Pour les Occidentaux qui l'ont diabolisé depuis 2011, Assad est devenu incontournable. Leur politique de changement de régime menée de concert avec les pays du Golfe et la Turquie est un échec. L'élection-surprise de Donald Trump annonce aussi un abandon de cette politique déjà d'ailleurs amorcé par Obama dans sa dernière période avec la priorité donnée à la défaite de l'État islamique. Dans quelques mois, si François Fillon est élu, cinq des six membres permanents du Conseil de Sécurité ne seront plus favorables à la rébellion syrienne. La révision des relations avec les monarchies pétrolières qui ont soutenu le salafisme ou les Frères musulmans va aussi s'imposer. Les Européens, notamment les Français et les Britanniques qui ont pratiqué une politique émotionnelle à la pointe de la lutte contre Assad et se sont également alignés sur les pays du Golfe pour des raisons mercantiles, devront faire preuve de pragmatisme. Avec le terrorisme islamique et la crise migratoire, l'Europe paie malheureusement le prix lourd d'une analyse erronée de la crise syrienne. Au lieu de jeter de l'huile sur le feu en appelant très rapidement comme aussi Clinton au renversement d'Assad et de rendre de ce fait la négociation impossible, la France et la Grande-Bretagne auraient été mieux avisées de promouvoir l'apaisement et la médiation.

Avec le terrorisme islamique et la crise migratoire, l'Europe paie malheureusement le prix lourd d'une analyse erronée de la crise syrienne.

La méconnaissance de la solidité du pouvoir syrien où les dimensions politique, sécuritaire et militaire se renforcent mutuellement et de sa détermination absolue à se battre pour sa survie ainsi que la sous-estimation de ses soutiens extérieurs a persuadé les Européens que la séquence entamée à Tunis et au Caire avec la chute de Ben Ali et Moubarak allait se poursuivre inéluctablement à Damas. Rejeter la faute de la tragédie uniquement sur la répression brutale des manifestations sert à masquer les erreurs des politiques occidentales et d'une opposition sunnite et de ses parrains étrangers dont l'intransigeance a conduit à la militarisation et l'islamisation du soulèvement. L'Occident dans la crise syrienne n'a pas eu de stratégie cohérente. À aucun moment il n'a disposé d'une alternative convaincante à Assad vu l'absence de partenaires fiables à la fois sur le terrain et dans une opposition extérieure peu représentative et très divisée. L'alliance à des États dont l'objectif est l'installation d'un pouvoir islamiste à Damas par le soutien aux groupes les plus extrémistes est une autre faiblesse majeure de la politique occidentale. La rébellion soi-disant modérée pour autant qu'elle ait constitué une réalité autre qu'embryonnaire n'a jamais eu de chance de l'emporter même si elle avait été aidée plus tôt et davantage par les Occidentaux à défaut d'une invasion et d'une occupation du pays par leurs armées, ce dont il n'a jamais été question. Les États-Unis - en fait Obama et non Clinton, partisane d'une politique plus agressive - ont eu raison de limiter leur intervention en Syrie.

Quoi que l'on pense des méthodes utilisées pour réduire la rébellion, notamment des bombardements des aviations russe et syrienne, la stratégie de Moscou et Téhéran au contraire de celle des Occidentaux a été tenace, réaliste et efficace: maintenir au pouvoir leur allié garant de la sauvegarde de leurs intérêts régionaux et de la préservation de l'État dont il est le représentant légal. La contre-insurrection menée impitoyablement par Damas visant à amener les civils à rejeter les rebelles et à persuader la majorité de la population qui aspire avant tout à la paix et la stabilité, de préférer Assad aux islamistes, commence à porter ses fruits. Surtout quand elle est sélective, l'indignation dans nos médias et nos chancelleries ne peut dispenser d'une analyse objective basée sur une information impartiale et non manichéenne. Il faut reconnaître qu'à défaut de l'emporter sur le terrain, l'opposition a largement gagné la bataille de la propagande avec comme conséquence une opinion occidentale mal éclairée sur les enjeux d'un conflit d'une complexité rare et des décisions politiques à court terme, car inspirées par l'émotion.

À aucun moment les négociations de Genève portant sur une transition politique n'ont eu la moindre chance de succès vu les positions inconciliables et l'intransigeance du gouvernement et de l'opposition en exil. Le départ d'Assad recherché par cette dernière et ses parrains étrangers n'était pas un objectif réaliste. Cet entêtement a prolongé la guerre avec le prix terrible que l'on sait. Il leur faudra désormais s'accommoder de son maintien même si cela représente une perte de face.

