son corps était saucissonné, comme de la viande qu'on vend au marché. Je suis triste et en colère", tempête Rosette Kashauri, une autre habitante.Les habitants, à l'unisson de tous ceux qui vivent dans la région de Beni, dénoncent l'inaction des autorités et des Casques bleus. "Incroyable qu'on tue la population, et que ce sont des jeunes qui aillent chercher les cadavres, avec les militaires en train de les observer", a déclaré Moise Kakule.Dans l'assistance, on le présente comme un des leaders "Maï maï" - du nom de ces miliciens locaux, dont les actions vont de la défense des intérêts communautaires à la grande criminalité, qui combattent les ADF.Revendications jihadistes A l'extérieur, des jeunes s'organisent encore: un groupe s'est rendu au cimetière à bord d'un camion pour creuser des tombes alors qu'un autre montait la garde dans le périmètre de l'hôpital.Sur une route qui mène vers le commissariat de police d'Oicha, des troncs d'arbre et des grosses pierres sont visibles, traces de manifestations violentes le matin même.Les commerces et les marchés n'ont pas ouvert, quelques rares taxi-motos circulant sur les artères de cette localité à 30 km au nord de Beni.Dans la journée, 12 otages des ADF, deux femmes et des enfants, ont été libérés, selon des témoignages d'habitants interrogés par l'AFP.Ces otages auraient ramené une lettre des ADF, qui ont promis de poursuivre leurs massacres, jusqu'à la conversion des habitants d'Oicha à l'islam. L'équipe de l'AFP n'a pas pu consulter cette lettre.Les ADF, à l'origine un mouvement rebelle musulman ougandais, sont implantés dans l'est de la RDC, où ils ont fait souche, depuis près de vingt-cinq ans.Le groupe jihadiste Etat islamique a revendiqué début 2019 plusieurs attaques dans la région de Beni, sans preuve formelle d'une affiliation des ADF à l'EI. "Mes quatre enfants avaient été enlevés par des ADF. Ils ont été libérés contre paiement de 4.500 dollars", explique Reagan Kimbu, 35 ans, qui n'a pas voulu préciser si ces enfants étaient parmi les 12 otages libérés.Sur le trajet retour vers Beni, la localité de Mbau est vidée de sa population. Des hautes herbes ont envahi les maisons. Les champs abandonnés ne sont plus entretenus.