Selon le ministère américain de la Justice, cette entreprise a distribué pendant plus d'une décennie 788 millions de dollars dans une dizaine de pays d'Amérique latine et deux en Afrique, un scandale qui touche présidents en exercice, anciens chefs de l'Etat et ministres.

Voici le point sur l'affaire dans les principaux pays:

- Brésil -

C'est le berceau de ce dossier. Le groupe Odebrecht a formé un cartel avec ses concurrents pour truquer les juteux marchés de sous-traitance du géant pétrolier public Petrobras, plus grand scandale de corruption de l'histoire du Brésil révélé par la vaste enquête "Lavage Express".

Des dizaines d'hommes politiques ont été éclaboussés par le scandale, y compris l'ancien président Michel Temer (2016-2018) et l'ex-président de gauche Luiz Inacio Lula da Silva (2003-2010), qui purge une peine de 12 ans et onze mois de prison pour corruption et blanchiment. Lula proclame pour sa part son innocence.

Le directeur exécutif du groupe, Marcelo Odebrecht, a déjà été condamné à 19 ans de prison. Fin 2017, il est placé en résidence surveillée, en récompense de sa collaboration avec la justice. C'est sur un de ses renseignements que Lula est condamné une seconde fois en février.

Ses déclarations ont permis d'enquêter sur près d'une dizaine de ministres de l'ancien président Temer, un tiers du Sénat et une quarantaine de députés.

En juillet, Odebrecht avait accepté de verser près de 700 millions de dollars à l'Etat brésilien, dans le cadre d'un accord portant au total sur 2,6 milliards de dollars que le groupe s'était engagé à payer aux Etats-Unis, à la Suisse et au Brésil.

- Pérou -

C'est l'autre pays le plus affecté par le dossier. Odebrecht a reconnu y avoir versé 29 millions de pots-de-vin entre 2005 et 2014.

Le conglomérat brésilien a signé en février "un accord définitif" avec la justice péruvienne s'engageant à payer 182 millions de dollars au Pérou au titre de réparations civiles.

Outre Alan Garcia (1985-1990, 2006-2011), trois autres ex-présidents, Alejandro Toledo (2001-2006), Ollanta Humala (2011-2016) et Pedro Pablo Kuczynski (2016-2018) sont dans le collimateur de la justice et la cheffe de file de l'opposition, Keiko Fujimori, a été placée en détention provisoire le 31 octobre.

Kuczynski que les Péruviens surnomment "PPK" est devenu en mars 2018 le premier président en exercice à démissionner à cause de ses liens avec Odebrecht, qui a reconnu avoir payé près de cinq millions de dollars à des entreprises qui lui étaient liées.

Le 17 avril, l'ancien président Alan Garcia se tire une balle dans la tête juste avant son arrestation à Lima. Il était accusé d'avoir perçu 20 millions de dollars.

Ce même jour, "PPK", placé en détention provisoire le 10 avril, est hospitalisé en urgence.

- Equateur -

Le vice-président équatorien Jorge Glas a été condamné mi-décembre 2017 à six ans de prison pour avoir perçu 13,5 millions de dollars en pots-de-vin d'Odebrecht, qui aurait versé en tout 40 millions de dollars.

Selon le parquet, 22 personnes sont en détention et 24 dossiers ont été ouverts. Un chef d'entreprise, Tomislav Topic, s'est engagé en février à remettre à l'Etat 13,5 millions de dollars versés par le groupe.

- Venezuela et ailleurs -

Le scandale a aussi éclaboussé le Venezuela, où le groupe brésilien dit avoir versé 98 millions de dollars. Nicolas Maduro et des membres du camp au pouvoir ont été soupçonnés, mais la justice - accusée par l'opposition de servir les intérêts du chef de l'Etat - a écarté toute enquête.

Au Panama, le groupe de BTP a reconnu avoir versé 59 millions de dollars. Deux fils et trois anciens ministres de l'ex-président Ricardo Martinelli (2009-2014) ont été inculpés.

En République dominicaine, Odebrecht a admis avoir distribué des dessous de table pour un montant de 92 millions de dollars. Sept personnes accusées de corruption ont été jugées.