De toute façon un partage du pouvoir avec l'opposition dite de Ryad est exclu. Assad est disposé au mieux à un gouvernement d'union nationale sous sa direction, une perspective évidemment inacceptable pour cette opposition. Quant à la rébellion, à la suite de sa défaite à Alep, elle devra se résoudre à l'improbabilité d'un retournement de la situation militaire même si l'armée régulière est affaiblie par cinq ans de guerre et que la fin des combats n'est pas pour demain. Leur intensité dépendra pour une part des conclusions que retireront l'Arabie, le Qatar et la Turquie de cette défaite. Ces pays opéreront-ils une révision de leurs stratégies comme cela semble déjà possible, sinon probable en Occident ?

Une des leçons chèrement apprises des invasions désastreuses de l'Irak et de la Lybie est la nécessité de la préservation de l'État syrien. Aussi ce discours sur l'effacement des conséquences des accords Sykes-Picot dont peu connaissent d'ailleurs les contours réels, est-elle très dangereuse. En dépit des entraves engendrées par le communautarisme, il existe un nationalisme syrien. Le problème kurde trouvera peut-être une solution dans le cadre d'une décentralisation. Quant à la question aussi essentielle de l'inclusion de la majorité arabe sunnite, si les rebelles syriens appartiennent quasi exclusivement à cette communauté, nombre de sunnites non islamistes comme d'ailleurs les minorités religieuses dans leur ensemble, à choisir, préfèrent Assad aux radicaux. Insister sur la nécessité essentielle de l'inclusion des Sunnites est insuffisant dans un pays aussi diversifié que la Syrie : tout système politique doit y refléter - et idéalement représenter - non seulement la majorité, mais aussi les minorités. Décrire le pouvoir basiste comme uniquement alaouite est une caricature, car les sunnites sont aussi et bien présents dans les organes dirigeants même si comme toutes les caricatures celle-ci a sa part de vérité. Comme ailleurs au Moyen-Orient la question fondamentale de la démocratie ne peut être abordée séparément de celles du communautarisme et de la stabilité. Sur la démocratie, deux des meilleurs spécialistes internationaux de la Syrie, Fabrice Balanche et Joshua Landis, ont exprimé leur scepticisme en raison notamment de l'absence d'une culture démocratique et de la prévalence du confessionnalisme et du clientélisme. S'agissant de la stabilité, réformer le système baasiste a des limites, car si celui-ci a prouvé sa résilience à l'épreuve d'une guerre terrible, il serait bien plus fragile sous le coup de réformes profondes. Sauf imprévu, des changements politiques majeurs sont improbables avant la fin de la guerre.

Pour les Occidentaux qui l'ont diabolisé depuis 2011, Assad est devenu incontournable. Leur politique de changement de régime menée de concert avec les pays du Golfe et la Turquie est un échec. L'élection-surprise de Donald Trump annonce aussi un abandon de cette politique déjà d'ailleurs amorcé par Obama dans sa dernière période avec la priorité donnée à la défaite de l'État islamique. Dans quelques mois, si François Fillon est élu, cinq des six membres permanents du Conseil de Sécurité ne seront plus favorables à la rébellion syrienne. La révision des relations avec les monarchies pétrolières qui ont soutenu le salafisme ou les Frères musulmans va aussi s'imposer. Les Européens, notamment les Français et les Britanniques qui ont pratiqué une politique émotionnelle à la pointe de la lutte contre Assad et se sont également alignés sur les pays du Golfe pour des raisons mercantiles, devront faire preuve de pragmatisme. Avec le terrorisme islamique et la crise migratoire, l'Europe paie malheureusement le prix lourd d'une analyse erronée de la crise syrienne. Au lieu de jeter de l'huile sur le feu en appelant très rapidement comme aussi Clinton au renversement d'Assad et de rendre de ce fait la négociation impossible, la France et la Grande-Bretagne auraient été mieux avisées de promouvoir l'apaisement et la médiation. La méconnaissance de la solidité du pouvoir syrien où les dimensions politique, sécuritaire et militaire se renforcent mutuellement et de sa détermination absolue à se battre pour sa survie ainsi que la sous-estimation de ses soutiens extérieurs a persuadé les Européens que la séquence entamée à Tunis et au Caire avec la chute de Ben Ali et Moubarak allait se poursuivre inéluctablement à Damas. Rejeter la faute de la tragédie uniquement sur la répression brutale des manifestations sert à masquer les erreurs des politiques occidentales et d'une opposition sunnite et de ses parrains étrangers dont l'intransigeance a conduit à la militarisation et l'islamisation du soulèvement. L'Occident dans la crise syrienne n'a pas eu de stratégie cohérente. À aucun moment il n'a disposé d'une alternative convaincante à Assad vu l'absence de partenaires fiables à la fois sur le terrain et dans une opposition extérieure peu représentative et très divisée. L'alliance à des États dont l'objectif est l'installation d'un pouvoir islamiste à Damas par le soutien aux groupes les plus extrémistes est une autre faiblesse majeure de la politique occidentale. La rébellion soi-disant modérée pour autant qu'elle ait constitué une réalité autre qu'embryonnaire n'a jamais eu de chance de l'emporter même si elle avait été aidée plus tôt et davantage par les Occidentaux à défaut d'une invasion et d'une occupation du pays par leurs armées, ce dont il n'a jamais été question. Les États-Unis - en fait Obama et non Clinton, partisane d'une politique plus agressive - ont eu raison de limiter leur intervention en Syrie.Quoi que l'on pense des méthodes utilisées pour réduire la rébellion, notamment des bombardements des aviations russe et syrienne, la stratégie de Moscou et Téhéran au contraire de celle des Occidentaux a été tenace, réaliste et efficace: maintenir au pouvoir leur allié garant de la sauvegarde de leurs intérêts régionaux et de la préservation de l'État dont il est le représentant légal. La contre-insurrection menée impitoyablement par Damas visant à amener les civils à rejeter les rebelles et à persuader la majorité de la population qui aspire avant tout à la paix et la stabilité, de préférer Assad aux islamistes, commence à porter ses fruits. Surtout quand elle est sélective, l'indignation dans nos médias et nos chancelleries ne peut dispenser d'une analyse objective basée sur une information impartiale et non manichéenne. Il faut reconnaître qu'à défaut de l'emporter sur le terrain, l'opposition a largement gagné la bataille de la propagande avec comme conséquence une opinion occidentale mal éclairée sur les enjeux d'un conflit d'une complexité rare et des décisions politiques à court terme, car inspirées par l'émotion. À aucun moment les négociations de Genève portant sur une transition politique n'ont eu la moindre chance de succès vu les positions inconciliables et l'intransigeance du gouvernement et de l'opposition en exil. Le départ d'Assad recherché par cette dernière et ses parrains étrangers n'était pas un objectif réaliste. Cet entêtement a prolongé la guerre avec le prix terrible que l'on sait. Il leur faudra désormais s'accommoder de son maintien même si cela représente une perte de face. De toute façon un partage du pouvoir avec l'opposition dite de Ryad est exclu. Assad est disposé au mieux à un gouvernement d'union nationale sous sa direction, une perspective évidemment inacceptable pour cette opposition. Quant à la rébellion, à la suite de sa défaite à Alep, elle devra se résoudre à l'improbabilité d'un retournement de la situation militaire même si l'armée régulière est affaiblie par cinq ans de guerre et que la fin des combats n'est pas pour demain. Leur intensité dépendra pour une part des conclusions que retireront l'Arabie, le Qatar et la Turquie de cette défaite. Ces pays opéreront-ils une révision de leurs stratégies comme cela semble déjà possible, sinon probable en Occident ? Une des leçons chèrement apprises des invasions désastreuses de l'Irak et de la Lybie est la nécessité de la préservation de l'État syrien. Aussi ce discours sur l'effacement des conséquences des accords Sykes-Picot dont peu connaissent d'ailleurs les contours réels, est-elle très dangereuse. En dépit des entraves engendrées par le communautarisme, il existe un nationalisme syrien. Le problème kurde trouvera peut-être une solution dans le cadre d'une décentralisation. Quant à la question aussi essentielle de l'inclusion de la majorité arabe sunnite, si les rebelles syriens appartiennent quasi exclusivement à cette communauté, nombre de sunnites non islamistes comme d'ailleurs les minorités religieuses dans leur ensemble, à choisir, préfèrent Assad aux radicaux. Insister sur la nécessité essentielle de l'inclusion des Sunnites est insuffisant dans un pays aussi diversifié que la Syrie : tout système politique doit y refléter - et idéalement représenter - non seulement la majorité, mais aussi les minorités. Décrire le pouvoir basiste comme uniquement alaouite est une caricature, car les sunnites sont aussi et bien présents dans les organes dirigeants même si comme toutes les caricatures celle-ci a sa part de vérité. Comme ailleurs au Moyen-Orient la question fondamentale de la démocratie ne peut être abordée séparément de celles du communautarisme et de la stabilité. Sur la démocratie, deux des meilleurs spécialistes internationaux de la Syrie, Fabrice Balanche et Joshua Landis, ont exprimé leur scepticisme en raison notamment de l'absence d'une culture démocratique et de la prévalence du confessionnalisme et du clientélisme. S'agissant de la stabilité, réformer le système baasiste a des limites, car si celui-ci a prouvé sa résilience à l'épreuve d'une guerre terrible, il serait bien plus fragile sous le coup de réformes profondes. Sauf imprévu, des changements politiques majeurs sont improbables avant la fin de la guerre.